Budget sous tension pour les classes moyennes

Le CREDOC (Centre de Recherche pour l’Etude et l’Observation des modes de vie) a publié en décembre 2008 une importante étude sur l’évolution des conditions de vie et du budget des couches moyennes, reprise dans un numéro de mars 2009 de la revue « Consommation et modes de vie ».

Cette recherche conduite par Régis Bigot tente d’expliquer les raisons du malaise ressenti par les classes moyennes à partir de l’analyse de leurs conditions de vie et de l’évolution de leurs revenus. Elle porte à la fois sur la période récente, et sur une plus longue période.

3 graphiques illustrent les points forts de l’analyse :

Entre 1100 et 2200 € par mois après impôt.

Source : CREDOC

Ces seuils ont été calculés par rapport à la dernière enquête de l’INSEE sur les revenus fiscaux et sociaux (2006).

Comment définir les classes moyennes ? Cela ne va pas de soi. Une personne sur deux vit aujourd’hui en France avec des revenus mensuels après impôts inférieurs à 1500 €. C’est ce qu’on appelle le revenu médian par personne. Mais jusqu’à combien en moins et en plus fait on encore partie des couches moyennes ?

Le graphique ci-dessus classe la population en fonction de leurs revenus mensuels avant impôt. Les calculs ont été effectués à partir de l’enquête de l’INSEE sur les revenus fiscaux et sociaux 2006. Il se lit de la façon suivante : 10% de la population a des revenus avant impôt inférieurs ou égaux à 780 € par mois. 20% a des revenus compris entre 780 et 1120 € ; 30% a des revenus compris entre 1120 et 1750 ; 20% des revenus compris entre 1750 et 2600 € ; 10% a des revenus compris entre 2600 et 3010 € et 10 % a des revenus supérieurs à 3010 €. On ne constate qu’une importante fraction de la population « tourne autour de la moyenne ». Environ une personne sur deux ( 52%) dispose, après impôt, d’un niveau de vie compris entre 75% et 150% de ce niveau de vie médian, c’est-à-dire entre 1100 et 2200 € par mois (cela correspond à un revenu avant impôt se situant entre 1110 € et 2600 € pour une personne seule). C’est cette définition qui est retenue. « Les salaires moyens d’un très grand nombre de professions sont compris dans cet intervalle: coiffeur, agent de sécurité, vendeur, cuisinier, secrétaire, conducteur de véhicule, assistant social, policier, infirmière, enseignant, etc. » explique Régis Bigot. Pour tenir compte de la diversité de situation l’étude distingue entre classes moyennes inférieures (30 % de la population) et classes moyennes supérieures ( 20% de la population). En dessous des revenus des classes moyennes, on trouve 10% de personnes à revenus modestes et 10% de gens pauvres et au dessus se situent 10% de gens aisés et encore 10% de « hauts revenus ».

Il y a 25 ans, un peu moins d’une personne sur deux (48%) qui disposait d’un revenu compris entre 75 et 150% du revenu médian. Ainsi contrairement à une idée reçue il ne semble pas que les couches moyennes soient en déclin. Et il faut se garder d’une vision catastrophique. Le niveau de vie médian a progressé de 83% entre 1970 et 2004, passant de 718 € par mois à 1 314 € mensuels, en euros constants. « En l’espace d’un peu plus d’une génération, le niveau de vie des classes moyennes a c presque doublé, et cette progression a été plus forte que celle de l’ensemble de la population (+75%) ».

Les dépenses contraintes et incontournables pèsent lourd

Le graphique ci-dessus se lit de la façon suivante :

L’individu « médian » qui vit avec 1467 euros de revenu mensuel correspondant au budget médian dépense en moyenne 557 € pour ses dépenses contraintes telles que le logement, l’électricité, l’eau, le gaz et les combustibles et 615 € pour les frais d’alimentation, de transports, de santé et l’éducation. Il lui reste moins de 300 euros par mois pour les loisirs, les vacances, l’habillement, les biens d’équipement du foyer et l’épargne.

L’individu « pauvre » (budget moyen des 10 % de personnes les plus pauvres) vit avec 625 € . Il en dépense 300 pour les dépenses contraintes, 245 pour les autres dépenses incontournables et il lui reste seulement 80€ pour les loisirs, les vacances, l’habillement, l’équipement ménager et l’épargne.

L’individu « riche » (budget moyen des 10% de personnes ayant les plus hauts revenus) dispose pour sa part de 1 474€ par mois pour ce même type de dépenses,c'est-à-dire autant ou presque que le budget total type des couches moyennes.

En effet, la pression financière ressentie par les classes moyennes s’inscrit dans une tendance de fond perceptible dès le début des années 1980. Le ralentissement de la croissance économique et la dégradation du marché de l’emploi ont conduit à un ralentissement progressif de la progression des revenus des classes moyennes. Corrélativement, les charges liées au logement (eau, gaz, électricité, combustibles…) ont progressé plus vite que le revenu, laissant de moins en moins de marges de manœuvre pour les autres dépenses. La flambée des prix de l’énergie et de l’alimentation en 2007 et 2008 ont cristallisé l’impression de perte de pouvoir d’achat.

De plus en plus de restrictions

 

Le Credoc interroge régulièrement les Français « S’imposent-ils ou non des restrictions dans leurs dépenses budgétaires ? ». Comme on le voit sur le graphique ci-dessus, dans l’enquête 2008, ils sont 80% à répondre oui parmi les catégories modestes et 72% parmi les classes moyennes inférieures et seulement 29% parmi les hauts revenus pour lesquels, d’ailleurs, les choses semblent aller de mieux en mieux.

La dégradation de la situation ressentie par rapport à celle du début du siècle est frappante pour les catégories pauvres modestes et moyennes « inférieures ».

 

Traduction concrète de ces difficultés croissantes : en 2008, près d’une personne sur deux disposant d’un budget médian n’est pas partie en vacances (48% exactement), 37% ne sont jamais allés au cinéma, 34% n’ont pas de voiture, 50% n’ont pas accès à Internet à domicile, 40% n’ont pas de produit d’épargne liquide de type livret. L’étude souligne particulièrement deux évolutions pouvant expliquer cette mise sous pression du budget des couches moyennes et modestes :l’inflation récente les a davantage pénalisés et les dépenses contraintes, et surtout le logement, pèsent de plus en plus.

Pour aller plus loin :

Consulter l’enquête « Les classes moyennes sous pression » de Régis Bigot
parue dansConsommation et modes de vie N° 219 - Mars 2009.

Consulter le Cahier de Recherche Décembre 2008.

La section " revenus " de la rubrique " Etablir son budget ".

Créé le 13 mars 2009
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