Les arnaques et les publicités mensongères en forte hausse
En 2025, plus de 1 300 sites ou acteurs non autorisés ont été recensés et ajoutés aux listes noires de l’AMF et de l’ACPR, tandis que plusieurs centaines de cas d’usurpation d’identité, y compris visant les deux autorités et leurs collaborateurs, ont été détectés. En « pole position », les faux investissements notamment sur les cryptoactifs.
Parallèlement, dans le cadre de leur veille sur les offres commerciales, l’AMF et l’ACPR ont analysé plus de 4 500 publicités diffusées via les médias traditionnels ou digitaux, soit plus du double du volume analysé en 2024.
Selon la dernière édition du baromètre de l’épargne et de l’investissement de l’AMF, 16 % des Français interrogés déclaraient en 2025 avoir déjà été victimes d’une escroquerie financière.
Quelques exemples d’escroquerie sur les cryptos
Le « Pump and Dump » (technique de la bouilloire)
Des escrocs achètent en masse des actions d’une petite entreprise peu connue, à un prix très bas, puis diffusent des informations fausses afin d’inciter les particuliers à acheter massivement ces titres (phase Pump). Une fois les titres fortement montés, les fraudeurs passent à la phase « dump » : ils vendent toutes leurs actions à ce prix élevé, empochant un gros profit.
Le rug pull (tirer le tapis)
Tout commence souvent par le lancement d’une nouvelle cryptomonnaie. Le projet peut avoir l’air très sérieux : un site internet bien fait, un livre blanc rempli de promesses, une communauté active sur les réseaux sociaux, et parfois même des influenceurs payés pour en faire la promotion. L’objectif est de créer un sentiment d’urgence : il faut acheter vite, avant que le prix ne s’envole. Une fois le prix monté, les escrocs vendent leurs jetons et le prix s’effondre.
Finfluenceurs : une vigilance accrue
La vigilance sur le rôle des « finfluenceurs » reste une priorité, face à des dérives constatées sur les conseils de certains professionnels. Les travaux de l’ACPR comme de l’AMF ont mis en évidence le manque de transparence de certaines communications diffusées par des influenceurs. Une enquête publiée en 2025 révèle que plus d’un quart des publicités analysées présentaient un défaut de clarté, en mettant en avant la gratuité d’un service alors que celui-ci était en réalité intégré à un abonnement payant, ou en omettant de préciser que certains frais pouvaient s’appliquer.
Mais la vigilance des deux autorités ne s’arrête pas aux acteurs malveillants. Elle porte aussi sur des produits parfaitement légaux, vendus par des établissements agréés, à condition qu’ils soient bien compris par ceux qui les achètent. C’est tout l’enjeu des produits structurés, un marché que le Pôle commun surveille de près depuis 2024.
Produits structurés : un marché en plein essor sous surveillance
Un produit structuré est un placement financier « sur-mesure », construit par une banque ou un assureur à partir d’une formule mathématique qui détermine à l’avance les conditions de gain ou de perte selon l’évolution d’un actif sous-jacent (le plus souvent un indice boursier ou une action). Contrairement à un investissement classique en actions, l’épargnant ne devient pas propriétaire de titres : il achète un contrat dont le rendement dépend d’un scénario prédéfini.
En France, ce marché est loin d’être marginal et a collecte annuelle a presque doublé entre 2021 et 2023, passant de 23 à près de 42 milliards d’euros, portée notamment par la remontée des taux d’intérêt et l’arrivée d’un nouveau producteur étranger sur le marché français.
Ces produits sont vendus très majoritairement via l’assurance-vie (environ 80 % des montants investis), le reste passant par des comptes-titres. Une dizaine d’établissements financiers de premier plan se partagent l’essentiel de ce marché, les quatre principaux producteurs représentant à eux seuls plus de la moitié de la collecte. Près de la moitié des produits commercialisés excluent explicitement le grand public de leur cible commerciale, et 8 % sont même réservés à une clientèle dite « avancée », disposant d’une expérience financière solide, une façon, pour les émetteurs, de reconnaître que ces produits restent d’une complexité qui ne convient pas à tous les profils d’épargnants.
L’autocall, star incontestée des produits structurés
Sur le marché français, l’écrasante majorité des produits structurés repose sur un même mécanisme : l’autocall, ou remboursement anticipé automatique. Pour bien comprendre comment cela fonctionne, prenons un exemple simple, inspiré de celui présenté dans la cartographie du Pôle commun.
Imaginons un produit structuré indexé sur le CAC 40, avec une « barrière » fixée à 100 % de son niveau initial, et un gain potentiel de 6 % par année écoulée. Chaque année, à une date dite « d’observation », on compare le niveau du CAC 40 à son niveau de départ.
- Scénario favorable : dès la première date d’observation, le CAC 40 a progressé par rapport à son niveau de départ. La barrière est franchie, le produit est automatiquement remboursé par anticipation. L’épargnant récupère son capital initial, plus un gain de 6 % pour l’année écoulée. L’aventure s’arrête là, et c’est une bonne nouvelle pour lui.
- Scénario d’attente : si le CAC 40 n’a pas progressé lors de la première observation, rien ne se passe : le produit continue de vivre, et l’on regarde à nouveau l’année suivante. Ce mécanisme peut se répéter chaque année jusqu’à l’échéance maximale du produit (souvent comprise entre 5 et 10 ans).
- Scénario à l’échéance, sans remboursement anticipé : on regarde une dernière fois le niveau du CAC. S’il a progressé, l’épargnant touche son capital et les gains cumulés. S’il a baissé, il peut subir une perte en capital équivalente à la baisse de l’indice (potentiellement totale). Il faut donc vérifier si le produit affiche dans le Document d’Information Clés (DIC) une protection partielle au totale du capital investi
Ce mécanisme montre bien qu’un produit structuré n’est ni un livret garanti, ni un placement boursier classique, mais un pari encadré par une formule : un gain intéressant si les marchés montent, un vrai risque s’ils baissent durablement. D’ailleurs, en pratique, 9 produits sur 10 sont remboursés par anticipation avant leur durée maximale (souvent en moins de 3 ans), un chiffre qui reflète surtout un marché haussier entre 2021 et 2023.
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