Multiplicateur budgétaire

Le retour du multiplicateur dans la crise

La crise économique et financière de la fin des années 2000 a changé la donne. Pour éviter un effondrement économique, tous les pays de l’OCDE ont mis en place des plans de relance à la fin de l’année 2008. Ces mesures n’ont pas permis, dans la plupart des pays, d’éviter une récession sévère en 2009, elles ont néanmoins permis à une grande majorité des pays concernés de retrouver une croissance positive dès 2010. L’effet multiplicateur de type keynésien a été incontestable, mais difficile à mesurer. Le rebond de la croissance a été limité.

Dans ce contexte, les économistes influents auprès des centres de décisions de politique économique comme le FMI, de la Commission européenne et dans une moindre mesure de l’OCDE, n’ont pas modifié leurs évaluations antérieures du multiplicateur et ils ont prôné un retour rapide à des politiques budgétaires restrictives donnant la priorité à la réduction des déficits publics et à la stabilisation de la dette publique. L’Union européenne a ainsi fait de l’assainissement budgétaire sa priorité. Cela a été inscrit dans le nouveau Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) et dans les politiques mises en œuvre au sein de la zone euro depuis 2011. De 2010 à 2012, les efforts budgétaires réalisés et annoncés pour réduire les déficits publics (lien avec article déficit public dans dossier comptes publics à venir) ont été sans précédent pour les pays de la zone euro (-4,6 % du PIB), le Royaume-Uni (-6% du PIB) ou les États-Unis (-4,7 % du PIB).

Des effets beaucoup plus importants que prévu

L’impact des politiques budgétaires restrictives a été sous-évalué.

Le FMI lui-même l’a reconnu dans son rapport d'octobre 2012 sur les perspectives pour l'économie mondiale : « Le principal constat, basé sur des données concernant 28 pays, est que les multiplicateurs utilisés pour établir les prévisions de croissance sont systématiquement trop faibles depuis le début de la Grande Récession, l’erreur allant de 0,4 à 1,2, selon la source des prévisions et les spécificités de la technique d'estimation. Des indications informelles laissent penser que les multiplicateurs employés implicitement pour générer ces prévisions sont de l'ordre de 0,5. Les multiplicateurs réels pourraient donc être supérieurs et s'échelonner de 0,9 à 1,7 ». En janvier 2013, l'économiste en chef du FMI, Olivier Blanchard, reconnaissait dans un document de travail que les multiplicateurs avaient vraisemblablement été sous-évalués ( Growth Forecast Errors and Fiscal Multipliers)

Or un multiplicateur budgétaire élevé signifie que les politiques budgétaires restrictives enfoncent les économies dans un véritable cercle vicieux. Si le multiplicateur est égal ou supérieur à 2, la politique restrictive produit même une hausse des déficits au lieu de la baisse espérée. Selon l’économiste Patrick Artus, l’ Espagne et l’Italie seraient dans ce cas.

Les causes

Reste à expliquer pourquoi le multiplicateur est revenu à des niveaux si élevés dans le cas de politiques budgétaires restrictives. On invoque différentes causes.

  • Le multiplicateur serait plus élevé en cas de réduction des déséquilibres publics trop rapide et de politique restrictive trop brutale.
  • Contrairement à une idée reçue, les multiplicateurs liés à une politique de restriction des dépenses publiques soient très largement supérieurs à ceux observés en cas de politique privilégiant les hausses d’impôts.
  • En fait il semble bien que le niveau élevé des multiplicateurs tienne à la nature même de la crise qui perdure notamment en Europe. L’impact récessif des politiques budgétaires restrictives est d’autant plus fort que l’on se trouve en situation d’insuffisance de la demande et de taux d’intérêt proche de zéro. Tout le secteur privé (ménages et entreprises) fait tous les efforts possibles pour se désendetter et cherche surtout à ne pas dépenser. Dans un tel contexte la demande privée ne prend pas le relai de la restriction budgétaire publique. Au contraire, les effets dépressifs s’accumulent.

Une évolution durable ?

Quant à savoir si cette évolution est durable, les avis divergent. En février 2013, la Commission européenne parle au passé de niveaux élevés des multiplicateurs, comme si dorénavant ils allaient retourner à un niveau faible considéré comme « normal ». Néanmoins la Commission a accepté un ralentissement du rythme d‘assainissement budgétaire notamment pour la France, ce qui atténuera l’ampleur de l’impact restrictif de la politique budgétaire, sans néanmoins le supprimer.

Au contraire, selon l’économiste Xavier Timbeau de l’OFCE, les multiplicateurs sont sans doute assez durablement élevés. « La déception n’est pas qu’à court terme...Elle modifie aussi le potentiel futur. Les effets sur le marché du travail, de moindre R&D, de retard pris dans les infrastructures, voire, comme on l’observe maintenant dans les pays d’Europe du Sud, les coupes dans l’éducation, dans la lutte contre la pauvreté ou dans l’insertion des populations immigrées obscurcissent les perspectives de long terme » . ( Le commencement de la déflation 17 avril 2013).

Créé le 03 juin 2013 - Dernière mise à jour le 03 juin 2013
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