La BCE se sert de l’argent que les banques ont mis en dépôt

La Banque centrale européenne (BCE) a accordé aux banques un prêt record à la fin de l’année 2011 à un taux d’intérêt de 1 %.

Celles-ci prêtent à leur tour à des taux beaucoup plus élevés aux ménages, aux entreprises et aux Etats. Les banques gagnent-elles ainsi sur « tous les tableaux » ?

Par Michel

En situation normale la Banque centrale Européenne prête aux banques par deux types de mécanismes :

Le premier ensemble est constitué par ce qu’on appelle les opérations d’open market. Cela recouvre plusieurs types d’opérations. Les principales sont des opérations par lesquelles les banques mettent en dépôt des titres auprès de la BCE (on parle de mise en pension) en échange de quoi elles obtiennent des liquidités pour une durée n’excédant pas quelques semaines en payant un taux d’intérêt décidé par la BCE (« taux d’intérêt directeur ») et qui constitue le principal instrument de la politique monétaire.

La BCE effectue une opération de ce type chaque semaine en fixant la quantité de liquidité mise ainsi à disposition des banques. Il y a également d’autres procédures complémentaires d’open market dites de « réglage fin » comme l’achat de titres au lieu de la prise en pension.

La BCE accorde également des facilités permanentes qui permettent aux banques d’obtenir au jour le jour auprès de leur banque centrale nationale des liquidités pour 24 heures (facilités de prêts) ou bien d’en déposer (facilités de dépôts). Le taux d’intérêt sur les facilités de prêts est supérieur au taux directeur principal. Le coût est plus élevé pour les banques. Inversement le taux des facilités de dépôts est inférieur au taux directeur (si le taux d’intérêt sur les prêts à la BCE était supérieur au taux d’intérêt sur les emprunts, la BCE servirait directement une rente aux banques.) .

Enfin, afin de limiter la capacité des banques à distribuer des crédits, celles ci doivent constituer auprès de la BCE des réserves obligatoires.
Celles-ci sont rémunérées par la Banque centrale à un taux d’intérêt égal au taux directeur.

Des mesures exceptionnelles

Mais la situation actuelle n’est pas normale : les banques ont de graves problèmes de liquidités. Elles hésitent à se prêter de l’argent entre elles sur le marché monétaire. Elles cherchent à en obtenir en vendant les titres de dette publique des Etats européens qu’elles ont abondamment souscrits depuis plusieurs années. Cela fait monter les taux d’intérêt sur la dette d’un nombre croissant de pays notamment dans la zone euro. Cela risque d’avoir deux conséquences extrêmement graves :

  • D’une part une restriction généralisée des crédits à l’économie (ce qu’on appelle un crédit crunch).
  • D’autre part une crise généralisée de la dette publique dans la zone Euro.

Pour parer à cette situation, la BCE a lancé une opération de grande envergure dite non conventionnelle c'est-à-dire ne correspondant pas aux procédures normales évoquées ci-dessus.

Elle l’avait déjà fait en 2007 et surtout en 2008/2009 après la faillite de Lehman Brothers. Elle prête aux banques pour trois ans ( et non pas pour quelques semaines) en contrepartie de mise en pension de titres détenus par les banques à un taux d’intérêt de 1 %. Le guichet n’est pas ouvert tous les jours mais lorsqu’il est ouvert les banques peuvent s’abreuver sans limite. Cela s’est passé une première fois le 21 décembre 2011. 523 banques européennes ont utilisé l'offre de la BCE pour un montant record de 489 milliards d’€. Si l’on tient compte du fait que la BCE a fermé au même moment un guichet de prêts à un an, les liquidités nettes injectées dans le système par la BCE a été en fait de 210 Milliards d’€. Il y aura un autre jour d’ouverture du guichet de prêts à trois ans en février.

Selon la BCE, il y a 25 % de risque que deux banques importantes de la zone euro fassent simultanément faillite dans les deux prochaines années (Après la faillite de Lehman Brothers, le risque était de 15 %).

Avec cette opération, la BCE réduit considérablement ce risque. L’espoir est aussi que l’on évitera le resserrement des crédits bancaires à l’économie et que les banques abreuvées de liquidités à bon marché achèteront à nouveau des dettes publiques émises par les pays de la zone euro.

Comme vous l’indiquez si les prêts bancaires aux Etats ou aux PME sont de 6 à 7 % ou même de 4 à 5 % cela laisse de belles marges. D’autant que l’accord du 9 décembre des chefs d’Etats européens « réaffirme clairement le caractère unique et exceptionnel des décisions prises le 21 juillet et les 26 et 27 octobre concernant la Grèce » c'est-à-dire que les banques ne seront plus appelées à prendre leur part d’une décote éventuelle sur la dette publique d’un Etat en difficulté.

Pourtant jusqu’ici les banques sont loin d’avoir réagi comme on l’espérait. Une semaine après le prêt record accordé par la BCE, les banques ont placé en dépôts 452 milliards d'euros de liquidités au jour le jour auprès de l'institut d'émission européen, ce qui constitue un autre record. Or comme on l’a dit plus haut le taux d’intérêt sur ces dépôts est inférieur au taux des prêts. Bref les banques européennes préfèrent geler leurs liquidités sans gagner d’argent plutôt que d‘essayer d’en gagner en prenant des risques. Visiblement leur niveau de confiance dans l’avenir reste très faible.

Créé le 05 janvier 2012 - Dernière mise à jour le 06 mars 2013
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