Ratio de solvabilité bancaire

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Les banques se doivent d’être d’une grande solidité financière compte tenu des effets d’une faillite éventuelle d’une banque sur la stabilité de tout le système financier et, au-delà, de l’économie tout entière.

Cette solidité financière est essentiellement mesurée par le montant des fonds propres de la banque qui détermine sa capacité à faire face aux risques éventuels liés à ses activités (non remboursement de crédits distribués ou autres pertes de valeur de ses actifs). Les banques doivent être en permanence solvables, c’est-à-dire pouvoir faire face à leurs engagements à tout moment. En effet, si les clients de la banque qui ont déposé chez elle leur argent (dépôts à vue) doutent de sa solidité financière, ils risquent de perdre confiance et de retirer leurs dépôts, précipitant la banque (et tout le système s’il s’agit d’une banque importante) dans des difficultés majeures C’est pourquoi La Banque des Règlements Internationaux (BRI) dont le siège est à Bâle (Suisse) a établi des ratios de solvabilité que toutes les banques doivent respecter.

Rappel : un ratio est un rapport, une fraction, qui s’exprime par un pourcentage.

Les règles du Comité de Bâle

Un premier ratio a été créé dès 1988. On l’appelle ratio de Bâle I (ou ratio Cooke) : Ce ratio se mesurait en comparant le niveau des engagements d’une banque (crédits et autres placements) au montant de ses fonds propres (capital apporté par les actionnaires et profits de la banque). Il était égal à 8 %. Cela signifiait que pour prêter un total de 100 millions d’euros une banque devait avoir au minimum 8 millions d’euros de fonds propres pour être considérée comme solvable.

Les accords dits de Bâle II ont permis de mettre en place à partir de 2006 un ratio de solvabilité fondé sur le même principe du rapport entre les fonds propres et le montant des crédits distribués pondérés par les risques associés. La nature des risques pris en compte a cependant été enrichie (prise en compte du risque de marché, du risque de crédit et du risque opérationnel) et les méthodes de calculs des risques ont été améliorées. Le ratio global était notamment décomposé en deux parties : un ratio dit « Tier 1 » de 4 % où le capital était supposé être du « vrai » capital (c’est-à-dire sans risque) ; et un autre ratio de 4 % « Tier 2 » pour lequel les contraintes étaient moins fortes. Le Tier 1 lui-même a été décomposé lui aussi en deux : le Core Tier 1 de 2 % pour lequel étaient pris en compte seulement les actions et les profits de la banque réinvestis et l’autre partie du Tier 1 où des titres hybrides (comme les obligations convertibles) étaient considérés comme des fonds propres.

Ratio

La crise de 2007/2008 a montré les insuffisances des règles concernant les ratios de solvabilité. D’une part ils ont été contournés par les banques dans le cadre de la titrisation. D’autre part ils se sont avérés insuffisants pour limiter l’effet de levier des banques et des prises de risques excessives de leur part.

Le Comité de Bâle de la BRI, a adopté le 12 septembre 2010 de nouvelles règles concernant les fonds propres des banques (règles dites de Bale III). L’accord a été avalisé par les chefs d’Etat et de gouvernement lors de la réunion du G20 à Séoul, les 11 et 12 novembre 2010. Le minimum de fonds propres que les banques doivent détenir a été relevé.

L’exigence minimale de fonds propres réglementaires (Tier 1 et Tier 2) en regard des risques pondérés reste inchangée et égale à 8 %. Toutefois, le ratio minimal de fonds propres durs (Core Tier 1) est porté de 2 % à 4,5 % du total des risques pondérés. En outre, un « coussin de sécurité » égal à 2,5 % est institué dans lequel les banques pourront puiser en cas de difficultés de sorte qu’elles puissent conserver un niveau de capital minimum.

Aussi, le ratio « Core Tier 1 » minimal est-il fixé à 7 %  (contre seulement 2 % sous Bâle II) et le ratio de solvabilité minimal passe de 8 % à 10,5 %.

Bâle III impose également au secteur bancaire la constitution d’uncoussin contra-cyclique, une sorte de « matelas de sécurité » que les banques alimenteront en phase d’expansion économique, et dans lequel elles pourront à l’inverse puiser en cas de récession. L’alimentation de ce coussin est toutefois laissée à l’appréciation des régulateurs nationaux.

Des exigences en matière de coussins spécifiques pour les établissements d’importance systémique sont aussi prévues. À ce titre, les Etats membres de l’Union européenne devront instaurer progressivement à partir du 1er janvier 2016 descoussins « de risque systémique » de 1 à 3,5 % des fonds propres de base en regard de l’ensemble des risques pondérés pour ces établissements. Le niveau de ce coussin pourra même atteindre 5 % des expositions nationales pondérées.

Synthèse de l’exigence de fonds propres de Bâle 3

En % des actifs pondérés du risque

Core Tier 1

Tier 1 supplémentaires

Tier 2

Total fonds propres

Minimum

4,5

1,5

2

8

Coussin de sécurité

2,5

2,5

Total minimum

7

1,5

2

10,5

Coussin contra-cyclique

0 à 2,5

0 à 2,5

Coussin risque systémique

0 à 5

0 à 5

Total global

7

1,5 à 9

2

10,5 à 18

Ratio de solvabilite bancaire

D’autres ratios complémentaires devraient également être appliqués progressivement. Ils visent à limiter le levier d’endettement des banques et à garantir qu’elles détiennent en permanence des liquidités suffisantes de façon à faire face à un blocage éventuel du marché du crédit interbancaire. Un renforcement supplémentaire des fonds propres exigés s’appliquerait aux grandes banques dont la faillite éventuelle entrainerait un risque systémique.

Dans l’Union européenne, les nouvelles règles conformes aux décisions sont entrées progressivement en vigueur depuis 2013. La plupart sont introduites progressivement afin de donner aux banques et aux entreprises d’investissement le temps de s’adapter. Elles ne prendront pleinement effet qu’à compter de 2019.

La réglementation prudentielle est prise entre des exigences contradictoires. Si elle est suffisamment contraignante pour limiter les prises de risques, elle augmente le coût en capital de l’activité bancaire ce qui rend le crédit plus cher et pèse négativement sur la croissance. Mais elle doit aussi s’assurer que l’invention de nouvelles pratiques financières ne vienne pas la rendre aussi efficace que la ligne Maginot. En effet une réglementation peu restrictive laisse la porte ouverte aux prises de risques excessives et aux crises financières à répétition.

Les annonces du Comité de Bâle ont fait de ce point de vue l’objet d’appréciations contradictoires. Les banques ont notamment insisté sur les effets de renchérissement et de restriction des crédits. Jamie Diamon, le PDG de la grande banque américaine JP Morgan a pour sa part pris position le 11 septembre 2011 contre l’application des règles de Bale III aux Etats Unis.

La situation des banques françaises

Selon l’ACPR, la solvabilité des banques françaises s’est encore renforcée au cours de l’année 2014, malgré la comptabilisation d’importantes charges exceptionnelles.

Ce renforcement de la solvabilité des banques françaises reflète le renforcement continu de leurs fonds propres, à travers notamment la mise en réserve régulière d’une part de leurs résultats, d’autant plus importante pour les établissements qui ne versent pas ou peu de dividendes.

Ratios de solvabilité des 4 plus grandes banques françaises

Au 31 décembre 2014, tous les ratios Common Equity Tier1 (CET1) sont au-delà de 10%. Le total des fonds propres CET1 des six groupes s’élève à 253,8 milliards d’euros (+5% par rapport au 31 décembre 2013), soit un ratio CET1 moyen de 11,8 % fin 2014 contre 11 % au 31 décembre 2013.

Ratio CET1 des six grands groupes bancaires français, en %

 

BNP Paribas

Société générale

Groupe crédit agricole

Groupe BPCE

Crédit mutuel

La banque postale

31/12/2013

10,3

10,1

11,3

10,4

14

11,2

31/12/2014

10,3

10,1

13,1

11,7

15,5

14

Source : ACPR.

 

    41 commentaires sur “Ratio de solvabilité bancaire”

      1. Bonjour,

        Nous conseillons de prendre l’attache de la fédération bancaire française et ou de la Banque des réglements internationaux pour en savoir plus à ce sujet.

        Meilleures salutations.
        L’Equipe de Lafinancepourtous.com

    1. pour les exigences en fond propre les méthodes utilisées ont été la VaR pour Bâle 2
      Mais pour Bâle 3 est-ce que les exigences en fond propre sont calculées avec le même outil qu’est la VaR ? si non quel outil est utilisé
      Merci

    2. Bonjour,

      J’ai lu dans des articles plus anciens au moment de la réforme de Bâle 3 que les coefficients de pondération des risques des actifs étaient fixés librement en interne par les banques. Ce qui signifie donc, si j’ai bien compris, qu’une banque moins « vertueuse » peut respecter ces exigences de 10.5 % de fonds propres en possédant un grand nombre d’actifs dangereux (c’est-à-dire ceux conclus sur les entités les moins solvables) par la minimisation du coefficient de pondération des risques sur ces actifs, par rapport à une banque qui ne souscrirait qu’à des obligations d’États, moins rémunératrice certes mais bien moins risquées, et ce pour un montant de fonds propres identique.

      Pour régler cette faille, Bâle 3 prévoirait l’introduction d’un plafond d’effet de levier qui serait calculé en divisant les fonds propres du Tier 1 par l’ensemble des actifs du bilan et hors-bilan (comme les garanties d’emprunts). Savez-vous si ce plafond a été mis en place en Europe ? Si, oui à quel hauteur se situe et quelles en sont les conséquences pour une banque ?

      Enfin, pouvez-vous préciser quel type de fonds propres sont présents dans le « tier 2 » svp ?

      Merci par avance,
      Cordialement

      1. Bonjour,

        L’accord de Bâle du 7 décembre 2017 finalise les accords dits de Bâle III. Vous trouverez sur les sites de la BRI et de l’ACPR tous les éléments relatifs au calcul des ratio et aux dates de mise en œuvre.

        https://www.bis.org/bcbs/basel3/b3summarytable_fr.pdf
        https://acpr.banque-france.fr/sites/default/files/media/2017/12/07/note_dinformation_baleiii_7.12.2017.pdf
        https://acpr.banque-france.fr/sites/default/files/media/2018/01/26/20180126-notice-2017.pdf

        Meilleures salutations.
        L’Equipe de Lafinancepourtous.com

    3. Bonjour,

      Merci de votre message. Pour améliorer la qualité de nos articles, pourriez-vous nous préciser les points qui vous semblent être confus ou contradictoires ? Merci d’avance.

      Meilleures salutations.
      L’Equipe de Lafinancepourtous.com

    4. Prière d’améliorer les explications parfois confuses, voire contradictoires (ex. : normes prudentielles Bâle II). Merci pour la précision du contenu.

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