Le conflit commercial entre la Chine et les États-Unis déborde sur l’Europe

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100 milliards de dollars : c’est le volume d’exportations chinoises bloquées par les taxes américaines lors de la première guerre commerciale de 2018. Il se trouve qu’une partie de ces marchandises a simplement changé de destination. L’Europe en a absorbé plus d’un quart.

Chine-USA : un conflit qui a bientôt 10 ans

Dès son premier mandat, Donald Trump s’est projeté dans le conflit commercial. Pour effet, pour lui se joue par ces enjeux la souveraineté américaine, le déficit commercial et le financement d’une partie du budget fédéral.

Le Gouvernement américain impose alors des taxes massives sur des milliers de produits chinois, 4 815 catégories au total. Résultat immédiat : les exportations chinoises vers les États-Unis s’effondrent. Mais, les usines chinoises, elles, continuent de tourner. La Chine, en régime de surproduction, doit trouver des débouchés pour maintenir sa croissance. Six mois après l’entrée en vigueur des premières taxes, les importations européennes en provenance de Chine sur ces mêmes produits avaient déjà augmenté de 13 % de plus que les produits non taxés.

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En 2025, la portée des taxes américaines s’étend considérablement. Cette fois, les taxes américaines touchent presque tous les échanges avec la Chine. Les marchandises chinoises non vendues aux États-Unis s’exporte maintenant vers le Vietnam (qui sert en partie de hub transitoire), la Corée, et le Japon. Mais c’est l’UE qui en absorbe la plus grande part.

Evolution des exportations chinoises

Une redirection commerciale très forte de certains produits

Le CEPII identifie 223 produits potentiellement touchés par la redirection commerciale. Une chose frappante est que ce phénomène n’apparait pas de manière isolée dans certains secteurs : il en touche de très variés. On peut notamment citer, entre avril et décembre 2025 :

  • Les petits colis du e-commerce : vêtements, accessoires, produits du quotidien commandés sur des plateformes comme Temu ou Shein. C’est la catégorie la plus massive : elle représente à elle seule plus de 5 % des exportations chinoises vers l’UE.
  • Les téléphones mobiles : ils ont fait un bond spectaculaire, d’autant plus que l’Europe ne produit pas de smartphones en concurrence directe.
  • Les huiles et graisses industrielles : des produits moins visibles au quotidien, mais dont l’afflux massif perturbe des filières industrielles entières.
  • Les transformateurs et moteurs électriques : la hausse la plus forte de toutes les catégories, dans un secteur stratégique pour la transition énergétique européenne.

Cette redirection commerciale n’est pas sans conséquence pour l’économie européenne. Les entreprises, notamment dans le textile et la distribution, font face à une concurrence directe et soudaine de produits vendus à des prix inaccessibles pour les fabricants locaux. Pour les États et les douanes, avec des millions de colis passant chaque jour par les frontières européennes, impossibles à contrôler individuellement, soulèvent des enjeux de traçabilité, de conformité des produits, et de respect des normes européennes. Cependant, des effets d’aubaines apparaissent pour le consommateur et les entreprises en quête de produits intermédiaires, qui ont ainsi accès à des biens souvent bradés.

La réaction de l’EU

En février 2025, la Commission européenne a publié une communication sur le commerce en ligne proposant une série de mesures contre l’afflux de petits colis importés via des plateformes extra-européennes comme Temu, Shein ou AliExpress. Elle évoquait notamment des frais de traitement non discriminatoires, une surveillance renforcée du marché, des contrôles douaniers accrus et une application plus stricte des règles européennes, notamment en matière de sécurité des produits et de services numériques.

La suppression de l’exemption de droits de douane pour les colis de moins de 150 euros, longtemps en vigueur dans l’Union européenne, est désormais engagée, avec l’instauration prévue de droits fixes européens sur les petits colis à partir de juillet 2026. Cette évolution intervient alors que les États-Unis ont supprimé l’exemption de minimis pour les produits en provenance de Chine et de Hong Kong dès mai 2025.

En France, une taxe provisoire de deux euros par article ou catégorie d’articles sur les petits colis de moins de 150 euros en provenance de pays tiers à l’Union européenne est entrée en vigueur le 1er mars 2026. Son efficacité reste toutefois discutée, certaines plateformes pouvant réorganiser leurs flux logistiques via d’autres pays européens.

La guerre commerciale entre Washington et Pékin se joue loin des frontières européennes. Pourtant, ses effets s’invitent directement sur le marché intérieur, dans les entrepôts, les douanes et les rayons. L’Europe n’est ni l’instigatrice ni la cible de ce bras de fer, mais elle en subit les contrecoups.