Amélioration de l’accès des pauvres aux banques

Entre 2001 et 2009, l'accès aux services bancaires s'est amélioré pour les ménages en situation de pauvreté, selon un rapport du Credoc. Des progrès sont encore possibles, notamment par une éducation à la relation clients- banques

Le ministère de l'Economie, de l'Industrie et de l'Emploi a rendu public jeudi 29 avril 2010 le rapport réalisé par le CREDOC pour le CCSF (Comité Consultatif du Secteur Financier) sur "Les conditions d'accès aux services bancaires des ménages vivant sous le seuil de pauvreté"

L’évolution est nette : 96 % des ménages vivant sous le seuil de pauvreté avaient un compte bancaire en 2009, contre seulement 92 % en 2001 (le taux est de 99 % pour l’ensemble de la population).

L’augmentation de la détention d’un chéquier (68 % contre 59 %) et d’une carte de paiement (80 % contre 39 %) est également sensible. La hausse des taux de détention de cartes de paiement s’explique principalement par l’augmentation du nombre de ménages détenteurs de cartes à débit immédiat ce qui tranche avec le type de carte utilisée par l’ensemble de la population.

Le taux de possession de comptes d’épargne a lui aussi fortement augmenté mais il demeure nettement plus bas que pour l’ensemble de la population (63 % détiennent un compte d’épargne disponible contre 82 %). D’une façon générale, ces ménages utilisent plus souvent le paiement en espèces et moins souvent la carte de paiement, notamment pour les achats chez les commerçants. Ils mobilisent plus le chéquier et moins les prélèvements pour s’acquitter des dépenses telles que les impôts, le loyer, ou les factures d’énergie et de téléphone. Ils tendent, enfin, à moins utiliser, même occasionnellement, les autres moyens de paiement, comme le TIP, les prélèvements ou les virements. Seuls les mandats postaux font exception.

Crédit renouvelable plus fréquent …

S’agissant du crédit, le Credoc constate sans surprise que les ménages en situation de pauvreté sont moins nombreux que l’ensemble des ménages à posséder un crédit. Normal, leur capacité de remboursement est plus faible. Les crédits détenus par les ménages sont le plus souvent des crédits à la consommation. Et, lorsque ces ménages possèdent un crédit à la consommation, il s’agit plus souvent d’un crédit renouvelable que pour l’ensemble de la population : 40 % des ménages pauvres ayant au moins un crédit à la consommation détiennent un crédit renouvelable pour 28 % de l’ensemble des ménages avec crédit à la consommation.

La réserve des crédits est plus élevée que la moyenne (41 % utilisent plus de 1 500 euros, pour 31 % de l’ensemble des ménages). Et souvent sans connaissance du montant total des intérêts payés (32 % contre 20 % de l’ensemble des ménages ne savent pas ce qu’ils représenteront). Là on se dit que c’est un peu double peine car le crédit renouvelable est plus cher et il est surtout utile comme crédit de trésorerie provisoire. On n’est pas surpris de constater que, lorsqu’ils ont au moins un crédit, 17 % des ménages pauvres et 6 % des ménages interrogés parmi l’ensemble de la population, estiment avoir eu des difficultés pour le rembourser.

Des dispositifs peu utilisés

Le rapport souligne également que les dispositifs mis en place pour améliorer l’accès aux moyens de paiements sont peu utilisés.

Le nombre de personnes qui auraient pu recourir à la procédure du droit au compte est très faible. En fait, la quasi-totalité des individus concernés ont pu obtenir l’ouverture d’un compte.

Le médiateur bancaire est peu saisi malgré les besoins. Son existence est pourtant connue, mais la saisine du médiateur peut être perçue comme inadaptée pour résoudre les difficultés rencontrées avec la banque, ou comme risquant de perturber durablement, les relations avec son établissement financier.

Une éducation à la relation clients-banques

Sur la base de ces constats, le Credoc préconise en premier lieu la poursuite de l’effort d’information des usagers. Il s’interroge sur une éventuelle discrimination de l’accès aux services bancaires selon l’accès à l’emploi (vis-à-vis des précaires et des chômeurs). Il ne conclut pas mais les constats réalisés sont suffisants pour demander un complément d’enquête.

L’étude préconise enfin une éducation à la relation clients-banques

Trois constats fondent cette piste de réflexion :

  • l’existence de ménages qui utilisent des services pouvant être coûteux sans avoir conscience du coût.
  • les ménages, et notamment les ménages en situation de pauvreté, ont une connaissance approximative des services dont ils disposent.
  • cette méconnaissance va de pair avec une grande satisfaction à l’égard des relations avec la banque et l’information qu’elle communique. Il existe en ce sens un risque lié à une confiance accordée aux banques sans une connaissance minimale de leurs droits et devoirs, et des risques liés à l’utilisation des différents services. L’information existante (récapitulatif des frais bancaires, conventions de compte), est peu appropriée par ces ménages. « La sensibilisation à l’importance d’être acteur de la vie de son compte, d’avoir un regard critique sur les propositions des banquiers, de choisir les services associés au compte et d’identifier les coûts et leur impact sur la trésorerie des ménages et sur les risques d’être en difficultés financières, semble alors pertinent », conclut l’étude.

L’étude du Credoc devrait être maintenant discutée par le CCSF qui décidera, d’ici à juin 2010, des suites qu’il conviendrait de lui donner.

Aller plus loin :

L’étude du CREDOC sur Les conditions d’accès aux services bancaires des ménages vivant sous le seuil de pauvreté.

Créé le 04 mai 2010
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