Ensemble, ces deux géants représentent désormais 25 % du PIB mondial et un tiers du commerce international. Cet accord est d’autant plus crucial qu’il sécurise les 800 000 emplois européens déjà soutenus par les exportations vers l’Inde.
L’ouverture majeure du marché indien
Le traité repose sur une baisse drastique des barrières tarifaires imposées par l’Inde. À terme, les droits de douane sur plus de 90 % des exportations de marchandises de l’UE seront éliminés ou réduits, permettant aux entreprises européennes d’économiser jusqu’à 4 milliards d’euros de taxes par an.
Les secteurs de l’aéronautique, de la chimie et de la fabrication d’équipements médicaux voient leurs droits de douane disparaître totalement. L’industrie automobile, pilier de l’économie européenne, bénéficie d’une avancée majeure avec des taxes qui s’effondrent de 110 % à seulement 10 % pour un volume annuel de 250 000 véhicules.
Le secteur des vins et spiritueux, particulièrement important pour la France, profite d’une réduction tarifaire spectaculaire.
Les droits de douane sur les vins passent de 150 % à 20 % pour la gamme premium et 30 % pour la gamme intermédiaire, tandis que les spiritueux tombent à 40 %. Par ailleurs, de nombreux produits de consommation courante comme le chocolat, les pâtes ou l’huile d’olive sont désormais totalement exemptés de taxes.
La Commission estime que l’accord de libre-échange devrait doubler les exportations de marchandises vers l’Inde d’ici 2032.
Au-delà des marchandises, l’accord ouvre largement le marché des services. Les prestataires européens bénéficient d’un accès privilégié dans des secteurs clés tels que les services financiers et les services maritimes.
Les contreparties et la mobilité pour l’Inde
En échange de cette ouverture, l’Inde obtient des avantages substantiels pour son industrie avec un quota d’exportation d’acier sans taxes fixé à 1,6 million de tonnes par an. Au-delà des marchandises, le pacte inclut un volet humain essentiel qui facilite l’accès au territoire européen pour les étudiants, les chercheurs et les travailleurs qualifiés indiens.
L’accord renforce également la protection de la propriété intellectuelle européenne (marques, dessins, secrets commerciaux) et prévoit un chapitre dédié aux PME pour les aider à naviguer sur le marché indien via des points de contact spécifiques. Enfin, ce partenariat s’étend à la défense et à la sécurité, marquant la volonté des deux puissances de diversifier leurs sources d’approvisionnement militaire et technologique.
Stratégie face à l’instabilité mondiale et protection des frontières
Cet accord intervient dans un contexte de tensions géopolitiques mondiales. Il permet à l’Union européenne et à l’Inde de tracer une voie autonome, s’affranchissant de l’imprévisibilité de la politique étrangère américaine.
Pour éviter que des pays tiers n’utilisent l’Inde comme plateforme de réexportation vers l’Europe, des « règles d’origine » strictes ont été définies : seuls les produits ayant subi une transformation significative dans l’un des deux blocs bénéficient des réductions de taxes.
Une stratégique de diversification face à la Chine
Le second pilier de ce pacte est la volonté commune de réduire la dépendance envers Pékin. Pour l’Europe, ce traité constitue une étape clé de réduction de risque visant à sécuriser ses chaînes d’approvisionnement, alors qu’en 2025, plus de 23 % des biens importés dans l’UE provenaient encore de Chine. De son côté, l’Inde cherche à contrer la prééminence chinoise dans le commerce mondial, qui représente 18 % de ses propres importations. Ce rapprochement stratégique permet à New Delhi d’accéder aux technologies et aux investissements nécessaires pour moderniser son industrie via le programme Make in India.
Un relais de croissance face au déclin européen
Enfin, ce partenariat répond à une urgence économique pour l’Union européenne. Depuis 2018, l’UE a subi une lente érosion de ses parts de marché dans le monde, chutant de 18 % à environ 15 % en 2025. Face à ce déclin, l’accès au marché indien devient une priorité vitale.
En passe de devenir la quatrième puissance économique mondiale en 2026 avec une croissance de 8,2 %, l’Inde offre le relais de croissance indispensable à l’Europe pour compenser sa perte de vitesse sur ses marchés traditionnels.
Opportunités pour la France et vigilance sectorielle
La France se trouve en première ligne pour récolter les fruits de ce traité grâce à ses secteurs de pointe, notamment l’aéronautique, le luxe et l’agroalimentaire.
Pour les vins et spiritueux, la chute des taxes de 150 % à 20 % représente une opportunité stratégique de pénétration du marché, offrant une alternative vitale aux débouchés américain et chinois sous pression.
Ce pivot est d’autant plus nécessaire que l’Inde ne représentait jusqu’alors que 2 % des exportations européennes.
Toutefois, cette ouverture n’est pas sans contreparties :
- Pression sur le textile : l’industrie textile européenne pourrait subir une concurrence accrue. L’Inde, bénéficiant désormais d’un accès facilité, mise sur ce secteur à forte intensité de main-d’œuvre pour doper ses exportations.
- Protection agricole ciblée : pour éviter une crise sociale majeure, l’UE a exclu les secteurs « ultra-sensibles » comme le bœuf, le riz ou le sucre. Cette prudence garantit une protection aux éleveurs français face à une agriculture indienne qui emploie encore 45 % de sa main-d’œuvre et dont les coûts de production sont nettement inférieurs.
Enfin, bien que les baisses tarifaires soient historiques, elles resteront progressives avec des périodes de transition allant de 5 à 10 ans.