Les mots de la finance
Finance solidaire
En anglais, on parle de « finance durable ». En français, on préfère la qualifier de solidaire. Mais c’est peu ou prou le même concept : donner du sens à son épargne en l’orientant vers le financement d’activités qui ne seraient pas immédiatement rentables mais qui sont utiles socialement.
Il ne faut pas confondre finance solidaire, finance éthique, investissement socialement responsable, micro-crédit même si ces notions se recouvrent ou ont des points communs. La finance éthique est un concept un peu flou qui est tantôt utilisé dans un sens étroit (et il s’agit alors des fonds d’exclusion qui excluent certains secteurs ou certaines sociétés pour des raisons éthiques – travail des enfants ou tabac…) tantôt dans un sens plus large (il est regroupe alors la finance solidaire et les fonds d’exclusion). L’investissement socialement responsable (ISR), lui, est un concept plus large que celui de finance solidaire puisqu’il intègre à la fois des préoccupations sociales, environnementales. Enfin la finance solidaire se distingue du microcrédit à la fois par sa destination (financement collectif et non individuel) et par sa fonction (augmenter le capital social des bénéficiaires et non pallier les déficiences d’offre du système bancaire traditionnel).
Qu’est ce que la finance solidaire ?
C’est une finance investie dans l’économie sociale ou solidaire.
L’économie sociale et solidaire regroupe des coopératives, mutuelles, associations, des syndicat et fondations, secteur représentant en France près de 10 % de l’emploi salarié. Cet ensemble est « social » parce qu’il privilégie l’humain par rapport au capital et poursuit un but non lucratif. Il est « solidaire » en ce qu’il propose de nouveaux modèles de développement et de financement à côté des modèles classiques et qu’il vise en particulier à réinsérer des personnes en difficulté.
Les organismes intervenant dans la finance solidaire collectent des fonds auprès de personnes (physiques ou morales) qui souhaitent que leur épargne soit dédiée à une démarche de solidarité, consentant à retirer de leur placement une rémunération moins élevée que s’ils l’avaient placé sur d’autres supports d’épargne classiques, du moment que leur épargne est utile à la société.
Les fonds ainsi collectés s’orientent vers le social : l’insertion par l’emploi reçoit 14 % des investissements, la création d’emploi lié à l’environnement 8 %, et la revitalisation des territoires près de 8 % aussi. Ils s’orientent aussi vers l’environnement : énergies renouvelables (19 %), bio-agriculture (<1 %), et vers la solidarité internationale : microfinance (8 %), commerce équitable et coopération nord/sud (8 %),…
En 2008, l’encours de l’épargne solidaire en France représentait 1631 millions €, soit 0,5 % de plus qu’en 2007. En hausse notamment la collecte sur les livrets d’épargne solidaire (+28 %) et les actions non cotées (+30,8 %). La crise a en revanche nettement pesé sur l’épargne salariale solidaire qui passe de 598 millions € en 2007 à 479 millions € en 2008. Ce ralentissement s’explique très largement par la partie non solidaire de ces fonds d’épargne qui s’avère bien plus sensible aux cycles financiers, tandis que la partie solidaire offre des performances brutes moins fortes mais plus lissées.
Concrètement, une partie seulement de ces fonds financent une activité du secteur solidaire (en 2008, à peine un peu plus de 400 millions €), car on comptabilise dans la finance solidaire l’intégralité de fonds dont une partie est en fait investie dans des supports ordinaires (produits boursiers ou monétaires ordinaires).
Les outils de la finance solidaire
Deux démarches distinctes : l’investissement solidaire et l’épargne de partage.
On parle de « d’investissement solidaire », lorsque l’épargne est investie pour tout ou partie (5 %, 10 %, …) dans des projets dits d’utilité sociale : micro-crédit, insertion, autres projets solidaires. Une trentaine de produits d’investissement solidaire seraient actuellement disponibles, pesant près de 77 % dans l’épargne solidaire.
Le Perco (Plan d’épargne pour la retraite collectif) par exemple propose au salarié de choisir entre trois fonds présentant des profils d’investissement différents, dont un doit prévoir une part d’investissement en économie solidaire. L’épargne salariale représente une part importante de l’encours total.
Les « produits de partage » se fondent sur le partage des revenus de l’épargne, l’épargne pouvant être placée sur des supports traditionnels. Le bénéfice dégagé par le placement de l’épargne est en effet partagé en totalité ou en partie entre l’épargnant, l’opérateur financier et une association. Une partie des intérêts annuels qui devraient revenir au consommateur est reversée au profit d’une association engagée dans une action humanitaire, sociale ou environnementale. Pour certains livrets, cette part peut aller jusqu’à 50% des intérêts annuels produits. On appelle aussi ces produits d’épargne des « fonds de partage ». Il en existe à peu près 10 actuellement en France.
Ce système de financement est considéré comme « solidaire » pour le consommateur, parce qu’il sait qu’une partie des sommes versées est rétrocédée à une association (dont il connaît le nom au moment de l’achat ou de l’investissement), mais aussi pour la société « émettrice » parce qu’elle se différencie de ses concurrents en investissant le terrain de la solidarité, et bien sûr pour l’association, parce qu’elle se procure des ressources gratuites et diversifiées.
Les produits d’épargne ou de finance solidaire se présentent sous les mêmes formes techniques que les produits d’épargne ou de finance classiques : comptes épargne, comptes à terme, SICAV, FCP, assurances vie, et même carte bancaire « solidaire » en ce sens qu’elle donne automatiquement droit à versement au profit d’une association d’un pourcentage (0,05/6 % €) à chaque retrait réalisé avec la carte.
Etant donné la variété des produits de finance solidaire présente sur le marché, Finansol, fédération des acteurs de l’épargne solidaire (banques, collectivités publiques, médias), décerne chaque année depuis 1997 un label des produits solidaires, établi selon des critères de solidarité et de transparence.
Pour aller plus loin :
La rubrique "Investisement Socialement Responsable" sur notre site
L’interview d’Anne-Catherine Husson-Traore, directrice générale de Novethic.
Autres sites
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Observatoire sur la Responsabilité Sociétale des Entreprises
Adie
Créé le 2 décembre 2009 - Dernière mise à jour le 29 avril 2010

















