Les interviews de l'IEFP

Les banques françaises remplissent-elles leur rôle ?

Alors que la situation économique et sociale reste difficile comment les banques françaises remplissent – elles leur rôle  vis-à-vis des particuliers ? Dans l’interview qu’elle nous a accordée, Ariane Obolensky, Directrice Générale de la Fédération Bancaire Française, répond aux questions que beaucoup se posent sur l’évolution des crédits aux particuliers, les tarifs bancaires et le renforcement de la coopération de la FBF avec les acteurs sociaux.

 
Les banques françaises remplissent- elles leur... par lafinancepourtous

Le crédit aux particuliers

La récente crise a démontré « en creux » quelle était l’utilité des banques dans l’économie : pendant un moment on a eu peur que l’économie ne fonctionne plus par manque de crédit bancaire, rappelle Ariane Obolensky. Il y avait un manque général de liquidité et des craintes sur un certain nombre de signatures.
On s’est alors souvenu brutalement qu’en Europe particulièrement, 80% des financements à l’économie sont réalisés à travers les banques. Elles ont pour rôle d’envoyer cette espèce de liquide sanguin dans le corps de l’économie, sans lequel il lui est très difficile de fonctionner.

Croissance supérieure à 4%

Quelques mois après le paroxysme de cette crise, les Français peuvent être rassurés : le crédit fonctionne en France. Le rythme annuel d’accroissement des encours de crédits des particuliers a certes baissé du fait du contexte économique moins bon, mais il est supérieur à 4%. Cela représente 2 points de plus que le niveau de croissance moyen constaté en Europe.

Reprise des crédits immobiliers

Cela est particulièrement vrai pour les crédits immobiliers, souligne Ariane Obolensky.
Après avoir assisté à une chute du rythme d’accroissement qui se situait à un niveau particulièrement élevé, les Français, attirés par une certaine baisse des prix de l’immobilier et par la baisse des taux, recommencent à aller voir les banquiers et à demander la mise en place de crédits immobiliers.

« Aller voir votre banque »

Ariane Obolensky adresse donc « un message très clair » aux particuliers. « Si vous avez envie de vous lancer dans un projet immobilier, allez voir votre banque et même plusieurs banques car il est toujours bon de faire jouer la concurrence, mais ne craignez pas que l’on vous refuse un crédit du fait de la situation économique des banques. Ce ne sera pas le cas. »

Ce message vaut également pour le crédit à la consommation, même si celui-ci souffre de ce que la consommation elle même souffre. La demande de crédit est moins élevée ce qui se répercute sur la production de crédit effectués par les réseaux bancaires et plus encore par les établissements spécialisés. Mais ce n’est pas l’offre qui est contrainte. Les particuliers n’ont pas à craindre des restrictions de crédit.

La question des tarifs

La publication récente d’une étude faite au nom de la Commission européenne sur la tarification bancaire en Europe, a « déçu » la Fédération bancaire française. Certes ce n’est ni la première ni la dernière et les résultats en ont été très divers. Mais celle-ci met à charge des banques françaises d’être 1°) peu transparentes et 2°) plus chères que la moyenne européenne. Pour Ariane Obolensky, ce n’est pas justifié.

Des résultats injustifiés

S’agissant de la transparence, souligne-t-elle, l’étude ne prend pas en compte le fait que les Français reçoivent maintenant chaque année le relevé des frais bancaires qui leur ont été facturés. «  Or c’est exceptionnel en Europe ». De même les efforts très importants pour donner par affichage, par internet ou par brochures des informations sur les tarifs bancaires ne sont pas relevés dans l’étude.

De plus, constate-t-elle, on ne connait pas la méthodologie de cette enquête. La Fédération bancaire européenne et à travers elle toutes les banques européennes et pas seulement les banques françaises ont protesté contre un parti pris qui essaye de bâtir un mythique consommateur européen qui n’existe pas, sans prendre en compte la palette des services offerts, leur qualité et la fréquence de leur utilisation très différente d’un pays européen à l’autre.

« Ces sujets sont importants. Nous sommes d’accord pour en discuter et nous y travaillons nous mêmes, mais nous avons été déçus par ce qui a été présenté » conclut sur ce point Ariane Obolensky qui rappelle que d’autres études ont au contraire montré que les prix des services bancaires français se situaient dans la moyenne des prix européens.

La question du conseil

Cette étude traite également de la question du conseil. C’est une question délicate car donner un conseil aux épargnants est toujours une responsabilité. La directive MIFid sur les services d’investissement a changé la donne. Des normes nouvelles doivent être respectées. Des informations doivent être apportées aux clients et un certain nombre de questions doivent leur être posées.

Il s’agit là d’un effort conséquent. Est-il suffisant ? Certains considèrent que c’est déjà trop car un peu bureaucratique. Ce n’est pas l’opinion de la Fédération bancaire. La qualification, la formation des professionnels qui donnent des conseils sont des sujets majeurs sur lesquels les banques travaillent beaucoup et auxquelles elles consacrent une part importante de leur chiffre d’affaires. Mais, souligne Ariane Obolensky, la qualité et la durabilité de la relation entre la banque et le client compte également pour beaucoup. Les banques françaises y sont extrêmement attachées. Elles considèrent que les intérêts de la banque et ceux du client coïncident mieux lorsque la relation qu’ils établissent entre eux est globale et durable.

La philosophie consistant à dire qu’un produit financier est comparable à un paquet de biscuits vendu au supermarché n’est pas celle des banques françaises.

Mieux accompagner les publics en difficulté

La Fédération bancaire française développe actuellement une action en faveur d’un renforcement du dialogue et d’une meilleure connaissance mutuelle avec les acteurs sociaux.

La clientèle qui peut être en difficulté, que ce soit d’une façon passagère ou davantage structurelle, a besoin d’être accompagnée et de recevoir en dehors de la banque une aide et des conseils qui soit plus « sociétaux » : comment on gère son budget ; à quel type d’aide a-t-on droit et comment les obtenir, explique Ariane Obolensky. Il peut aussi s’agir d’encourager ces personnes à venir à la banque alors qu’elles peuvent avoir peur d’effectuer cette démarche. Il est donc très important de travailler plus et mieux avec les acteurs sociaux. Eux seuls peuvent aider à progresser dans la prise en charge d’un certain nombre de clients qui ont des difficultés spécifiques. Le site de la FBF, «  les clés de la banque » s’est beaucoup employé à donner des instruments utiles et la Fédération bancaire met également à la disposition du public des petits guides sur telle ou telle question. Mais cela n’est pas suffisant. L’objectif est de construire un réseau de relations et de mailler le territoire de manière appropriée selon les cas avec des accords de partenariats qui permette aux acteurs sociaux de mieux comprendre quelles sont les contraintes et les moyens d’action des banques et aux banques de mieux comprendre les besoins des populations en cause.

«Quand on ne se connait pas, on perd un potentiel important pour améliorer la relation entre le banquier, le client et la personne qui accompagne le client » conclut Ariane Obolensky.

Pour aller plus loin :
Le site de la Fédération bancaire Française 
L’ information de la Commission Européenne sur les tarifs des banques européennes

Interview réalisée le 7 octobre 2009

Créé le 29 janvier 2010 - Dernière mise à jour le 30 janvier 2012
© IEFP – la finance pour tous
1 commentaire(s)  
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roidecoeur , publié le 04/05/2012 10:41

Très intéressante interview. J'ai particulièrement apprécié les commentaires d'Ariane Obolensky sur le devoir de conseil et les réflexions en cours dans le cadre de Mifid. Cela justifie encore plus l'éducation financière chez les professionnels et l'intérêt de renforcer l'action d'organisme comme lafinancepourtous. A suivre...

 
institut pour l'éducation financière du public

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