L’inflation en France au plus bas : une exception européenne à double tranchant

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En janvier 2026, les prix n’ont progressé que de 0,3 % sur un an. L’inflation est à son niveau le plus faible depuis fin 2020. Ce chiffre, bien en-deçà des prévisions de l’Insee qui tablait sur 0,8 %, place la France parmi les pays de la zone euro où la hausse des prix est la plus contenue, aux côtés de Chypre. 

À titre de comparaison, l’Allemagne affiche au même moment une inflation de 2,1 % et l’Espagne de 2,5 %. Cette singularité française présente autant d’avantages qu’elle ne constitue un poids sur le plus long terme.

Les raisons d’une inflation exceptionnellement basse

Plusieurs facteurs expliquent ce ralentissement marqué des prix en France. La chute des cours du pétrole a joué un rôle déterminant : le baril de Brent est passé de 77 euros à 57 euros en l’espace d’un an, ce qui représente à lui seul près de 0,4 point d’inflation en moins. Les prix de l’énergie ont ainsi reculé de 7,8 % sur un an en janvier.

Inflation en Europe

La période des soldes d’hiver, davantage concentrée sur le mois de janvier qu’en 2025, a également contribué à faire baisser les prix des produits manufacturés de 1,2 %. L’inflation dans les services, qui représente la moitié de l’indice des prix, a pour sa part ralentie à 1,8 %, notamment en raison de revalorisations plus limitées des tarifs des consultations médicales par rapport à l’année précédente.

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Au-delà de ces facteurs conjoncturels, la France bénéficie d’un héritage structurel. Au plus fort de la crise énergétique de 2022-2023, le pic d’inflation dans l’Hexagone a été deux fois moins élevé que chez ses voisins, grâce à des boucliers tarifaires particulièrement généreux. Cette modération passée des prix a limité les revalorisations salariales, et les coûts salariaux unitaires ont augmenté moins vite en France que dans le reste de la zone euro.

Les bénéfices d’une inflation maîtrisée

Une inflation faible présente des avantages substantiels pour l’économie française. Pour les ménages, elle se traduit par des gains de pouvoir d’achat réels. Les salaires, qui progressent d’environ 2 % en moyenne, permettent désormais d’acheter davantage de biens et services puisque les prix augmentent moins vite que les revenus. Cette amélioration du pouvoir d’achat pourrait soutenir la consommation, moteur traditionnel de la croissance française.

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Du côté des entreprises, la modération des coûts salariaux unitaires constitue un atout compétitif non négligeable. Dans un contexte de concurrence internationale exacerbée, notamment face aux produits chinois à bas prix, les entreprises françaises peuvent préserver leurs marges sans augmenter excessivement leurs prix de vente. Cette compétitivité-coût relative pourrait favoriser les exportations et attirer des investissements étrangers.

Les risques d’une inflation trop basse

Cependant, une inflation durablement faible n’est pas sans inconvénients. Le premier concerne les taux d’intérêt réels. Lorsque l’inflation baisse (en particulier, sous les taux fixés par la banque centrale), les taux réels, c’est-à-dire le coût effectif des crédits, augmentent. Des taux réels plus élevés peuvent ainsi décourager l’investissement et la consommation.

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Par ailleurs, une inflation très faible peut inciter les consommateurs à reporter leurs achats, dans l’anticipation de prix stables voire en baisse. Ce comportement attentiste, s’il se généralise, risque de peser sur la demande globale. La frontière avec la déflation, ce cercle vicieux où la baisse des prix entraîne une contraction de l’activité économique, n’est jamais très loin lorsque l’inflation flirte avec zéro.

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La BCE face à une zone euro fragmentée

L’écart d’inflation entre les pays de la zone euro pose un défi majeur pour la politique monétaire de la Banque centrale européenne. Avec une inflation à 0,3 % en France contre plus de 2 % en Allemagne et 2 % en Espagne, comment définir une politique de taux adaptée à l’ensemble de la zone euro ?

La BCE, dont l’objectif est de maintenir l’inflation proche de 2 % à moyen terme, se trouve dans une situation délicate. Des taux directeurs calibrés pour freiner l’inflation dans les pays où elle reste élevée risquent d’être trop restrictifs pour la France, bridant inutilement son activité économique. À l’inverse, une politique accommodante adaptée à la situation française pourrait alimenter les tensions inflationnistes ailleurs.

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Cette hétérogénéité n’est pas nouvelle, mais elle rappelle les limites d’une politique monétaire unique pour des économies aux dynamiques différentes. En l’absence d’outils de politique budgétaire coordonnés au niveau européen, les divergences d’inflation risquent de creuser les écarts de compétitivité entre pays membres et de raviver les tensions sur la cohésion de la zone euro.

À noter que les divergences d’inflations ne concernent pas que les zones monétaires composées de plusieurs pays. Il existe par exemple une divergence d’inflation entre états aux Etats-Unis. Cependant, celles-ci sont sur le long-terme effacées par la politique budgétaire et les flux de travail et de capital.

Selon les projections de la Banque de France, l’inflation française devrait remonter progressivement pour s’établir à 1,3 % en moyenne sur l’année 2026, un niveau qui resterait inférieur à celui de ses partenaires européens.