Pouvoir d’achat : comment mieux le mesurer

La question du pouvoir d’achat préoccupe fortement les Français. Deux rapports rendus publics au cours du mois de février abordent la question de la mesure du pouvoir d’achat.
A la demande de Madame Christine Lagarde, une commission présidée par Alain Quinet, Inspecteur des finances, a réuni pendant 3 mois des personnalités issues des milieux associatifs, universitaires, des administrations économiques et financières, notamment l’INSEE. Elle a rendu son rapport le 6 février 2008. Elle s’est notamment inspirée du rapport de Philippe Moati et de Robert Rochefort pour le Conseil d’Analyse Economique (CAE) rendu public également en février 2008 intitulé « Mesurer le pouvoir d’achat ».

Les deux rapports s’accordent sur un constat : il existe un écart significatif entre les chiffres de l’INSEE sur l’évolution du pouvoir d’achat et le ressenti des ménages. Selon l’INSEE l’évolution du pouvoir d’achat est nettement positive depuis plusieurs années: + 2,3 % pour l’année 2006 ; + 3,3 % en 2007. Or, tous les sondages d’opinion montrent qu’une majorité de Français considère que leur pouvoir d’achat recule. Selon un sondage réalisé par TNS SOFRES auprès des consommateurs et publié en janvier 2008, 71% des consommateurs interrogés pensent que leur pouvoir d'achat a baissé en 2007.

Les rapports mettent en avant plusieurs éléments qui expliqueraient ce décalage. Côté dépenses, ils soulignent notamment le fait que la hausse des prix concernant les achats courants est plus régulièrement ressenties que les baisses sur certains biens d’équipement dont l’achat est plus rare. Autre facteur, la frustration des ménages de ne pouvoir acheter des produits issus des nouvelles technologies que certains peuvent s’offrir. Coté revenus les ménages seraient avant tout sensibles à l’évolution de leurs revenus salariaux « permanents ». Les primes, l’intéressement, la participation sont souvent considérés comme un bonus permettant de financer une dépense exceptionnelle ou d’épargner, mais non comme une partie intégrante de l’évolution du pouvoir d’achat. Or cette composante du revenu s’est accrue ces dernières années. De même, les revenus de la propriété (placements immobiliers et financiers), et les allégements fiscaux destinés à « rendre » du pouvoir d’achat, sont rarement perçus comme une composante du revenu disponible alors même qu’ils sont en développement. Les deux rapports déplorent également le peu de prise en compte dans les calculs de l’INSEE des dépenses des ménages liées à l’acquisition du logement et de l’évolution du poids des dépenses « contraintes ». Selon les rapporteurs, celles-ci correspondent aux dépenses de consommation des ménages « pré-engagées » par un contrat ou aux dépenses vitales. (Voir la rubrique " Établir son budget ")

Les deux rapports estiment que les chiffres de l’INSEE sont des instruments efficaces de mesure de la situation macroéconomique, mais que leur utilité pour mesurer les situations individuelles est plus limitée.

La commission Quinet formule une série de recommandations :

  • Tenir compte de la taille des ménages en publiant régulièrement des indicateurs de pouvoir d’achat par unité de consommation|docu   Définition Pour comparer le niveau de vie des ménages, il faut prendre en compte le nombre de personnes composant chacun d'entre eux. Mais on ne peut s'en tenir à diviser le revenu par ce nombre. En effet, lorsque plusieurs personnes vivent ensemble, il n'est pas nécessaire de multiplier tous les biens de consommation (en particulier, les biens de consommation durables) par le nombre de personnes pour garder le même niveau de vie.
    Aussi, pour comparer les niveaux de vie de ménages de taille ou de composition différente, on utilise une échelle d'équivalence. L'échelle actuellement la plus utilisée (dite de l'OCDE) retient est la suivante :
    - 1 UC pour le premier adulte du ménage ;
    - 0,5 UC pour les autres personnes de 14 ans ou plus ;
    - 0,3 UC pour les enfants de moins de 14 ans.
    Ainsi pour un ménage composé de deux adultes et de deux enfants de 10 et 15 ans, on divisera le revenu par 1+(2x0,5)+0,3 = 2,3 unités de consommation.
    (source: INSEE)
    .
  • Publier des mesures des différences d’évolution du pouvoir d’achat selon les situations sociales et familiales.
  • Etablir un indicateur de dépenses « contraintes » et un indicateur de revenu « libéré ». (ce qu’il reste aux ménages une fois qu’ils ont payé les dépenses contraintes). On disposerait ainsi d’un indicateur permettant de différencier les évolutions selon les situations sociales. La part des dépenses contraintes semble en effet d’autant plus forte que le revenu est faible, notamment en raison du poids des loyers.
  • Une meilleure prise en compte des dépenses liées au logement : il faudrait notamment un indice des prix des logements neufs, et prendre en compte le montant des remboursements des intérêts d’emprunt.

En revanche, le rapport Quinet ne reprend pas l’idée de création d’une commission nationale de la mesure du pouvoir d’achat en vue notamment d’harmoniser les différents instruments statistiques, contenue dans le rapport du CAE.

Le débat sur la mesure du pouvoir d’achat est particulièrement sensible au vu des hausses de prix des produits alimentaires de base (pain, œufs, pâtes). L’alimentation pèse globalement en moyenne 15 % dans le budget des ménages. Et les produits de base n’en représentent qu’une partie. L’impact de la hausse des prix est loin d’être négligeable. Mais il est probable que le ressenti sera d’autant plus fort que ces produits sont achetés quotidiennement. Et l’impact négatif sur le pouvoir d’achat sera plus important pour les familles qui dépensent une part plus grande de leur budget en dépenses alimentaires, c'est-à-dire les familles aux revenus modestes et les familles nombreuses.

En savoir plus :

Mesurer le pouvoir d'achat Mission impossible

Mesurer le pouvoir d’achat  Rapport Philippe Moati et Robert Rochefort 

Créé le 11 mars 2008
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