Qu’est-ce que le private credit ?
Le private credit (ou crédit privé) désigne l’activité de prêt direct, par des acteurs non bancaires, à des entreprises de taille moyenne, sur la base de contrats négociés bilatéralement. Concrètement, plutôt que de solliciter une banque ou d’émettre des obligations sur les marchés financiers, une entreprise emprunte directement auprès d’un fonds spécialisé. Les prêts ne sont donc pas cotés, ne s’échangent pas sur un marché secondaire actif, et leurs conditions (taux, échéances, garanties) sont établies sur mesure.
Pourquoi le private credit s’est-il tant développé ?
L’essor du private credit est le produit de plusieurs dynamiques convergentes. La première tient à l’évolution de la réglementation bancaire depuis la crise financière de 2008. Le durcissement des exigences en fonds propres (Bâle III) a rendu certaines activités de prêt moins rentables pour les banques, notamment le financement d’entreprises de taille intermédiaire ou de montages à fort levier. Un espace s’est donc ouvert pour des prêteurs alternatifs, soumis à une réglementation plus légère.
La deuxième dynamique provient de la demande des emprunteurs. Les fonds de private credit offrent une flexibilité et une rapidité d’exécution que les banques peinent à égaler. Une opération peut être bouclée en quelques semaines, avec des conditions adaptées au profil de l’entreprise.
La troisième dynamique est celle des investisseurs. Dans un environnement marqué, pendant longtemps, par des taux d’intérêt très bas, le private credit offrait des rendements attractifs, supérieurs à ceux des obligations classiques. Il permettait également de diversifier les portefeuilles. Avec la remontée des taux à partir de 2022, les rendements proposés ont encore augmenté, renforçant l’attrait de la classe d’actifs.
Quels sont les risques liés au private credit ?
Si le private credit permet de financer des pans entiers de l’économie, le rapport du FSB identifie plusieurs zones de fragilité qui méritent une attention particulière. Le point central est que ce marché n’a jamais réellement été éprouvé par une récession prolongée.
Un manque de transparence préoccupant
Contrairement aux prêts bancaires classiques ou aux obligations cotées, les prêts privés ne font l’objet que de très peu de publicité. Les valorisations reposent souvent sur des modèles internes, et la notation est parfois réalisée par des agences spécialisées dont les méthodes sont moins standardisées que celles des grandes agences publiques. Cette opacité complique le travail des superviseurs et peut conduire les investisseurs à sous-estimer les risques.
Un niveau d’endettement élevé
Les entreprises financées par le private credit sont, en moyenne, plus endettées que celles qui se financent sur les marchés obligataires classiques. Pour faire face, certaines ont recours à des mécanismes de paiement en nature (payment in kind, PIK), qui leur permettent de différer le paiement des intérêts en les ajoutant au capital restant dû. Cette pratique, en forte progression depuis 2022, permet aux emprunteurs en difficulté de gagner du temps, mais elle masque les véritables tensions et peut entraîner une accumulation rapide de la dette.
Une interconnexion croissante avec le système bancaire
Contrairement à l’idée parfois véhiculée d’une finance « parallèle » totalement déconnectée des banques, le private credit entretient en réalité des liens étroits avec le système bancaire. Les banques prêtent aux fonds de private credit, nouent des partenariats stratégiques avec eux, et leur cèdent une partie du risque de leurs propres portefeuilles via le marché des SRT.
Les SRT (Significant Risk Transfers) sont des opérations par lesquelles une banque transfère le risque de crédit d’un portefeuille de prêts à un investisseur tiers, tout en conservant les prêts sur son bilan. En échange d’une prime, l’investisseur s’engage à couvrir une partie des pertes en cas de défaut des emprunteurs.
Or, si les fonds de private credit qui couvrent ce risque venaient à connaître des difficultés, le risque pourrait, in fine, rebondir vers les banques.
Une concentration sur certains secteurs
Une part croissante du private credit finance des secteurs très spécifiques, dont les centres de données liés au développement de l’intelligence artificielle. Selon les estimations, plusieurs centaines de milliards de dollars sont engagés dans ces projets, dont le rendement dépendra de la matérialisation effective de la demande pour les services d’IA. Une surcapacité dans ce secteur pourrait entraîner des pertes significatives.
Private credit au cœur de la prochaine crise ?
Le private credit n’est pas, en soi, dangereux. Il joue un rôle utile dans le financement de l’économie et complète l’offre bancaire traditionnelle. Mais sa croissance rapide, son opacité, le niveau d’endettement de ses emprunteurs et son imbrication croissante avec le reste du système financier en font une zone de vigilance majeure pour les régulateurs.