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Les interviews de l'IEFP

Les ménages pauvres et les banques

Christine Olm, co-auteure d’une enquête approfondie du CREDOC, analyse l’amélioration de l’accès des ménages pauvres aux services bancaires et les progrès encore possibles.

Le rapport réalisé par le CREDOC pour le CCSF (Comité Consultatif du Secteur Financier) sur "Les conditions d’accès aux services bancaires des ménages vivant sous le seuil de pauvreté" a été rendu public fin avril 2010. Entre 2001 et 2009, explique Christine OLM Sous directrice du Département Évaluation des politiques sociales du CRÉDOC et auteure de ce rapport avec Pauline JAUNEAU, l’accès aux services bancaires s’est amélioré pour les ménages en situation de pauvreté. Des progrès sont encore possibles, notamment en matière de crédit et par une éducation à la relation clients-banques.


Les ménages pauvres et les banques enquête du... par lafinancepourtous 

Les évolutions marquantes depuis 2001

La détention d’un compte bancaire parmi les ménages en situation de pauvreté a augmenté à partir de niveaux déjà très élevés : 99 % des ménages vivant sous le seuil de pauvreté avaient un compte bancaire en 2009, contre seulement 92 % en 2001. Le taux est de 96 % pour les bénéficiaires de minimas sociaux. Toutefois, s'agissant de ces bénéficiaires de minimas sociaux qui ne disposent pas d’un compte de dépôts, la moitié ont un livret A qu’ils utilisent comme compte de dépôts, avec une carte de retrait associée.

L’évolution la plus nette porte sur l’accès aux moyens de paiement. La détention d’un chéquier est passée de 60 à 70 % des ménages pauvres et celle d’une carte de paiement à doublé de 40 à 80%. Cette très forte hausse peut être reliée principalement à l’augmentation du nombre de ménages détenteurs de cartes à débit immédiat et autorisation systématique qui sont des outils rassurants à la fois pour les banques et pour les détenteurs de ces cartes.

Des différences subsistent avec l’ensemble de la population concernant la détention ou l’usage des moyens de paiement mais moins nettes que pour la détention de livret d’épargne ou le crédit. Pour les dépenses de loyer, les ménages pauvres utilisent plus de chèques et plus de liquide que le reste de la population. Ils payent davantage en liquide dans les magasins et ont moins accès aux achats par internet.

Lorsque les ménages n’ont pas accès à certains moyens de paiement, c’est, 1 fois sur 3, par refus de leur banque et, 2 fois sur 3, par refus de leur part, soit qu’ils trouvent le fonctionnement du moyen de paiement trop complexe, soit qu’ils craignent le risque de découvert. Les refus des banques semblent plus souvent liés à l’absence d’emploi qu’au niveau de revenu du ménage.

L’accès au crédit : un problème encore mal résolu

Si le rattrapage des ménages pauvres est sensible en ce qui concerne les moyens de paiement, il est faible en ce qui concerne le crédit. Il n’y a pas non plus de progrès quant au type de crédit utilisé. Les crédits détenus par les ménages pauvres sont le plus souvent des crédits à la consommation. Et, parmi ces crédits à la consommation le poids des crédits renouvelables est plus élevé que pour l’ensemble de la population. Le crédit renouvelable pour les dépenses d’un faible montant peut être tout à fait justifié mais il est frappant de constater que, s’agissant des ménages pauvres qui y ont recours, les montants sont plus importants que la moyenne. La tendance est inverse en ce qui concerne les prêts personnels. Cette situation constitue un facteur d’alerte quant à l’usage du crédit renouvelable et ce d’autant plus que les ménages concernés ont une grande méconnaissance des conditions exactes de ces crédits.

Education à la relation banques-clients

Pour certains ménages en situation de pauvreté, l’éducation pourrait porter sur le fonctionnement exact des moyens de paiement et des garde-fous pouvant exister comme la carte à autorisation systématique. Il s’agirait de combattre l’auto-exclusion de certains ménages qui n’utilisent pas certains moyens de paiement qu’ils jugent trop complexes et trop dangereux alors qu’ils pourraient leur faciliter la vie quotidienne.

D’autres ménages également en situation de pauvreté utilisent au contraire fortement certaines facilités offertes par les banques (découverts et crédits renouvelables) sans en connaitre les coûts.

D’une façon générale les ménages en situation de pauvreté ont une grande confiance vis-à-vis de leur banquier. Celle-ci se conjugue souvent avec une méconnaissance des services équipant les comptes, du coût de leur fonctionnement et du coût des incidents. Le récapitulatif des frais bancaires n’est pas encore bien intégré. Mais on ne peut porter de jugement sur un outil qui n’en était qu’à sa première année d’existence au moment où l’enquête a été réalisée. Une meilleure connaissance des droits et des devoirs des deux parties serait en tout état de cause très utile.

Aller plus loin :
L’étude du CREDOC sur les conditions d’accès aux services bancaires des ménages vivant sous le seuil de pauvreté

Interview réalisée en mai 2010

Créé le 31 mai 2010 - Dernière mise à jour le 31 janvier 2012
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