La Fraude Madoff

Une nouvelle fraude financière a été découverte aux Etats-Unis.
Arrêté le 11 décembre et libéré sous caution depuis, Bernard Madoff, un célèbre gestionnaire de fonds de Wall Street et ancien président du conseil d'administration du Nasdaq, l'une des deux grandes bourses de New York, est accusé d'avoir monté une gigantesque fraude pyramidale portant sur quelque 50 milliards de dollars.

Ses clients – des établissements bancaires, des fonds d'investissements et des fortunes personnelles –, feraient actuellement leurs comptes pour évaluer les pertes sur les fonds qu’ils lui avaient confiés. Des banques comme BNP Paribas et Natixis en France, Santander en Espagne, Nomura Holdings à Tokyo et Neue Privat Bank à Zurich seraient exposées.

L'escroquerie a été mise au jour lorsque ses clients ont voulu retirer le capital qu'ils avaient placé, parfois depuis des années, et découvert que les coffres du gérant étaient vides.

L’autorité américaine de surveillance et de contrôle des marchés, la SEC, s’est dite « totalement surprise » à l'annonce de l'arrestation du gérant, a indiqué le New York Times.

Mais au fait qu’est ce qu’une fraude pyramidale ?

C’est un mécanisme de chaîne d’argent. Le principe est simple : une société ou des individus vous proposent de verser une somme d’argent en vous promettant un rendement très attractif. Les ventes ou les activités supposées permettre de payer ces rendements, à supposer qu’il y en ait vraiment (ce qui n’est pas toujours le cas) ne sont qu’un paravent...

En réalité, le paiement de la rémunération est effectué au départ avec l’argent correspondant au capital des premiers souscripteurs puis en prélevant sur le capital des nouveaux souscripteurs. Bien entendu, cela ne dure que s’il y a toujours plus de souscripteurs. Lorsque le flux se tarit, ou pire lorsque des souscripteurs veulent s’arrêter et demandent le remboursement de leur capital, le système qui est comme une pyramide inversée finit par s’écrouler. Les initiateurs, s’ils ont réussi à partir dans un pays « refuge », et les souscripteurs qui ont pu se retirer à temps seront les seuls à s’être enrichi. Les autres, en général, auront perdu leur mise.

 

Cas célèbres… et moins célèbres.

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La pyramide Ponzi

Un cas particulièrement célèbre est celui de Charles Ponzi qui créa un mécanisme de ce type au début des années 1920. Les profits étaient censés provenir d’une spéculation sur des coupons-réponses de l’Union postale internationale. Un rendement de 50 % en 90 jours était promis. Il y eut 40 000 souscripteurs dont 1/3 seulement furent remboursés.

Charles Ponzi fut arrêté et condamné à deux reprises, il réussit à s’enfuir et on le retrouva en Floride où il avait commencé à monter une nouvelle pyramide, cette fois-ci sur la vente de terrains ne lui appartenant pas. Arrêté à nouveau, il purgea sa peine, fut expulsé en Italie et mourut pauvre au Brésil. Son montage eut un tel retentissement que les sanctions pénales sur ce genre de fraude furent aggravées (c’est pourquoi Bernard Madoff risque 20 ans de prison) et « Ponzi » est devenu un nom commun comme la poubelle ou le sandwich. On parle de finance à la Ponzi pour désigner les fraudes pyramidales.

La vague post communiste

A leur sortie du communisme, dans les années 1990, plusieurs pays d’Europe de l’Est ont connu d’énormes fraudes pyramidales entrainant des millions de personnes et se transformant en crises sociales et politiques au moment de leur éclatement.
Sur le cas albanais, voir par exemple l’article de la revue du FMI « Finance et Développement ».

Colombie : la fraude Guzman

Cela s’est passé très récemment : le 25 novembre dernier, la presse annonçait que la police colombienne avait pris le contrôle de la soixantaine de bureaux que la société DMG possède dans le pays. L’objectif était de mettre fin à une multiplication de «pyramides financières» : par centaines, des pseudo-banques comme DMG surgies de nulle part promettaient des intérêts mirobolants. Ces entreprises-champignons auraient récolté cette année l’équivalent de dizaines de millions d’euros. Nombre de ces sociétés miraculeuses ont aujourd'hui fermé leurs portes.

Le président de DMG, David Murcia Guzmán, caméraman au chômage il y a six ans, a été arrêté et extradé depuis le Panamá, où il possédait yachts et voitures de luxe. Mais, note le journal Libération (25 novembre 2008), « ses clients, qui ont toujours reçu leurs intérêts rubis sur l’ongle, ne digèrent pas le démantèlement de l’empire. Ce sont eux qui manifestent dans tout le pays pour demander au pouvoir de «laisser travailler» l’entreprise. Tous crient leur haine des banques «légales» qui facturent des frais de fonctionnement prohibitifs et leur interdisent le crédit - les intérêts d’un emprunt légal flirtent en Colombie avec les 30 %. A ceux-là, le président Uribe a promis des décrets obligeant les banques à baisser leurs tarifs pour les plus modestes. Mais l’argent des pyramides, a-t-il dit, ne sera pas remboursé intégralement ».

Des banques françaises annoncent être exposées. Quelle est la nature de ces expositions. Qui va payer ?

BNP Paribas annonce une exposition de 350 millions d’€ à la société de Bernard Madoff, Natixis de 450 millions d’€.

Dans les deux cas, il s’agit d’exposition indirecte.

BNP Paribas n'avait fait aucun investissement pour compte propre dans les hedge funds gérés par Bernard Madoff Investment Services

BNP se dit exposée « du fait de ses activités de marchés et de prêts collatéralisés à certains fonds qui ont investi dans les hedge funds en question ».

 Et Natixis se dit exposé par ses investissements réalisés pour le compte de sa clientèle dans des fonds dont les titres ont été confiés à des dépositaires qui en ont confiés la conservation à Bernard Madoff.

Les banques vont chercher à récupérer ces fonds, mais si comme le dit Bernard Madoff lui-même, il est à craindre qu’il n’y ait plus rien dans la caisse ! La perte devra être enregistrée dans les comptes.

Comment cela a-t-il été possible ?

La responsabilité de l’autorité américaine de surveillance et de contrôle des marchés et des opérateurs financiers, la SEC, qui dit n’avoir rien vu malgré des contrôles opérés à plusieurs reprises, semble directement engagée.

Mais comme le notait « à chaud » le nouveau président de l’ AMF , Jean-Pierre Jouyet, le lundi 15 décembre (entretien à France Culture), on peut également s’interroger sur la responsabilité de ceux qui ont confié durablement de l’argent aux hedge funds de Bernard Madoff sans avoir d’information véritable et fiable sur ce qu’en faisait celui-ci.

Sans doute, le contexte d’ensemble rentre également en ligne de compte :
d’une façon générale, les hedge funds ne brillent pas par leur transparence et la facilité de contrôle de leurs opérations. Et ils affichent des espérances de rendement souvent supérieures aux 10 et 15 % des fonds Madoff. Avec, il est vrai, cette différence notoire que celui-ci garantissait leur régularité indépendamment de la conjoncture, ce qui aurait dû rendre les investisseurs circonspects

Surtout, c’est tout le système financier qui, progressivement, a été plongé ces dernières années dans une sorte de déséquilibre de surendettement à la Ponzi : les dettes nouvelles servaient à payer les intérêts des dettes déjà contractées sans rembourser le capital, mais les crédits continuaient d’être distribués car car ils étaient gagés par la hausse des prix des actifs immobiliers ou financiers qui leur servaient de support. Quand c’est toute une industrie qui se met à fonctionner de la sorte, les fraudes proprement dites sont moins facilement indentifiables.

Premières leçons :

Dans la feuille de route qu’ils se sont fixés le15 novembre 2008, les dirigeants des 20 pays réunis à Washington ont affirmé « Nous nous engageons à renforcer nos régimes de régulation, notre contrôle prudentiel et notre gestion des risques ainsi qu’à garantir que tous les marchés, produits et acteurs financiers soient soumis à une régulation ou à une surveillance selon le cas ».

Après la découverte de cette nouvelle fraude touchant les Etats-Unis et non pas un nouveau venu dans le monde de la finance et de l’économie de marché, cela paraît plus que jamais indispensable pour faire revenir la confiance des épargnants dans le fonctionnement des marchés.

Lire également :

Les épargnants français vont-ils subir des pertes ?

Notre décryptage : Les systèmes de ventes pyramidales

Créé le 17 décembre 2008
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