Économie de crise

la finance pour tous

Economie de crise Nouriel Roubini, professeur d’économie à l’Université Stern de New York est surnommé « Mr Doom » (M. Catastrophe) pour avoir prédit l’explosion de la crise des subprimes devant un parterre de collègues au FMI. Le livre qu’il a écrit avec Stephen Mihm, professeur d’histoire américaine à l’Université de Géorgie, s’adresse au grand public. Ses qualités pédagogiques sont indéniables. Il veut remettre la question de la crise au cœur de la réflexion de l’économie alors que depuis deux décennies les théories économiques dominantes enseignaient que la question était dorénavant résolue grâce aux vertus auto équilibrantes des marchés.

Pour les auteurs, dans le capitalisme, les crises sont en effet banales et répétitives, aussi bien dans les pays émergents que dans les économies développées, comme ils le rappellent au travers d’une brève histoire des crises financières passées depuis celle des tulipes en Hollande en 1630. Puis ils reviennent sur les économistes qui ont analysé les crises, ceux d’avant la vague dominante récente : John Stuart Mill, Karl Marx au 19ème siècle, John Maynard Keynes ( lien avec le module le rap de Keynes/ Hayek), son disciple Herman Minsky, et l’Autrichien atypique Joseph Schumpeter au 20ème siècle. Ils en tirent un corpus d’analyse délibérément éclectique dans une « approche pragmatique retenant le meilleur de chaque camp ».

Comme un ouragan

Pour les auteurs, les crises sont comme des ouragans : « elles se déroulent de façon relativement prévisible, mais elles peuvent changer de direction, perdre en intensité et redevenir violentes quand ne s’y attendait plus ». Ainsi en est-il de la crise actuelle. Elle a été initiée par une dette excessive et un recours tout aussi excessif à l’effet de levier de la part des acteurs privés (ménages, banques, institutions financières et entreprises). Les plans de relance budgétaire et la collectivisation des pertes privées (les plans de sauvetage) ont certes permis d’éviter une nouvelle grande dépression mais ils ont accru dangereusement les déficits budgétaires et le volume de la dette publique. La crise financière n’est donc pas encore terminée, elle a simplement atteint une phase nouvelle également lourde de nouveaux dangers. Les auteurs dressent un panorama inquiétant des scénarios du pire possible : effondrement du dollar, difficultés de réorientation de la croissance dans les pays émergents, éclatement de l’Eurozone, « car aucune Union monétaire n’a jamais survécu à l’absence d’union budgétaire et politique »… Bref il serait selon eux terrible de négliger l’occasion de mettre en œuvre les réformes nécessaires, réformes auxquelles ils consacrent deux chapitres de leur livre, préconisant notamment le démembrement des grandes banques et le retour à une vision renforcée de la législation américaine de l’après crise de 1929 (Glass Steagall Act) qui avait séparé banques commerciales et banques de marché.

Nouriel Roubini et Stephen Mihm Editions JC lattes, Mai 2010, 462 pages, 21,50 €

 

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