Les interviews de l'IEFP

Les salariés épargnants sont-ils convenablement protégés ?

Fabrice Pansard, responsable du département des études de l’Autorité des Marchés Financiers livre les résultats d’une étude qu’il a conduite avec Bruno Séjourné, Maitre de conférences à l’Université d’Angers, sur les plans d’épargne retraite en entreprise (PERCO).

 
Une étude sur les plans d’épargne retraite en... par lafinancepourtous

Du 401(k) américain au PERCO français

Introduit en 2003 dans le paysage français des produits d’épargne longue, le Perco (Plan d’épargne retraite collectif) a connu depuis cette date un développement assez rapide. En 2008, son encours total demeurait inférieur à 2 milliards d’€ soit un montant très modeste au regard du patrimoine financier des ménages et des montants placés sur des produits tels que l’assurance vie ou même le PEE.

L’analyse du mode de fonctionnement des plans 401(k) aux Etats-Unis, très proches du PERCO dans leur conception, pour lesquels les données sont bien documentées et qui représentent des montants bien plus considérables a permis de dégager certains enseignements. Parallèlement les auteurs ont enquêté auprès de trois grands acteurs français de l’épargne retraite afin d’étudier l’offre et de la demande de fonds dans le cadre des Perco. Ils dégagent de cette enquête un certain nombre de constats, dans l’ensemble positifs du point de vue de la protection de l’épargnant.

Des offres assez bien calibrées :

L’étude fait apparaître que les offres proposées par les différents prestataires sont assez bien calibrées : le nombre de fonds proposés n’est pas trop élevé ce qui pourrait brouiller la décision des salariés. Il est en même temps suffisamment large pour leur permettre d’accéder à une bonne diversification de leurs placements.

D’autre part les prestataires proposent systématiquement des dispositifs de gestion « à horizon », de type cycle de vie qui permettent d’une part une sécurisation des avoirs au fur et à mesure que le salarié épargnant vieillit et d’autre part de pallier l’inertie des épargnants qui réallouent par eux mêmes assez peu les portefeuilles dans lesquels ils ont investi.

Autre constat, celui-là moins favorable, il y a assez peu d’architecture ouverte, c'est-à-dire que l’offre de fonds se compose pour l’essentiel de fonds « maison », gérés par le groupe dont émanent la société de gestion et le teneur de compte. Mais certaines grandes entreprises imposent que le salarié épargnant puisse avoir accès à une gamme plus large et pas seulement à des fonds « maison ».

Une part importante placée en actions :

Du côté de la demande, la composition des portefeuilles fait apparaitre une détention d’actions significative, de l’ordre de 47% du total des encours de placements. C’est beaucoup plus que pour les placements effectués dans le cadre de contrats d’assurances vie. 80 % des encours concernent des contrats en Euros présentant une garantie en capital pour l’épargnant et seulement 20% des investissements sont réalisés dans le cadre de contrats en unités de compte   Définition Les contrats d'assurance vie en unités de compte (UC) s'opposent aux contrats en euros. Quand vous souscrivez un contrat en euros, vous avez la garantie de récupérer au minimum le capital investi (plus les intérêts des placements sans risque dans lesquels ce capital a été investi). Les contrats en UC sont représentatifs d'OPCVM qui eux-mêmes sont investis en actions, obligations, immobilier... On est sûr à la sortie de récupérer autant d'unités de compte que ce qu'on a souscrit mais on n'est pas sûr de l'évolution des UC elles-mêmes qui varient comme les supports qu'elles représentent. A long terme, les contrats en UC offrent une meilleure rentabilité que les contrats en euros, mais il faut être certain de ne pas être obligé de les céder au mauvais moment.
dont une partie seulement est placée en actions. La composition des portefeuilles investis dans des PERCO apparait ainsi davantage en phase avec l’horizon long des plans d’épargne retraite. Cela est dû sans doute pour une bonne part à l’adoption assez large des dispositifs de gestion de type « cycle de vie » qui entraine mécaniquement qu’une part importante de l’épargne est placée en actions lorsque le salarié épargnant est encore assez jeune c'est-à-dire que son horizon de placement qui est l’âge de la retraite est encore éloigné. Une deuxième explication plus psychologique peut être apportée : les particuliers seraient prêts à prendre plus de risques sur un patrimoine dont une partie seulement correspond à un effort d’épargne personnel, une partie de l’épargne étant financée par un abondement de l’entreprise.

Il apparaît également qu’un nombre significatif de salariés semble détenir un nombre très restreint de fonds voire même un seul fonds et ceci y compris lorsque les salariés épargnants ont opté pour une gestion libre et non pas pour une gestion de type cycle de vie. Cela ne permet pas de bénéficier d’une bonne diversification des placements sur les différents types d’actifs et peut être dangereux pour l’épargnant.

Renforcer le conseil en investissement pour les salariés épargnants.

Ce constat conduit à poser la question du conseil en investissement dans le cadre des plans d’épargne retraite en entreprise. Ces plans ne rentrent pas dans le champ d’application de la directive MIF . Pour Fabrice Pansard, « il faudrait réfléchir à la mise en place de dispositifs de conseil en investissement pour aider les salariés à faire leur choix en matière l’allocation de portefeuilles ».

Il serait également utile, selon lui, de dégager un modèle économique permettant un peu plus de concurrence et de diversité dans le cadre de l’épargne salariale.

Enfin, si le manque de statistiques est somme toute assez normal s’agissant d’un marché très récent, il serait souhaitable de partir de ce point de vue sur de bonnes bases et d’organiser un dispositif approprié de collecte de données permettant notamment d’avoir de meilleures informations sur les comportements de placement et les plans au niveau individuel.

Interview réalisée le 9 juillet 2009

Créé le 23 juillet 2009 - Dernière mise à jour le 08 avril 2016
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