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L’argent sans maître

Charles-Henri Philippi

Descartes et Cie-Paris, Mai 2009 .95 pages, 15 €


l'argent sans maitre

Pour Charles-Henri Philippi, membre de cabinets ministériels dans les années 1980 puis banquier, la crise n’est pas simplement une crise financière de plus. Elle est une crise fondamentale de l’argent. C’est donc de l’argent, de sa place et de son rôle dans notre société que traite ce court essai clair et percutant.

« Bon serviteur mais mauvais maitre »

Longtemps, nous dit Charles-Henri Philippi, l’argent a été un indiscutable facteur de liberté personnelle et de progrès collectif et un bon compagnon de la démocratie. Mais après le temps de l’argent « contenu » est venu celui de « l’argent sans bornes ». Nous avons laissé échapper les outils pour contenir sa prolifération et son pouvoir. La cupidité est devenue un système dans lequel prédomine l’argent devenu une fin en soi, une possibilité d’accumuler sans lien réel avec la valeur créée.

Dans son analyse des dérives qui ont ainsi conduit à la crise, l’auteur insiste particulièrement sur celle de ce qu’il appelle « la religion de la liquidité ». Selon lui, la recherche permanente et conjointe de la disponibilité parfaite et de la rentabilité maximale a nourri un véritable « fondamentalisme de marché » et l’illusion de l’autorégulation. « L’idéologie de la liquidité est l’explication centrale et essentielle de la bulle de crédit maintenant éclatée ».

« Socialiser l’argent »

L’enjeu n’est donc pas simplement de lutter contre une récession, fût-elle longue et socialement redoutable, mais de reconstruire une maitrise nouvelle de l’argent. Il s’agit, dit Charles-Henri Philippi de « resocialiser » l’argent, de retrouver une forme de contrôle collectif sur l’argent et de faire en sorte que les gains financiers soient plus en phase avec la contribution apportée à l’économie réelle. Vaste programme en vérité sur lequel l’auteur apporte de simples repères. On notera notamment son insistance sur la responsabilité des institutions de l’épargne collective (banques à réseaux, caisses de retraite, assurances, etc.).

Elles ont un rôle crucial à jouer pour sortir de la religion de la liquidité et reprendre la main au nom même des épargnants et « canaliser l’argent vers les grands projets qui servent l’avenir de l’humanité, la rareté des ressources, le vieillissement, la pérennité de la planète ».

Créé le 29 juillet 2009 - Dernière mise à jour le 29 juillet 2009