La crise financière

Les cycles financiers

Depuis les années 80, l’économie mondiale a connu de nombreuses crises financières, alors que, entre 1945 et 1973, les crises de ce type étaient plus rares, plus espacées et sans grande envergure.

Toutes ces crises n’ont pas eu l’ampleur de la crise actuelle ni le même impact sur l’activité économique. L’origine de la perturbation, les défaillances de la régulation, les mécanismes de la contagion financière et économique sont différents d’une crise à l’autre. Mais toutes ces crises financières qui jalonnent l’histoire du capitalisme, ont des dimensions communes sur lesquels des économistes du siècle passé (John Maynard Keynes, Hyman Minski, John Kenneth Galbraith, Charles Kindleberger…) ou du siècle présent (Michel Aglietta, Paul Krugman…) ont beaucoup travaillé.

Un point important de l’analyse de ces économistes est qu’il n’y a pas simplement répétition des crises, mais répétition de cycles financiers, dont les crises constituent l’un des moments. « Les crises financières n’ont pas de régularité précise dans leur périodicité explique Michel Aglietta, mais ils ont une cohérence interne faite de l’enchainement de cinq phases » (Revue d’Economie Financière, numéro hors série- la crise financière juin 2008)

Il les identifie de la façon suivante :

Cycles financiers

Essor

  • Croissance économique après un ralentissement ou une récession
  • Générée par une innovation, un changement technologique, ou institutionnel
  • Alimentée par l’investissement productif
  • Expansion du crédit pour financer les investissements en phase avec l’évolution des revenus

Euphorie

  • Hausse du prix de certains actifs s’alimente par un emballement du crédit par rapport aux revenus, qui génère à son tour l’emballement du prix des actifs et ainsi de suite
  • Sous évaluation des risques
  • Développement de la fragilité des structures financières

Paroxysme et retournement

  • Les leviers d’endettement s’accroissent et ne sont plus soutenus que par la hausse des valeurs spéculatives mises en garantie
  • Evénement spécifique fortuit qui enclenche le retournement des anticipations des spéculateurs et le démarrage des retraits

Déflation de la dette et restructuration des bilans

  • Les investisseurs surendettés doivent se désendetter
  • Risques d’enchainements négatifs
  • Les investisseurs peuvent être contraints de vendre leurs actifs pour faire face à leur besoin de liquidité, déclenchant une spirale de baisse auto-entretenue du prix de ces actifs et un assèchement de la liquidité
  • Les contagions entre marchés, entre pays
  • La contagion aux banques qui entrainent un resserrement du crédit
  • La contraction de leurs dépenses par ceux qui doivent se désendetter et du fait des anticipations pessimistes pèse sur les revenus et la croissance et pèse sur le désendettement
  • Importance de la rapidité et de la pertinence des réponses des autorités publiques. (Gouvernements, Banques centrales, Institutions internationales…)

Différentes questions brulent toutes les lèvres :

Ces cycles et ces crises sont ils inhérents au fonctionnement du marché. ?

Est-ce que cela vient d’une cause extérieure aux marchés ou de l’intérieur de leur fonctionnement (Dans leur inimitable vocabulaire les économistes parlent de cause exogène ou de causes endogène) :

Réponse à nouveau plus généralement admise : cela vient du fonctionnement du marché lui-même, de son instabilité intrinsèque : c’est ce que l’économiste Hyman Minsky appelle « l’hypothèse d’instabilité financière ».

Si ces cycles et ces crises sont inhérents au fonctionnement des marchés, peut-on les empêcher ?

Ou à vouloir le faire ne risque-t-on pas des remèdes pires que le mal ? C'est-à-dire d’empêcher les innovations, de mettre en cause des libertés essentielles ?

Les réponses divergent. Pour certains l’existence de cycle et de crises est inévitable. Les politiques publiques et les réglementations auront toujours tendance à éviter la reproduction des crises passées mais pas de la suivante.

D’autres considèrent que les politiques publiques ont une responsabilité et un rôle essentiel pour éviter que les crises ne dégénèrent, et insistent sur le fait que tous les cycles ne se valent pas et que certains manifestent par leur gravité même le besoin de transformer le modèle de financement de l’économie.

C’est l’hypothèse formulée par exemple par Michel Aglietta face à la crise actuelle, selon lequel le « modèle de la banque d’investissement comme modèle dominant du financement de la croissance »… devra être relayé « par la promotion d’un modèle de financement par les investisseurs financiers à long terme ».

En savoir plus

Les crises financières :
Rapport pour le Conseil d’Analyse économique par Robert Boyer,Mario Dehove et Dominique Plihon ( 2004)

Créé le 22 octobre 2008 - Dernière mise à jour le 23 avril 2012
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