Un monde sans crédit ?

la finance pour tous

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Nicolas Pécourt est directeur de la prospective et de la communication d’une des principales sociétés financières françaises spécialisées dans le crédit à la consommation (Sofinco, groupe Crédit Agricole). Son livre est un plaidoyer en faveur de celui-ci.

Passons sur le titre « un monde sans crédit ? » : la question enfonce une porte largement ouverte, bien peu nombreux étant ceux qui préconisent la suppression du crédit en général et du crédit à la consommation en particulier. L’argumentaire développé est beaucoup plus intéressant.

« La France est un des pays où l’image du crédit à la consommation est la plus détestable » constate Nicolas Pécourt. C’est selon lui un double paradoxe car, d’une part la France est un des pays d’Europe où la réglementation est la plus développée et où l’emprunteur est le mieux protégé. Et d’autre part, c’est un pays où le recours à ce type de crédit est certes répandu (un Français sur trois rembourse actuellement un ou plusieurs crédits à la consommation) mais beaucoup moins que dans des pays au niveau de vie comparable comme le Canada ou l’Allemagne.

Or le crédit à la consommation est socialement et économiquement utile : « les dépenses réalisées grâce au crédit à la consommation représentent chaque année 7% du PIB ». Il est particulièrement vital pour le secteur automobile. En France, trois véhicules neufs sur quatre et une voiture d’occasion sur deux achetés par les particuliers sont financés avec un crédit.

Pour Nicolas Pécourt, la mauvaise image du crédit est certes un produit de notre histoire et de notre culture, mais elle est aussi le résultat de la diffusion de fausses idées reçues et de stéréotypes qu’il s’attache à réfuter. Ainsi s’agissant du surendettement, selon un sondage TNS Sofres réalisé en 2007 pour l’ASF (Association Française des Sociétés Financières), 91 % des Français interrogés affirmaient que « le crédit à la consommation est la cause principale du surendettement ». En fait selon les statistiques des dossiers de surendettement traités par les commissions de surendettement, l’excès de crédit n’en est l’origine que dans moins de 14 % des cas. La cause se situe trois fois sur quatre dans les accidents de la vie (chômage, accident de santé, modification de la situation de famille) « qui créent une rupture souvent soudaine dans l’équilibre financier du ménage ».

Convaincre les Français que le crédit à la consommation est un moteur de l’économie et de l’intégration sociale et les débarrasser de leurs stéréotypes est d’autant plus nécessaire selon Nicolas Pécourt que, selon lui, les Français doivent rattraper leur retard et y recourir davantage. Ce sera utile pour soutenir la consommation et l’activité et ce sera bientôt indispensable pour se soigner et s’éduquer alors que les dépenses publiques ne pourront suivre les besoins.

Ce petit livre simple et didactique remet donc pas mal de choses en place. Les enseignants en économie pourront y renvoyer les élèves s’ils souhaitent par exemple animer un débat pédagogique sur le rôle du crédit et le surendettement.L’argumentaire de Nicolas Pécourt ne clôt cependant pas le débat. La question du crédit à la consommation est-elle seulement une affaire de mauvaise image et d’idées reçues ? N’y a-t-il pas aussi quelques problèmes réels ?

L’auteur souligne à juste raison les insuffisances de l’éducation financière. Les Français sont fâchés avec le calcul des taux d’intérêt, constate-t-il. Mais pourquoi choisit-il pour seul exemple de calcul celui d’un crédit renouvelable « dont le taux serait de 15 % pris par une famille dont le réfrigérateur tombe soudainement en panne en plein mois de juillet et qui, afin de ne pas amputer son budget pour les vacances, souscrit un crédit de 500 € payable en 6 mensualités pour payer son achat ». « Combien lui coûte en intérêts ce crédit ? » interroge-t-il. La réponse est 20 €. Conclusion : c’est utile et pas cher… Le lecteur restera peut être un peu perplexe. C’est certainement un bon calcul mais est-ce le cas le plus courant et le plus problématique d’utilisation du crédit renouvelable ? Ne faudrait il pas mieux réconcilier les Français avec le calcul des taux d’intérêt en leur montrant que cela peut les aider à mesurer combien un crédit renouvelable utilisé comme un crédit permanent (ce qui n’en est pas un bon usage) coûte cher.

Plus généralement, l’expérience des subprimes et de l’excès d’endettement des ménages dans plusieurs pays montre qu’il y a danger lorsque le crédit devient pour trop de ménages un substitut permanent à l’insuffisance des revenus. Comment l’éviter ? Il est dommage que dans son plaidoyer en faveur du développement du crédit à la consommation Nicolas Pécourt ne réponde pas à cette question.

Nicolas Pécourt Editions Eyrolles 2010. 115 pages 14 €

 

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