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Bonus

Les bonus (ou primes) sont des rémunérations variables versées à des salariés en sus de leur rémunération fixe, en fonction de critères de performance ou de résultats personnels ou collectifs sur une période donnée.

Les bonus constituent de longue date une méthode de rémunération couramment pratiquée dans les entreprises par exemple pour les agents commerciaux. L’existence d’une partie variable de la rémunération tend cependant à se généraliser au plan collectif (intéressement, participation) et individuel (individualisation des salaires, incitation à la performance).

Dans le contexte de la crise financière, ce sont essentiellement les bonus attribués dans les banques d’investissement qui font débat. (Un débat concerne également la rémunération des dirigeants des grandes entreprises, dans lequel la question des bonus apparait cependant assez secondaire).

Effets pervers ?

Sagissant des bonus attribués dans la finance, non seulement le niveau mais aussi la structure des rémunérations ont été mise en cause. Aux yeux de nombreux observateurs, les bonus ont été une des causes de la crise, dans la mesure où ils ont constitué une puissante incitation (parmi d’autres) à privilégier les paris à court terme sur les marchés et des prises de risques excessifs de la part des banques d’investissement.

Plusieurs dimensions des effets « pervers » du système ont été soulignées :

- les bonus ne sont pas calculés sur les performances financières globales des banques mais uniquement sur celles des départements qui rapportent directement de l’argent aux banques comme ceux du « trading » (qui achètent et vendent sur les marchés) et de l’ingénierie des produits « innovants » (dérivés et titrisation). Les opérateurs qui les réalisent n’ont donc aucun intérêt à coopérer avec les services du contrôle interne des banques qui pourraient limiter leurs bonus. Ils ont intérêt à sous-estimer les risques.

- les bonus sont calculés sur le gain à court terme et de façon asymétrique (asymétrique signifie, en clair, « pile je gagne et face tu perds », comme on disait dans la cour des écoles). Les profits pris en compte sont ceux réalisés sur de courtes périodes et il n’y a pas de malus lorsque l’activité se révèle entrainer des pertes ou être moins rentable à plus long terme compte tenu des risques pris.

- les montants des bonus sont considérables. Ils n’ont cessé de croitre jusqu’à l’aggravation de la crise à l’automne 2008.

Ainsi en 2007, les bonus versés dans les cinq plus grandes banques d’investissement américaines de l’époque ont été évalués à 38 milliards d’€ dont 20 pour la seule Goldman Sachs.

Le G 20 de Londres

Les dirigeants des pays du G20, réunis à Londres en avril 2009, ont fait leur ce diagnostic. Ils ont insisté sur la nécessité «  de décourager les prises de risques excessives » dans le fonctionnement du système financier et inscrit dans leur agenda de réformes, la mise en place à l’échelle mondiale de nouveaux principes exigeants sur la rémunération des banquiers. ] Le « code de Londres » précise ainsi la nécessité de tenir compte des risques encourus par les banques pour définir les rémunérations, d’en échelonner les versements, d’afficher les modalités d’attribution des bonus, d’en informer les actionnaires et de permettre aux autorités de contrôle de superviser leur attribution. Autant d’éléments d’encadrement qui ont pour objectif d’assainir le « marché des bonus ».

En 2008, les bonus distribués ont été réduits sans disparaitre totalement. 9 banques américaines en ont encore distribué pour 33 milliards de dollars alors qu’elles affichaient par ailleurs 80 milliards de dollars… de perte). Pour éponger lesdites pertes, on a fait appel à l’ensemble des contribuables, sans rechercher particulièrement les bénéficiaires des bonus des années précédentes.

Polémique relancée

Début août 2009, la provision de 1 milliard d’euros passée par BNP Paribas pour le paiement à venir des bonus, a ravivé la polémique. (Aux USA Goldman Sachs a provisionné 11, 3 milliards de dollars).

Juste rémunération ?

Des observateurs ou acteurs du secteur font valoir que les bonus ne sont qu’une « juste » rémunération au regard de ce que ces salariés rapportent à leur banque et qu’ils rémunèrent une compétence pointue et rare. Dans un contexte de mondialisation financière et donc de concurrence entre institutions, ils jouent aussi un rôle d’aimant pour attirer ou retenir les meilleurs spécialistes. La crise n’a pas aboli ces pratiques, la concurrence entre banques d’investissement restant toujours aussi vive. Une course aux bonus qui permet de maintenir la hiérarchie des places boursières mondiales, souvent l’une des premières industries nationales de certains pays industrialisés comme les Etats-Unis d’Amérique et le Royaume-Uni.

Pratique choquante ?

A cette argumentation, d’autres opposent le caractère socialement choquant d’une reprise des bonus alors que la crise économique perdure, qu’elle se traduit notamment par une augmentation durable du chômage et que les banques bénéficient de fonds publics. Au-delà de l’argument « moral », certains font valoir que la reprise du système des bonus signifie que « l’on recommence comme avant  », et que des facteurs qui ont généré la crise sont à nouveau à l’œuvre. Les banques restaurent leurs profits sur les marges obtenues sur des activités « classiques » de crédit pourtant restreintes et surtout par la reprise des paris de court terme voire d’hyper cour terme (flash trading) dont l’utilité sociale n’apparait pas évidente. Selon certains mêmes, il n’y aurait pas d’inconvénient majeur à supprimer les bonus dans la finance, ni pour le financement de l’économie, ni pour la compétitivité des places financières.

Encadrement français

Toujours est-il qu’après une réunion à l’Elysée avec Nicolas Sarkozy, le 25 août, les banques françaises ont décidé de « renforcer encore le dispositif d’encadrement des rémunérations » qui seront versées à compter de 2010 (sur les résultats 2009) : publication des méthodes de calcul des bonus, interdiction de bonus garantis supérieurs à 1 an, pas plus de la moitié du bonus versé en année N, part obligatoire en actions bloquées au moins 2 ans, solde versé seulement en cas de bons résultats. Un superviseur (Michel Camdessus, ancien directeur général du FMI) a en outre été désigné pour vérifier, dans les banques bénéficiant d’une aide publique, la conformité des rémunérations aux règles fixées.

Le G20 de Pittsburg

Parallèlement le débat se développe aussi à l’échelle de la prochaine réunion du G20 à Pittsburgh, les 24 et 25 septembre 2009. Dans la lettre commune qu’ils ont adressée le 3 septembre, au président suédois du conseil Européen, Fredrik Reinfeldt, Nicolas Sarkozy, le président français, Angela Merkel, la chancelière allemande et Gordon Brown, le premier ministre britannique, insistent notamment sur la question des bonus dans la finance.

«  Le sujet des rémunérations dans le secteur financier est un enjeu important qui doit être discuté à Pittsburgh et qui constituera un résultat concret de notre engagement à construire un système financier plus stable  », écrivent-ils. Ils se prononcent notamment pour le plafonnement des rémunérations variables versées aux banquiers, « soit en proportion des rémunérations totales, soit en fonction des revenus et/ou des profits de la banque ».

Ils estiment aussi que toutes les rémunérations variables doivent être fixées « à un niveau approprié par rapport à la rémunération fixe » et doivent « dépendre de la performance de la banque ».

Selon eux, le G20 doit transformer ces principes en règles obligatoires pour les institutions financières qui disposent d’activités complexes et risquées de taille importante et s’assurer que des sanctions existent au niveau national pour les banques qui n’appliquent pas ces règles.

Les règles mondiales en matière de bonus réclamées par Angela Merkel, Nicolas Sarkozy, et Gordon Brown

1. La rémunération variable, y compris les bonus, doit être fixée à un niveau approprié par rapport à la rémunération fixe et doit dépendre de la performance de la banque, des lignes de métiers et des individus.

2. Lorsque des stocks options ou des actions sont distribuées au titre de la rémunération, elles ne doivent pouvoir être exercées ou vendues qu’après une période déterminée.

3. Les rémunérations variables doivent prendre en compte les développements négatifs. Ceci signifie que les bonus garantis doivent être évités. Le paiement d’une majeure partie des rémunérations variables significatives doit être étalé dans le temps sur une période appropriée et peut être annulé en cas d’évolution négative de la performance de la banque.

4. Les dirigeants ne doivent pas être totalement immunisés sur les risques qu’ils encourent (par exemple par des franchises obligatoires). Pour les dirigeants des entreprises cotées, le conseil d’administration doit avoir les moyens de réduire la rémunération des dirigeants en cas de détérioration des performances de la banque.


A la veille du sommet de Pittsburgh, trois questions continuent d’alimenter le débat sur les bonus :

  • Les dispositifs préconisés par les trois dirigeants européens sont ils efficaces ?
  • Seront-ils adoptés alors que les Etats-Unis n’y semblent pas favorables ?
  • La question des bonus a-t-elle l’importance cruciale que l’on semble lui accorder ?


Pour en savoir plus :

La lettre commune d’Angela Merkel, Nicolas Sarkozy et Gordon Brown en préparation du sommet de Pittsburg
La Fédération Bancaire Française


Thomas Philippon professeur de finances à l’université Stern de New York est le coauteur d’une recherche importante sur la rémunération dans le secteur financier américain. L’étude (Wages and Human Capital in the U.S. Financial Industry : 1909-2006) est disponible (malheureusement seulement an anglais).
Sur le débat actuel voir son analyse :


Deux articles parus sur le site Novethic :
Encadrer les bonus fait-il fuir les cerveaux ?
Les rémunérations, enjeu social majeur pour l’industrie bancaire


Des « blogs » qui parlent du sujet :
«  Démystifier la Finance » Blog de Georges Ugeux
« Conversation avec Jacques Attali »
Blog « les echonoclastes » : commentaire d’Hubert Landier.

Créé le 12 février 2010 - Dernière mise à jour le 7 septembre 2009