Anniversaire : la faillite de Lehman Brothers et la crise

La faillite de Lehman Brothers est intervenue le 15 septembre 2008.
Un an après, la presse fait une large place au premier anniversaire de cet événement. Elle n’est pas la seule. Le président Barak Obama a choisi la date du 14 septembre pour prononcer un important discours à Wall Street appelant le monde financier américain à tirer les leçons de la crise.

L’occasion de faire une petite revue de presse autour de quelques questions.

Ce qui s’est passé 

L’événement lui-même peut être résumé de la façon suivante : alors que le Président de la Banque Centrale Américaine, Ben Bernanke et le Secrétaire d’Etat au Trésor de l’époque, Hank Paulson, avaient organisé successivement le sauvetage de la banque d’affaires Bear Stearns, des organismes de refinancement de crédit hypothécaire Freddy Mac et Fanny Mae, de la banque d’affaire Merrill Lynch et de l’assureur AIG, ils ont décidé de laisser la banque d’affaires Lehman Brothers tomber en faillite. C’était l’une des plus vieilles et des plus grosses institutions financière des USA.

Plusieurs journaux en retracent le récit jour par jour comme si vous y étiez (voir par exemple le Monde de l’économie 15 septembre 2009). L’essentiel est de comprendre pourquoi une telle décision a été prise. Le point de vue dominant est une volonté de faire un exemple. Comme l’expliquent Henri Bourguinat et Eric Briys (La Tribune, 14 septembre 2009), « Cette fois, on semblait prêt à imposer au système bancaire cette purge qui seule, aux dires de Paul Volker, l’ancien président de la Réserve Fédérale, revenait « à laisser le système financier vivre et mourir selon les lois du marché concurrentiel » ». D’autres y voient également l’influence des dirigeants de Goldman Sachs, concurrent direct de Lehman Brothers, sur les dirigeants américains (voir par exemple dans La Tribune, 11septembre 2009, le point de vue de Lawrence Mac Donald, auteur de « A colossal Failure of common sense »).

L’impact

La faillite de Lehman Brothers « pourrait bien être retenue comme la date du commencement de la crise économique mondiale la plus grave depuis la Grande Dépression, et de la séquence d'événements – loin d'être terminée – qu'elle a enclenchée », écrit Antoine Reverchon en introduction du dossier spécial que le journal Le Monde a consacré à l’anniversaire (15 septembre 2009).

Beaucoup ne partagent pas ce point de vue. «  Faire de Lehman Brothers l'origine exclusive de la crise est faux, explique ainsi Bertille Bayart, rédactrice en chef adjointe au Figaro Economie (15 septembre 2009); Nous ne «fêtons» pas aujourd'hui le premier anniversaire de la crise, mais le deuxième. Le drame des subprimes a commencé à l'été 2007. Il a produit ses premiers effets toxiques sur les comptes des banques dès le début 2008. Et le thème du «credit crunch» - la pénurie de crédit - était omniprésent pendant l'été 2008 - avant Lehman Brothers donc. »

Selon elle cependant, l’impact a été rude « Il est vrai que la faillite de Lehman Brothers a donné un tour dramatique aux événements, déclenchant un effet de dominos dévastateur sur les systèmes bancaires occidentaux ». Une analyse qui ne fait pas l’unanimité.

Pour Thomas Phillipon, économiste à la Stern University de New York, «  La chute de Lehman Brothers a été une étincelle, tout comme les subprimes. Le collapse de la finance était de toute façon inévitable, car lié à un endettement excessif et à un financement à très court terme d’actifs de long terme » (La Tribune, 14 septembre 2009).

Les leçons

A posteriori, on sait maintenant que le pari d’abandonner Lehman à son sort a été un échec. La crise a changé d’échelle et de nature. Certes on peut se demander ce qui se serait passé si on avait sauvé Lehman. Et certains pensent que cela aurait peut-être été pire, Jean Marc Vittori parle même de « la chance Lehman » (Les Echos du 15 /09/2009). Reste que celui-ci doit cependant admettre que « La faillite Lehman a provoqué une panique sans précédent, un terrible gel des prêts bancaires, une course au cash meurtrière, un effondrement des échanges mondiaux de 38 % en six mois ».

Une leçon majeure tirée de la faillite, sur laquelle se penchent les analyses est au contraire que «  la faillite d’une grande banque n’est plus envisageable » (Les Echos). Le scénario est devenu «  impensable » (Le Monde). La doctrine du « too big to fail » (trop gros pour faire faillite) s’impose.

Sauf que la possibilité de faire faillite était considérée comme une protection contre des gestions bancaires trop risquées. Et que l’un des effets de la crise souligné par de nombreux articles est qu'elle a entrainé des restructurations dans le monde bancaire et financier avec certes des gagnants et des perdants mais surtout avec une tendance à la concentration et à avoir des acteurs encore plus gros qu’avant. «  De façon assez paradoxale, analyse l’économiste Gunther Capelle- Blancard, on croyait lutter contre l’aléa moral (lien avec mot du dico ou mot de la finance je ne sais plus mais ça existe), on n’a fait que le renforcer ». (Le Monde 15 septembre 2009).

Dès lors, il faut que les Etats agissent en amont pour limiter les risques, bien avant que les géants de la finance ne soient menacés de faillite. L’enjeu est bien celui de la régulation du secteur. Un enjeu qui sera bien sûr à l’agenda du G 20 du 25 septembre à Pittsburg et dont la presse considère généralement à ce stade qu’il sera «  bien difficile à concrétiser » (Le Monde, dossier précité).

On lira notamment sur ce sujet les analyses de l’économiste Joseph Stiglitz dans Libération (15 septembre 2009 ) «  Que faire ? Se concentrer sur les bonus, un sujet central si l’on veut vraiment changer les incitations aux comportements purement spéculatifs. Se pencher sur les grandes banques, en les taxant parce qu’elles taxent le reste de la société ; en les obligeant à se recentrer sur leur mission première, le prêt et non la spéculation. On doit les contraindre à ne plus jouer avec leurs normes comptables, le déplacement d’activité hors bilan. Les encadrer par une commission qui détermine quels sont les prêts ou les produits financiers qu’ils distribuent »…

et l’échange entre Jacques Attali et Alain Minc dans les Echos (15 septembre 2009)

Verbatim :

Jacques Attali  : La question centrale à mes yeux est celle des fonds propres des ­banques. On commence à l'admettre... Car l'interrogation aujourd'hui sous-jacente dans les documents préparatoires au G20 se résume ainsi : quand le système bancaire prendra-t-il le relais de la dette publique pour financer la croissance ? Pour l'instant, les banques n'en ont pas les moyens. Et si ça ne marche pas, alors on assistera à une énorme vague de concentrations dans toute l'économie.

Alain Minc  : Deux approches sont possibles. Ou on considère que les banques doivent être fortement recapitalisées. Ou on estime qu'elles peuvent vivre avec moins de fonds propres, parce qu'elles sont sous garantie d'Etat, mais dans ce cas-là il faut leur faire payer une forme de prime d'assurance, puisque c'est bien de cela qu'il s'agit. « Too big to fail », c'est une assurance-vie qui se paye !

J. A. : Autant les nationaliser, ce serait au moins plus moral, puisque, de toute façon, c'est le contribuable qui paie !

A. M. : On peut aussi émettre du papier à une valeur très basse et les actionnaires viendront d'eux-mêmes.

J. A. : Fort bien, mais, dans ce cas de figure, on ruine les actionnaires actuels.

Pour aller plus loin :

Créé le 17 septembre 2009
© IEFP - la finance pour tous
 
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