Qu’est-ce que le Mercosur ?
Le Mercosur, ou Marché commun du Sud, est une alliance économique majeure fondée en 1991 par le traité d’Asunción. Il réunit historiquement le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay, récemment rejoints par la Bolivie en 2023 (non incluse dans l’accord avec l’UE). Ce bloc fonctionne comme une union douanière dont l’ambition est de garantir la libre circulation des biens, des services et des capitaux entre ses membres. Représentant la cinquième puissance économique mondiale avec un marché de près de 300 millions de consommateurs, il constitue un partenaire commercial stratégique pour l’Union européenne.
Qu’est-ce que le traité contient ?
Négocié depuis 1999, l’accord conclu le 28 juin 2019 entre l’Union européenne et le Mercosur est un texte d’une densité exceptionnelle qui dépasse le simple cadre commercial. Il poursuit deux objectifs majeurs : le développement des relations commerciales et la promotion de la coopération politique entre les deux zones. Les négociations actuelles portent sur l’ajout d’un protocole additionnel axé sur le développement durable, notamment la lutte contre la déforestation et le changement climatique.
Le volet libre-échange prévoit la suppression progressive de 91 % des droits de douane imposés par les pays du Mercosur sur les produits européens et 92 % des droits appliqués par l’Union européenne sur les produits sud-américains. Pour l’Europe, cela concerne principalement les secteurs stratégiques : voitures et pièces détachées, machines industrielles, produits chimiques et pharmaceutiques. Pour la France spécifiquement, dont les exportations vers le Mercosur représentent 5,56 milliards d’euros, l’accord ouvre des perspectives majeures.
L’accord protège également 355 indications géographiques européennes, dont de nombreux produits français emblématiques : fromages (Comté, Gruyère français…), vins et spiritueux (Chablis, Champagne, Rhum de Guadeloupe…), viandes (Bœuf de Charolles, jambon de Bayonne…), le riz de Camargue, les huîtres Marennes d’Oléron ou encore les pruneaux d’Agen.
En échange, les pays du Mercosur obtiennent des quotas strictement encadrés pour leurs produits agricoles phares, soumis à des droits de douane réduits. Ces quotas sont limités : 99 000 tonnes de viande bovine avec un droit de douane de 7,5% (soit 1,6% de la production européenne, alors que les importations actuelles atteignent déjà 200 000 tonnes), 180 000 tonnes de volaille en franchise de droits (c’est-à-dire à 0%), 60 000 tonnes de riz (2% de la consommation UE) et 450 000 tonnes d’éthanol destiné à l’industrie chimique. Au-delà de ces quotas, les produits restent soumis aux tarifs douaniers normaux.
Au-delà des marchandises, le texte intègre un chapitre contraignant sur le commerce et le développement durable. Il prévoit des engagements en matière de pêche, de gestion durable des forêts, et réaffirme la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Un mécanisme de règlement des différends permet de sanctionner tout manquement, avec un contrôle externe par des experts indépendants et la participation de la société civile à tous les stades.
Quel est l’objectif de l’UE et des partenaires du Mercosur ?
L’objectif poursuivi par l’Union européenne et ses partenaires du Mercosur est avant tout stratégique et géopolitique. Dans un contexte mondial marqué par l’instabilité et le retour du protectionnisme, cet accord représente bien plus qu’un simple traité commercial : il vise à renforcer la coopération entre deux blocs alliés pour relever des défis mondiaux comme le changement climatique et la transition numérique.
Pour Bruxelles, l’enjeu est triple : sécuriser l’accès à un marché historiquement très protégé, diversifier ses approvisionnements en matières premières critiques comme le lithium (essentielles à la transition énergétique), et garantir la résilience des chaînes de valeur européennes. En signant ce traité, l’Europe cherche également à contrer l’influence grandissante de la Chine en Amérique latine, qui s’est imposée comme premier partenaire commercial de plusieurs pays du Mercosur.
Du côté des pays sud-américains, l’ambition est de moderniser leurs économies en attirant les investissements européens dans les infrastructures et les technologies vertes, de réduire leur dépendance aux exportations vers l’Asie, et de trouver de nouveaux débouchés pour leur puissance agricole tout en bénéficiant d’un transfert de savoir-faire industriel.
Pourquoi il y a des réticences au Mercosur ?
Si l’accord semble avantageux sur le papier pour l’industrie, il se heurte à une opposition massive, surtout en France. Les critiques ne portent pas seulement sur l’économie, mais sur notre modèle de société et de consommation.
Une concurrence jugée déloyale pour nos agriculteurs
Le principal point de blocage est la « distorsion de concurrence« . Les agriculteurs français sont soumis à des règles très strictes : interdiction de certains pesticides, normes de bien-être animal, traçabilité totale. Or, au Brésil ou en Argentine, les normes sont différentes. Les éleveurs français craignent de devoir baisser leurs prix pour rivaliser avec une viande sud-américaine produite à bas coût avec des produits chimiques interdits ici (comme certains antibiotiques de croissance).
Un désastre écologique redouté
La question de l’Amazonie est au cœur des réticences. Pour produire plus de bœuf ou de soja destiné à l’Europe, les ONG craignent que les pays du Mercosur n’accélèrent la déforestation. Même si l’accord contient des promesses sur le climat, beaucoup de critiques pensent qu’elles ne sont pas assez contraignantes. Importer de la nourriture produite à 10 000 km de distance semble aussi contradictoire avec l’objectif de « souveraineté alimentaire » et de réduction de l’empreinte carbone de l’Union européenne.
Le sentiment d’un « passage en force » politique
Enfin, il y a une colère sur la manière dont l’accord a été validé. Normalement, un tel traité exige l’unanimité des pays de l’UE et l’aval de leurs parlements nationaux. Mais, sachant que la France bloque le processus, la Commission européenne a scindé l’accord en deux. Le volet commercial est ainsi soumis à la « majorité qualifiée ». Cela signifie que malgré l’opposition de la France, l’accord passe dès lors qu’un nombre suffisant d’États l’approuve. Ce contournement technique confirme, pour les opposants, que l’Europe impose ce traité contre la volonté des peuples.