Vente à découvert

La vente à découvert (VAD) consiste à vendre un titre (une action) que l’on ne détient pas mais dont on suppose qu’il va baisser, afin de réaliser une plus-value. Cette pression vendeuse contribue à son tour à la baisse des cours. La VAD est souvent associée aux Ordres de bourse avec Service de Règlement Différé (OSRD) avec lesquels il ne faut pourtant pas la confondre.

Le mécanisme de la vente à découvert

Le principe est le suivant : vous vendez des titres que vous ne possédez pas. Mais vous devez les livrer sous 3 jours. Pour être en mesure de respecter cette obligation, vous empruntez les titres (généralement à des investisseurs long terme qui cherchent à rentabiliser les titres qu’ils ont en portefeuille). A l’échéance de votre emprunt, vous rachetez les titres en espérant que la plus-value réalisée sera supérieure au coût de l’emprunt.

En J, vous vendez 100 titres à 100 €.

Au plus tard à J+3, vous les empruntez contre :

  • paiement d’un intérêt, et
  • dépôt de garantie qui peut aller jusqu’à 100 % du prix des titres empruntés (en titres ou en cash), soit dans notre exemple 10 000 €.

Au plus tard à l’échéance de l’emprunt, vous remboursez les titres que vous aurez préalablement achetés sur le marché, par exemple à 80 € le titre. Vous aurez gagné 2 000 € (dont il faut déduire le coût de l’emprunt). Autrement dit, Gain = PV – PA – coût de l’emprunt.

Les avantages et les risques de ce procédé

Pour l’investisseur

Ce mécanisme lui permet d’intervenir sur des valeurs qu’il n’a pas en portefeuille. Mais cet outil est risqué car si la baisse prévue ne se réalise pas, les vendeurs à découvert sont contraints de racheter les titres, dont la hausse possible est en théorie illimitée. Ce faisant d’ailleurs, ils amplifient la hausse redoutée.

Pour le marché

La VAD est considérée comme n’ayant pas que des inconvénients pour le marché. Elle permet aux acteurs économiques de prendre des positions sur des titres sans être contraints de les posséder. Cela augmente la liquidité du marché. Et cela sert d’avertisseur ou de thermomètre (en cas de défiance à l’égard d’un titre, cela se voit).

Les ordres à règlement différé (OSRD)

Imaginons que l’investisseur souhaite vendre les titres tout de suite, mais ne les livrer qu’à la fin du mois, voire au-delà s’il reporte sa position. Cette fois, c’est son intermédiaire qui emprunte les titres, et les livre sous 3 jours. Il fait payer à l’investisseur le coût de l’emprunt + le coût du règlement différé, mais généralement n’exige qu’une garantie partielle (20% de la valeur des titres et non 100 %). C’est là qu’intervient l’effet de levier.

Vous vendez 100 titres à 100 €.

Vous utilisez les facilités de paiement de l’OSRD, vous réglez donc un certain nombre de frais (coût de l’emprunt et du prêt) et vous laissez une garantie de 20% du montant des titres, soit dans notre exemple 2000 €. Si le cours de l’action tombe à 80 €, comme dans l’exemple précédent, vous avez gagné les mêmes 2000 €, qui représentent non plus 20 % mais 100 % de votre investissement (dépôt) initial.

La vente à découvert et la crise financière

En pleine crise du crédit , la vente à découvert (short selling) est la « bête noire » de certains régulateurs financiers dont la Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme de la Bourse américaine. Déjà réglementée aux Etats-Unis dans les années 30, largement développée aujourd’hui, la vente à découvert permet de spéculer à la baisse. De telles positions ont un effet mécanique sur le cours des actions qui baisse, et précipitent l’effondrement du cours du titre. La VAD peut être utilisée à des fins de manipulation : pour qui veut « massacrer » un titre, il suffit bien souvent, surtout quand les marchés sont particulièrement nerveux et volatils, de propager des rumeurs plus ou moins fondées et de vendre massivement à découvert, ce qui a un effet auto-réalisateur. Et si on a pris une position vendeuse, on a intérêt à faire circuler des rumeurs négatives pour faire baisser le titre et se racheter moins cher.

Après avoir interdit les ventes à découvert pour essayer d’enrayer la baisse des cours, les Américains les ont à nouveau autorisées le 10 octobre (entre-temps, l’interdiction des VAD n’avait pas empêché les bourses de sérieusement dévisser).

Le régulateur britannique, la FSA, semble être sur la même longueur d’ondes que son homologue d’Outre-Atlantique. Après avoir exigé en juin dernier la publication des positions à découvert des grands investisseurs, la FSA a accentué la pression sur les marchés en interdisant du 18 septembre 2008 au 16 janvier toute vente à découvert.

Et en France, s’agissant des valeurs financières, en septembre 2008, l’AMF a provisoirement obligé les opérateurs utilisant les services de règlement différé, à déposer dans les livres de leur intermédiaire 100% des titres, et ce, le jour de la vente (et non pas en J + 3 comme pour les valeurs ordinaires) et a contraint les intermédiaires à faire respecter cette obligation.

A partir du 1er février 2011, cette interdiction va être levée et elle sera remplacée par des règles de transparence accrue, dans la lignée des recommandations du CESR, le régulateur européen.

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Créé le 22 octobre 2008 - Dernière mise à jour le 06 avril 2012
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