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Les financiers détruiront-ils le capitalisme ?

de Rober Boyer

Les financiers détruiront-ils le capitalisme ?

Robert Boyer directeur de recherche au CNRS est économiste au Cepremap (Centre pour la recherche économique et ses applications). Il est l’un des chefs de files de la théorie de la régulation

Un économiste régulationniste

Dans les théories économiques, les écoles libérales ou néo libérales, keynésiennes ou néo keynésiennes occupent le devant de la scène. Les « Régulationnistes » qui constituent un peu une spécificité française sont moins connus. Ils n’ont pas seulement pour caractéristique de s’opposer « au laisser faire » et de prôner une intervention des Etats pour réguler le fonctionnement de l’économie. Ils cherchent également à comprendre les transformations de longue période du système capitaliste. Les « régulationnistes » sont eux-mêmes divers.

Robert Boyer s’inscrit pour sa part dans la théorie qu’il a initiée avec d’autres économistes français comme Michel Aglietta au début des années 1970. Elle cherche à comprendre et à interpréter la succession de phases de croissance, rapides et sans déséquilibres majeurs, et de phases « en général plus brèves » de récession et de dépression économique. L’apport des recherches régulationnistes, est, selon Robert Boyer, d’avoir montré comment un mode de régulation peut d’abord favoriser la vigueur de la croissance, « mais cette compatibilité s’érode au cours du temps, au point de déboucher sur une instabilité devenue structurelle ».

Cette analyse insiste notamment sur la notion de régime de croissance, sur la diversité des capitalismes et sur l’existence de crise majeure qui marqueraient les limites d’un régime de croissance et ne seraient pas simplement des crises cycliques plus graves que d’autres. Elles nécessiteraient une reconfiguration très large des institutions économiques, sociales et politiques susceptibles de générer et de réguler un nouveau régime de croissance. Mais il n’y a rien de mécanique, et en tout cas pas de déterminisme économique, dans ces évolutions. « Cette analyse insiste au contraire sur le rôle majeur des processus politiques dans les sorties des grandes crises » souligne encore Robert Boyer.

Crise du régime de croissance mondialisé et financiarisé

Pour donner à comprendre la crise actuelle et ses enjeux spécifiques, l’auteur commence par remonter le cours du temps et des régimes de croissance successifs depuis la grande crise de 1929 et la seconde guerre mondiale : au régime « fordiste » triomphant de l’après-guerre a succédé sa crise et sa transformation dans les années 1970-1980 en un nouveau régime de croissance mondialisé et tiré par la finance. Le succès de celui-ci a été incontestable, analyse-t-il, mais son succès même a conduit à sa crise structurelle. Il est en effet miné par des facteurs de déstabilisation considérables : exigence de taux de rendements élevée par la communauté financière, course à l’endettement, instabilité propre au fonctionnement des marchés financiers, etc.

Une nouvelle grande transformation ?

L’analyse de la crise actuelle en termes de crise du régime de croissance financiarisée débouche sur le besoin de nouvelles grandes transformations permettant de faire émerger un nouveau régime. La tâche s’annonce difficile. Les expériences historiques passées montrent que les sorties de grandes crises se jouent sur un temps longs (plus d’une décennie) et incertains. S’agissant de la crise actuelle, les difficultés se concentrent tout particulièrement, selon Robert Boyer, sur les blocages politiques d’un nouvel ordre économique international et sur les enjeux d’un contrôle social de la finance. Selon l’auteur une première étape devrait être de « faire retour sur la complète liberté de mobilité internationale des capitaux ».

Le livre fourmille de tableaux et d’infographies qui aident la lecture. L’exposé devrait intéresser, au-delà des étudiants et des enseignants d’économie, un public soucieux de connaitre un courant d’analyse moins médiatisé que d’autres mais néanmoins très stimulant.

Pour aller plus loin sur les Théories régulationnistes :

Revue de la régulation (Capitalisme, institutions, pouvoirs)

Rober Boyer 
Editions Economica, 238 pages 
Juillet 2011

Créé le 15 septembre 2011 - Dernière mise à jour le 10 février 2012
© IEFP – la finance pour tous
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