Derrière ce chiffre, une réalité concrète : de plus en plus de Français choisissent de placer leur argent dans des produits qui financent des projets utiles à la société (logement, emploi, transition écologique, solidarité internationale). Comment fonctionne cette dynamique, et qu’est-ce qu’elle change vraiment ?
La croissance de l’épargne solidaire portée par plusieurs moteurs
L’édition 2026 de l’association FAIR (Financer, Accompagner, Impacter, Rassembler) confirme que de plus en plus de Français choisissent de donner du sens à leur argent.
La progression des encours s’explique par trois facteurs combinés. D’abord, les nouvelles souscriptions : environ 2,5 milliards d’euros de flux nets sont venus s’ajouter en 2025, signe que de nouveaux épargnants franchissent le pas. Ensuite, les effets de marché : les produits boursiers qui entrent dans la composition des fonds solidaires ont été globalement performants, générant près de 2 milliards d’euros de gains supplémentaires. Enfin, l’arrivée de nouveaux produits labellisés Finansol (le label qui garantit le caractère solidaire d’un placement) a ajouté environ 700 millions d’euros au périmètre total.
Ce triple moteur illustre quelque chose d’important : la finance solidaire ne progresse plus seulement parce qu’elle convainc sur ses valeurs. Elle progresse aussi parce qu’elle performe financièrement.
« Cette année encore, les encours d’épargne solidaire progressent fortement grâce à la mobilisation de l’ensemble de l’écosystème. Désormais, la quasi-totalité des grands réseaux bancaires et assurantiels disposent au moins d’un produit d’épargne solidaire labellisé Finansol dans leur gamme commerciale (Patrick Sapy, directeur général de FAIR
L’épargne salariale, premier canal de collecte
Le canal le plus important reste celui de l’épargne salariale, qui représente à lui seul 54 % des encours, soit 18,5 milliards d’euros (+13 % en un an). Ce chiffre mérite qu’on s’y arrête : plus de 13 millions de salariés français ont accès à un plan d’épargne entreprise (PEE) ou à un plan d’épargne retraite collectif (PERCOL ou PERECO), et dans chacun de ces dispositifs, un fonds solidaire est obligatoirement proposé depuis 2008. Aujourd’hui, 8 % des salariés qui souscrivent à un PEE ont choisi un fonds solidaire, une proportion encore modeste, mais en progression régulière.
Concrètement, ces fonds ont l’obligation d’investir entre 5 % et 10 % de leur encours dans des entreprises solidaires agréées ESUS (Entreprises solidaires d’utilité sociale). Les gestionnaires de ces fonds orientent ainsi chaque année des centaines de millions d’euros vers des structures qui créent de l’emploi, développent des énergies renouvelables ou favorisent l’accès au logement.
Les banques et assurances accélèrent
Du côté des produits bancaires et d’assurance, la progression est encore plus marquée : 14,2 milliards d’euros, soit +19 % sur un an, deux dynamiques expliquent ce bond.
La première concerne les livrets solidaires. Dans un contexte de baisse des taux réglementés (le Livret A est passé à 1,75 % début 2025) certains livrets solidaires ont su tirer leur épingle du jeu en proposant des taux bonifiés. Les Livrets d’Épargne pour les Autres du Crédit Mutuel et du CIC affichent par exemple un taux de 2,20 %, rendu possible par le mécanisme du « dividende sociétal » : une partie du résultat net de la banque est reversée au financement de projets à impact social et écologique. Résultat, ces livrets ont attiré de nouveaux épargnants qui n’avaient pas forcément une démarche militante au départ, simplement le souhait de placer leur argent dans de bonnes conditions.
La deuxième dynamique est spectaculaire : le contrat d’assurance-vie Responsable et Solidaire de la MAIF, labellisé Finansol, a enregistré une hausse de 924 millions d’euros en un an (+22 %). C’est la progression la plus forte de l’année sur ce segment, et elle confirme que l’assurance-vie, un produit d’épargne préféré des Français avec plus de 1 900 milliards d’euros d’encours nationaux, peut devenir un vrai levier pour la finance solidaire.
Des projets concrets dans les territoires
Ces encours ne sont pas abstraits. En 2025, 848 millions d’euros de financements solidaires ont été mobilisés vers des projets bien réels : 67 % vers des structures sanitaires et sociales, 25 % vers la transition écologique, et 5 % vers la solidarité internationale.
Quelques exemples de projets solidaires
À Rennes, l’association Fratries propose des colocations mixtes réunissant jeunes actifs et personnes en situation de handicap mental. Financée par des investisseurs solidaires (mutuelles, foncières à impact, Banque des territoires) chaque maison génère en moyenne 130 000 euros d’économies annuelles pour les finances publiques par rapport à un parcours institutionnel classique. 81 % des résidents en situation de handicap y travaillent en milieu ordinaire, un taux 160 fois supérieur à la moyenne nationale.
À Paris, l’association Siel bleu organise chaque semaine des ateliers d’activité physique adaptée pour des personnes âgées isolées ou en situation de handicap. Elle a déjà accompagné près de deux millions de personnes depuis sa création en 1997 et bénéficie de livrets solidaires pour financer ses séances.
Au total, en 2025, la finance solidaire a permis de créer 11 372 emplois, de reloger plus de 2 000 personnes, d’alimenter 73 893 personnes supplémentaires en électricité renouvelable et d’octroyer 28 447 prêts sociaux, dont une majorité à des femmes.