Le fonctionnement de la zone Euro est encadré par une politique monétaire commune conduite par la banque centrale européenne indépendante dans son action. Son objectif central est de maintenir à moyen terme l’inflation à un niveau inférieur ou égal à 2% par an. Les règles du pacte de stabilité et du pacte de stabilité et de croissance visent à éviter que des politiques économiques trop laxistes des Etats membres ne mettent en cause la solidité de la zone.
La Banque centrale européenne et les Banques centrales des Etats membres n’ont pas le droit de financer directement les Etats membres. La solidarité entre Etats membres est interdite . Chacun doit financer sa dette sur les marchés financiers. La zone euro n’est pas une « Union de transferts ».
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Traité sur le fonctionnement de l’Union Européenne Article 123 (Ex-article 101 Traité instituant la Communauté Européenne) 1. Il est interdit à la Banque centrale européenne et aux banques centrales des États membres, ci- après dénommées «banques centrales nationales», d'accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions, organes ou organismes de l'Union, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des États membres; l'acquisition directe, auprès d'eux, par la Banque centrale européenne ou les banques centrales nationales, des instruments de leur dette est également interdite… Article 125 (Ex-article 103 Traité instituant la Communauté Européenne) 1. L'Union ne répond pas des engagements des administrations centrales, des autorités régionales ou locales, des autres autorités publiques ou d'autres organismes ou entreprises publics d'un État membre, ni ne les prend à sa charge, sans préjudice des garanties financières mutuelles pour la réalisation en commun d'un projet spécifique. Un État membre ne répond pas des engagements des administrations centrales, des autorités régionales ou locales, des autres autorités publiques ou d'autres organismes ou entreprises publics d'un autre État membre, ni ne les prend à sa charge, sans préjudice des garanties financières mutuelles pour la réalisation en commun d'un projet spécifique… |
Ces dispositions constituent des protections contre des politiques publiques nationales pouvant mettre en danger la solidité de la monnaie commune, mais elles deviennent un facteur de fragilité en cas de crise. La spéculation peut d’autant plus attaquer les pays fragiles car les solidarités pour les financer sont en principe exclues.
La crédibilité de l’Euro a permis aux pays qui avaient les taux d’intérêt les plus élevés (Grèce, Portugal, Espagne, Irlande) de converger vers les taux les plus bas dont bénéficiait l’Allemagne. D’où, dans ces pays, un développement considérable de l’endettement et la formation de bulles immobilières. Leur explosion parallèle à la crise des subprimes aux USA les a plongés dans une crise financière et économique durable. Les dangers de cette évolution n’ont pas du tout été perçus. Les instances européennes ont porté surveillé les acteurs publics et accordé une confiance excessive au fonctionnement des marchés pour réguler les acteurs bancaires et financiers privés. Même s’agissant des secteurs publics nationaux, les règles mises en place (pas de déficit public supérieur à 3 % du PIB et pas de dérapage de l’inflation) ont détourné les regards des problèmes en train de se développer. Les convergences des niveaux d’inflation ont été fortes. Les pays aujourd’hui en difficulté étaient tous de bons élèves de la classe de la zone Euro respectueux des critères mis en place. Mais leurs politiques budgétaires étaient beaucoup trop expansives alors que, souligne l’économiste Patrick Artus, ces politiques auraient dû « devenir très restrictives pour compenser le passage à des politiques monétaires très expansionnistes ». Or, « quand on regarde les déficits publics structurels, c'est-à-dire corrigés des effets de la croissance, on voit que des excédents structurels faibles sont apparus en Espagne et en Irlande, et que le Portugal et la Grèce ont gardé des déficits structurels ». (Natixis Eco Hebdo 15 juillet 2011).
Le problème sans doute le plus grave est que le fonctionnement de la zone Euro a entrainé des divergences économiques croissantes au lieu de favoriser la convergence économique des Etats membres. Cette évolution est soulignée par des économistes français d’horizons divers (Patrick Artus, Henri Sterdyniak, Christian Saint Etienne). D’un côté l’Allemagne et les pays du nord de la zone ont mené des politiques de développement économique fondé sur l’industrie, la compétitivité et l’exportation (y compris dans le cas de l’Allemagne avec une certaine austérité salariale). De l’autre côté, les pays du Sud (dans une moindre mesure l’Irlande) se sont désindustrialisés et ont opté pour une spécialisation dans la construction et les services (tourisme mais aussi services domestiques non exportables). Le premier groupe accumule les excédents commerciaux (4% du PIB) et le second accumule les déficits.
La crise exacerbe les problèmes liés aux divergences de situation économique : la croissance potentielle des pays du sud est très faible. Un retour à la croissance dans le cadre de la spécialisation économique des années passées est très improbable. A fortiori dans le cadre de politiques budgétaires et de crédits restrictives, et sans pouvoir dévaluer sa monnaie. Le risque est fort d’accroître encore les différences entre les deux groupes de pays en termes de croissance, de chômage et de déficits extérieurs.
Ceci n’est pas tenable sans certains mécanismes de transferts financiers et de correction des stratégies économiques des uns et des autres. Faute de quoi la zone est menacée d’explosion.
Voir aussi
Notre article pour comprendre comment la crise des "subprimes" a commencé
Patrick Artus : les trois échecs de l’Euro (Natixis Flash économique 19 juillet 2011)
Henri Sterdyniak : Crise de la zone Euro dans 20 ans d’aveuglement- L’Europe au bord du gouffre. Les économistes atterrés. Les liens qui libèrent, Mai 2011