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Le théorème du lampadaire

De Jean-Paul Fitoussi

Le théorème du lampadaire

Éditions Les liens qui libèrent
2013
254 pages

Un économiste en colère

« Nous vivons des temps déraisonnables ». Ainsi commence le livre de Jean-Paul Fitoussi, président de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) de 1989 à 2010. Cela fait penser aux vers d’Aragon :

« C'était un temps déraisonnable
On avait mis les morts à table…
La pièce était-elle ou non drôle ?
Moi si j'y tenais mal mon rôle
C'était de n'y comprendre rien ».

Le poète parlait d’un temps où l’Europe se déchirait dans la boucherie de la 1ère guerre mondiale. Bien sûr, il ne s’agit pas de cela aujourd’hui. Mais, selon Jean-Paul Fitoussi, la déraison s’empare à nouveau des pays du « Nord du monde » et singulièrement de ceux d’Europe au risque de détruire son projet d’Union. Les inégalités, le chômage, la pauvreté et l’insécurité retournent à des niveaux historiques. Il faut à nouveau comprendre pour mieux tenir son rôle, alors que « l’on nous répète à l’envi qu’il n’est pas d’autre chemin possible » et alors que selon l’économiste, la pensée dominante nous met dans la situation du poivrot, qui ne sait où il a perdu ses clefs, mais qui les cherche sous le lampadaire parce c’est le seul endroit éclairé de la rue.

Voyage critique

Economiste en colère, Jean-Paul Fitoussi nous invite donc à un voyage critique sur les crises qui s’enchaînent depuis 2007. Crise de la théorie et de la mesure économiques, crise financière se transmutant en crise économique et en crise sociale, crise de l’Euro et crise européenne. Pour éclairer toutes ces crises et sortir du renoncement, l’auteur utilise largement le lampadaire allumé par l’économiste anglais J.M. Keynes dans les années 1920/1930. La grande inflation et la crise des années 1970 a semblé montrer les limites de ses préconisations. On l’avait donc éteint et on s’était tourné partout vers le néo-libéralisme fondé sur « la rationalité des agents couplée à l’efficience des marchés ». Mais la crise financière et ce qu’il advient depuis, notamment dans la zone euro, redonnent une forte actualité aux concepts keynésiens tels que l’incertitude liée à l’avenir, l’instabilité des marchés financiers, le chômage involontaire, la trappe à liquidité, la demande effective, le rejet du laisser-faire…

Pour Jean-Paul Fitoussi, « l’économie n’est pas une science exacte ». Telle qu’il la pratique dans ce livre, ce serait plutôt un sport de combat. Il lâche ses coups.

D’abord contre les tenants de l’économie dominante qui, selon lui, pourraient envoyer le télégramme suivant aux gouvernements de la planète : « Marchés toujours équilibrés. Stop. Pas de crise financière, pas de chômage, pas d’insuffisance de la demande. Stop. Surtout ne faites rien. Stop ». Encore lui faut-il expliquer comment et pourquoi une théorie « dont les conclusions sont si contraires à l’expérience du monde » peut rester dominante.

Ensuite contre l’empire de la finance et la dérégulation des marchés financiers « qui ne sont pas le lieu de la plus grande rationalité, et encore moins le « guide suprême » de l’économie et qui sont pourtant devenus, en Europe, le juge de paix des politiques économiques ».

Puis contre l’explosion quasi universelle des inégalités permise « par l’évolution libérale du monde » et contre la théorie du « ruissellement » qui les légitime en affirmant qu’elle entraîne l’amélioration du sort de tout le monde comme la marée montante élève tous les bateaux. Pour Jean-Paul Fitoussi, si ruissellement il y a, il consiste plutôt « dans un déplacement du risque vers les catégories les plus fragiles de la société ».

Bien être et soutenabilité

Un gros tiers du livre est consacré à la crise européenne. L’auteur analyse notamment les vices de construction de la zone euro, « une fédération monétaire sans solidarité budgétaire ». Il n’y a selon lui qu’une issue aux déséquilibres engendrés par ce problème : « rendre la contrainte d’ajustement symétrique. Les pays créanciers doivent s’ajuster et pas seulement les pays débiteurs ». Il décortique la règle budgétaire adoptée dans le cadre du traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance européenne et conclut qu’elle conduit à des politiques pro-cycliques particulièrement inadaptées compte tenu de la nature de la crise actuelle. A ce traité « qui établit la solitude budgétaire de tous les États membres de la zone euro en leur faisant miroiter davantage de solidarité s’ils se montrent capables de régler seuls leurs propres problèmes », il oppose le « rêve » d’une vraie constitution européenne pour rétablir l’égalité et la solidarité « entre les différents peuples qui la constituent et pour que plus jamais certains d’entre eux ne soient qualifiés de périphériques ».

Jean-Paul Fitoussi a été coordinateur de la Commission sur la Mesure de la Performance Économique et du Progrès Social. Il consacre le dernier chapitre du livre à ces questions de mesure et aux limites de l’utilisation du «  PIB   Définition Indicateur économique mesurant les richesses créées dans un pays sur une période donnée.
Il correspond à la somme des valeurs ajoutées dégagées par les entreprises financières et non financières, les collectivités publiques, les ménages et les associations à but non lucratif résidant dans ce pays, soit la totalité de la production de biens et services réalisée sur la période considérée dans un pays donné.
La variation du PIB sur une période donnée est l’indicateur le plus couramment utilisé pour mesurer la croissance économique
 », si l’on veut redonner un sens à l’avenir autour des objectifs de bien-être et de soutenabilité.

Le lecteur sera sans doute impressionné par un réquisitoire conduit de façon rigoureuse et très pédagogique. Peut-être se demandera-t-il cependant si l’économiste keynésien n’a pas, en route, laissé de côté ou minimisé les enjeux de réformes structurelles liées à des problèmes « d’offre », tels que l’efficacité du capital ou celle des dépenses publiques et sociales.

Créé le 26 avril 2013 - Dernière mise à jour le 26 avril 2013
© IEFP – la finance pour tous
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