Crise financière

La portée du plan de sauvetage

L’annonce du plan de sauvetage européen et le début de sa mise en œuvre immédiate par la Banque Centrale Européenne a eu pour effet de faire disparaitre dans l’immédiat la crise de liquidité qui touchait des États européens et menaçait les banques. Mais les inquiétudes demeurent.

Des résultats immédiats spectaculaires

Les mécanismes annoncés et l’ampleur des moyens potentiels ont clairement montré que les États européens et les Institutions de l’Union Européenne n’accepteraient ni la dislocation de l’Euro, ni les défauts de paiement d’un État. Les achats massifs de titres privés et surtout publics par la Banque centrale a fait baisser de façon spectaculaire les taux d’intérêt sur les dettes publiques de la Grèce, du Portugal et de l’Espagne. Ces États peuvent continuer de se financer sur les marchés à des conditions supportables, avant même que les fonds d’aides prévus soient mis en place.

Ces mesures font donc disparaitre dans l’immédiat la crise de liquidités qui touchait ou menaçait de toucher des États de la zone Euro et les banques. Les cours des bourses européennes et mondiales ont spectaculairement réagi par des hausses très importantes au lendemain de l’annonce du plan sans toutefois retrouver les niveaux atteints quelques semaines auparavant et avant de nouvelles baisses tout aussi spectaculaires.

Inquiétudes persistantes

Elles portent principalement sur la capacité des politiques mises en œuvre à résoudre dans la durée les problèmes posés.

Les pays de la zone euro pourront-ils réduire leur déficit public aussi vite que ce qui leur est demandé ?

Indépendamment même du chômage et de la crise sociale, il ne faut pas oublier que, comme l’explique l’économiste Patrick Artus, des mesures de resserrement des déficits d’une ampleur de 2 à 3 % du PIB n’aboutissent à l’arrivée qu’à une réduction de 1 % du PIB du déficit public. En effet, si la demande privée ne prend pas le relai, ces mesures pèsent négativement sur la croissance et donc sur les recettes publiques. De plus la croissance potentielle dans certains pays (Espagne, Italie, Portugal) est faible compte tenu des spécialisations productives adoptées ces dernières années.

Dans ces conditions l’hétérogénéité de la zone euro entre les pays à positionnement haut de gamme (Pays Bas, Finlande, Allemagne, Autriche) et les pays à positionnement bas de gamme (Espagne, Portugal, Grèce), risque de s’aggraver d’une façon explosive.

« L'Europe peut tomber dans un piège, explique l’économiste Michel Aglietta. Dans certains pays, il faut consolider les finances publiques, c'est à dire faire de l'austérité budgétaire pour freiner la hausse des dettes et l'inverser progressivement. Mais si tout le monde fait des plans de rigueur à la fois, on risque de tomber dans une déflation car la croissance sera étouffée ». C’est pourquoi des avancées supplémentaires de la solidarité et de la gouvernance européenne seront sans doute nécessaires pour aboutir à une politique coordonnée profitable à tous les pays.

La politique de rachats de titres publics par la BCE n’est-elle pas dangereuse ?

Le président de la BCE s’en défend. "La stabilité des prix est notre premier mandat", a expliqué Jean-Claude Trichet "la liquidité supplémentaire que nous apportons par le bais des achats d'emprunts d'Etat sera ponctionnée" a-t-il ajouté (interview au quotidien allemand Handelsblatt 14 mai 2010).

Mais en fait la BCE risque de ne pas pouvoir revendre les titres publics achetés car cela aurait pour effet de fragiliser à nouveau le financement des Etats sur les marchés et de faire repartir la crise.

Créé le 19 mai 2010 - Dernière mise à jour le 07 février 2013
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