Jeunes | Actifs | Seniors | Espace Enseignants et Formateurs | Espace Enfants | Doc | Boite à Outils | Tronc commun | Les mots de la finance | Les formations | Page d’accueil | Espace Presse | Questions/réponses | Nos partenaires

La crise des « subprime » - Archives - 1ère publication : le 21 mai 2008

Où vont les banques ?

Revue de presse

Le 12 avril 2008, les ministres des finances et les banquiers centraux des pays « riches » du G7, ont demandé à nouveau aux banques de dévoiler entièrement toutes leurs pertes potentielles résultant des crédits subprimes et des achats de titres financiers adossés à ces crédits. Ils leur ont donné trois mois pour le faire.

Avec la publication en mai de leurs comptes pour le 1er trimestre 2008, les banques auraient réalisé cette opération vérité à 80 % selon une analyse de l’agence de notation Fitch, dont la presse s’est faite largement l’écho.

200 à 300 milliards de $.

Selon Fitch, les pertes potentielles pour les actifs liés aux subprimes seraient de 400 milliards de $. La moitié (200 Milliards) serait supportée par les banques et l’autre moitié par les assureurs, les rehausseurs de crédits, les hedge funds. 80 % de la facture, soit quelque 165 milliards seraient maintenant connus. D’autres analyses donnent des estimations plus élevées de la facture totale. Dans une étude du numéro de mai 2008 de la revue Conjoncture publiée par la BNP Paribas , Laurent Quignon annonce une facture totale de 300 milliards pour les banques et de 100 à 200 pour les autres acteurs. Selon l’auteur les banques en auraient déjà comptabilisé 200 milliards et non 165. Mais il y aurait encore 100 milliards à annoncer. Il y a donc encore des incertitudes sur l’ampleur des mauvaises nouvelles de demain.

Quatre banques plus durement touchées

La crise frappe les banques inégalement en fonction de leur comportement ces dernières années et de leur plus ou moins grande prudence en matière de titrisation de supprimes (lien avec article 2 du dossier « comment la crise s’est diffusée »). 4 banques totalisent à elles seules autour 60% des pertes comptabilisées depuis le début de la crise : Il s’agit de 2 banques américaines [Citigroup (40 milliards de $) et Merrill Lynch (29 milliards de $)], une banque suisse [UBS (37 milliard s de $] et une banque allemande [IKB (9 milliards de $)].

Moitié Etats-Unis moitié Europe ?

Selon l’agence Fitch, les banques des Etats-Unis et celle de l’Europe enregistreraient des pertes équivalentes de 77 milliards (40% pour chaque zone) sur les 165 milliards qu’elle recense ; l’Asie étant davantage épargnée avec seulement 10 milliards de pertes. Pourtant l’épicentre de la crise était aux USA. Pour sa part, Laurent Quignon se réfère aux estimations différentes du FMI : 55% de la facture totale pour les Etats-Unis, 40 % pour l’Europe et 4 % pour le Japon.

« Proche de l’épicentre, explique –t-il, les banques américaines sont évidemment les premières concernées. De l’autre côté de l’Atlantique, le tableau est plutôt rassurant. Les grandes banques ont certes publié des résultats décevants, mais, à l’exception notables des banques suisses, elles ont évité les pertes et préservé leurs capitaux propres ». Les données du FMI (mettre camembert dans la page 4 de l’article de conjoncture adresse ci dessus) montrent que l’impact est également élevé pour le Royaume-Uni dont les banques enregistreraient une part de pertes de 15 % presque équivalente à celle de l’ensemble de l’Union Européenne.

L’Agefi hebdo du 15 mai 2008 insiste effectivement sur l’impact de la crise pour les banques du Royaume Uni et plus généralement sur l’ensemble de la finance britannique : « A l’exception notable de la débâcle de Northen Rock partiellement nationalisée en février dernier, l’industrie bancaire (britannique) semblait jusqu’à présent avoir résisté au choc. Une affirmation qui paraît aujourd’hui battre de l’aile … Le numéro 2 outre-Manche RBS (Royal Bank of Scotland) a annoncé le 22 avril qu’elle cherchait à lever 12 milliards de £ de capitaux. (15 milliards d’€ et 22,5 milliards de £)… Une semaine après la banque HBoS annonçait 2,8 milliards de £ de dépréciations ».

Et la France ?

Les dépréciations d’actifs enregistrées depuis le 3ème trimestre 2007 se sont élevées pour l’ensemble des banques françaises à quelque 15 milliards d’€ (plus de 20 milliards de $), dont 5,4 enregistrés par Crédit Agricole, 3,5 par SG (hors affaire Kerviel), 1,3 par Natixis, 1,2 par BNP Paribas, et 0,9 par Dexia. Une note « salée », considère La Tribune (19 mai 2008) qui souligne : « en l’espace de trois mois elles ont vu fondre leurs bénéfices ». Salée peut être, mais pas désastreuse. Les bénéfices fondent mais il y en a encore. Aucune banque française n’a plongé dans le rouge. En fait ce sont surtout les banques de financement et d’investissement qui ont été touchées. (. Comme le souligne la Tribune (30 avril 2008) « la crise actuelle justifie le modèle de banque universelle, diversifiée tant au plan géographique qu’en termes d’activités. C’est lui qui a permis, notamment aux banques françaises, de compenser les effets de la crise qui ont durement touché les activités de banque de financement et d’investissement ».

Cependant en France même, les différences sont importantes entre les établissements. « Les résultats trimestriels accentuent la hiérarchie des banques françaises » constate le Journal des Finances (15 mai 2008). La crise frappe davantage les banques mutualistes (Crédit Agricole, Groupe des Caisses d’Epargne et Groupe des Banques Populaires). Hormis l’affaire Kerviel à la Société Générale. En fait ce sont les banques de financement et d’investissement qui payent le plus lourd tribut. « Pour rattraper leur retard pris sur les banques commerciales en matière de banque d’investissement et de marchés, ces établissements (mutualistes) ont mis en place des plans de développement accélérés », note Anne Michel dans le journal Le Monde (15 mai 2008). Elles n’ont pas agi dans ce domaine avec la plus grande prudence, explique-t-elle.

Quelles conséquences ?

Pour les clients des banques

Les clients des banques vont-ils payer la facture, ou une partie de celle-ci, par des crédits plus rares et plus chers ?

L’impact semble rester, en France du moins, assez limité. « Les taux de crédit ont un peu augmenté mais il n’y a pas de resserrement quantitatif, explique le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, dans une interview accordée au journal Ouest France (22 mai 2008). Pour l’instant la distribution du crédit en zone euro et en France en particulier, reste très vigoureuse, avec un taux de croissance des crédits aux entreprises d’environ 15 % qui bénéficie aux grandes entreprises comme aux PME. Aujourd’hui le crédit n’est donc pas un frein à l’activité économique mais, ajoute-t-il, nous surveillons attentivement son évolution ».

La revue Perspectives Hebdo du Crédit Agricole partage à peu près ce point de vue (numéro du 13 mai 2008). Selon elle, on va en France « vers un durcissement modéré des critères d’octroi de crédit ». « Face à une ressource financière devenue plus onéreuse et à la remontée cyclique et globale du coût du risque, les banques sont contraintes d’ajuster leur politique de distribution du crédit. Ce resserrement reste assez modéré en France, comme dans le reste de l’Europe. Les entreprises, y compris les PME, sont davantage touchées que les ménages. Pour l’instant, ce resserrement n’est guère perceptible au niveau de l’évolution des crédits ». Si les crédits aux entreprises continuent d’accélérer, les prêts aux ménages marquent certes le pas, mais cela semble tenir davantage à une prudence accrue des ménages et à l’évolution des marchés immobiliers, qu’aux évolutions des conditions de l’offre de crédit.

Pour les actionnaires.

Ils ont subi une chute importante de la valeur des actions. L’étude annuelle du Boston Consulting group présentée en France le 5 mai fournit pour 2007 des données significatives : « Globalement, la rentabilité totale pour l’actionnaire [montant des dividendes reçus + l’évolution du cours des actions rapporté à la valeur de celles-ci en début de période (ndlr)] du secteur bancaire a plongé de 93 % en 2007, pour atteindre 1,7 %… La capitalisation boursière des banques a augmenté de seulement 2,4 % pour atteindre 8 300 milliards de $, un réel décalage par rapport à 2006, où la capitalisation boursière avait crû de 31 % ». Mais cette donnée qui agglomère toutes les banques du monde, doit être affinée. La capitalisation boursière des banques nord-américaines et d’Europe occidentale a diminué de 695 milliards de dollars en valeur, « soit plus que le PIB des Pays-Bas », alors que celle des banques des pays émergents a connu une augmentation de 880 milliards de $. Ainsi par exemple, « le secteur bancaire aux Etats-Unis a enregistré un taux de rentabilité totale pour l’actionnaire de –21 % en 2007 ».

De plus les banques vont devoir compenser les dévalorisations enregistrées (et celles encore à venir) par des augmentations de capital. C’est nécessaire pour respecter les règles de prudence adoptées à l’échelle internationale. En France, après la Société Générale il y a quelques mois, le Crédit agricole a annoncé le 15 mai qu’elle procéderait dans les prochains mois à une augmentation de capital de 5,9 milliards d’€. Aux USA, au RU et en Suisse, les recours à des augmentations de capital sont plus massifs. Pour les actionnaires actuels cela se traduira par une « dilution de capital » (répartition des dividendes entre un nombre plus grand d’actions et baisse du dividende par action).

Le renforcement des fonds propres pourrait bien être une des principales leçons durables de la crise. Selon le président de la Réserve fédérale des Etats-Unis Ben Bernanke « Les turbulences sur les marchés financiers soulignent la nécessité de disposer d’"épais" matelas de fonds propres et les banques doivent donc lever des capitaux si elles en ont besoin » (Déclaration le 15 mai 2008, citée par l’agence Reuters).

Pour l’industrie bancaire elle-même.

Au-delà des ajustements « conjoncturels », y aura-t-il un impact « structurel » sur l’industrie bancaire et sur son modèle économique, et si oui lequel ?

Selon Olivier Pastré, professeur d’économie à l’université de Paris-VIII, interviewé par Challenges.fr (15 mai 2008), d’une part « On peut envisager, dans les mois à venir, une recomposition de l’industrie bancaire mondiale ». Et d’autre part, « un rééquilibrage des métiers de la banque s’impose de toute manière. Les banques ont peut-être trop développé la banque d’investissement au détriment de la banque de détail ».

Sur le premier point, l’étude de Boston Consulting Group montre l’ampleur des changements dans la hiérarchie mondiale des banques. « En 2007, les trois premières places du classement, en termes de capitalisation boursière, reviennent à des banques chinoises : ICBC, China Construction Bank, et Bank of China. Les trois plus grandes banques américaines – Citigroup, Bank of America, et JP Morgan Chase – qui avaient dominé le classement les années précédentes, ont quant à elles perdu du terrain. Quatre des sept nouveaux entrants dans le classement des 30 premières banques viennent des pays BRIC (Brésil, Russie, Chine, Inde) ».

Dans une éventuelle recomposition mondiale, les groupes français ne sont pas les plus fragiles, y compris la Société Générale dont le nouveau Directeur, Frédéric Oudéa, a souligné dans la Tribune (14 mai 2008) qu’elle est « armée pour rester indépendante ».

S’agissant du futur modèle économique des banques, Olivier Pastré insiste sur les limites de la révision nécessaire selon lui : « il n’est cependant pas question d’arrêter la titrisation. Le but est de revenir à un partage plus équilibré pour moins de risques ». La question reste posée de savoir comment y parvenir.

Créé le 28 mai 2008 - Dernière mise à jour le 6 mars 2009