Jeanne Lazarus, sociologue, enseignante à l’Université Paris VIII, a mené une enquête sur les relations entre les clients et leurs banquiers. Elle a notamment observé les dispositifs de vente et d’utilisation du crédit revolving.
Le crédit révolving est largement décrié et il rencontre pourtant un fort succès. Ses encours ont progressé significativement ces dernières années.
Cela n’est possible que grâce à l’insistance des dispositifs de distribution et tout le marketing du crédit revolving sur l’idée de discrétion qui caractériserait ce crédit.
Le terme doit être pris dans ses différents sens.
On insiste sur le fait que l’utilisation du crédit révolving n’est pas visible de l’extérieur ; il ne se distingue pas vraiment de l’utilisation d’une carte de paiement.
Deuxième dimension de la discrétion : le poids assez léger qu’il représenterait dans le budget de celui qui le prend avec de petites mensualités de remboursement.
Cette double discrétion permet d’apaiser les tensions morales ce ceux qui vont prendre un crédit un peu diabolisé, sinon diabolique.
Pour les emprunteurs, tant qu’il n’y a pas de problèmes ou tant qu’ils ne posent pas de questions, les choses se passent correctement. C’est un crédit qui se rembourse bien et qui ne parait pas trop peser sur le budget.
Les problèmes commencent cependant à se poser si les remboursements sont plus difficiles ou lorsque les emprunteurs cherchent à savoir combien ce crédit va leur coûter. Les emprunteurs vont affronter une troisième dimension de la discrétion de ce type de crédit. Parmi les clients interrogés par Jeanne Lazarus, ceux qui veulent savoir combien leur crédit coûte effectivement ont beaucoup de difficulté à obtenir cette information. Dans les serveurs vocaux, leurs interlocuteurs sont dans l’incapacité de la fournir. Sur les relevés de crédit revolving le chiffre en gras le plus visible est celui du montant de la réserve disponible, c'est-à-dire la somme que l’on peut encore emprunter, pas la somme empruntée et ce que cela coûte compte tenu de la mensualité de remboursement.
Pour Jeanne Lazarus, ce crédit répond à certains types de besoins. Il ne s’agit sans doute pas de le transformer en lui-même. Mais il faudrait s’attaquer à deux problèmes :
Jeanne Lazarus a écrit avec Damien le Blic « Sociologie de l’argent » Collection Repères Editions La Découverte 2007
Interview réalisée le 8 juin 2009