L’esport est la pratique compétitive du jeu vidéo qui oppose des joueurs ou des équipes professionnelles lors de tournois, souvent diffusés en direct devant des millions de spectateurs. Comme dans le sport traditionnel, cela met en mouvement des athlètes salariés, des clubs, des sponsors ainsi que des droits de diffusion. C’est un secteur industriel estimé à plusieurs milliards de dollars à l’échelle mondiale.
Cette troisième édition a marqué un tournant en déplaçant l’événement de Riyad, où il se tenait depuis sa création en 2024, à Paris pour la première fois.
Une équipe française, Team Vitality, s’y est d’ailleurs classée troisième du général, tandis que le club chinois All Gamers a détrôné les doubles tenants du titre, les Saoudiens de Team Falcons.
Qui finance l’événement ?
Derrière la vitrine sportive, l’EWC repose sur un montage financier à trois étages.
Au sommet, il y a le Public Investment Fund (PIF). C’est le fonds souverain saoudien. Ses propres statuts le désignent comme l’organisation mère de l’Esports Foundation.
Au milieu, il y a cette même Esports Foundation. C’est une association à but non lucratif basée à Riyad. Elle est présidée par le prince héritier Mohammed ben Salmane. Elle organise et finance l’événement.
Au troisième étage, il y a ESL FACEIT Group. Cette entreprise gère l’organisation de l’EWC sur le terrain.
En trois éditions, le prize pool (la dotation globale) cumulé atteint près de 208 millions de dollars (62,5 M$ en 2024, 70,5 M$ en 2025, 75 M$ en 2026). Mais, une donnée mérite d’être soulignée : la fondation a généré plus de 120 millions de dollars de recettes grâce aux contrats de sponsoring en 2025, soit plus que le montant du prize pool. Cela traduit une diversification progressive des revenus, même si les capitaux saoudiens en restent le pilier.
Comment les gains se répartissent ?
Deux logiques coexistent. D’un côté, environ 45 millions de dollars vont directement aux tournois de chaque jeu, avec des cagnottes propres à chaque discipline. De l’autre, 30 millions de dollars sont réservés au Club Championship. Cette récompense est attribuée aux organisations les plus régulières sur l’ensemble des jeux, à condition qu’elles aient remporté au moins un tournoi. Le club vainqueur y empoche 7 millions de dollars.
Un point structurant pour comprendre l’économie du secteur : ce sont les joueurs, et non les clubs, qui touchent l’essentiel de cet argent, en plus de leur salaire. Les clubs, eux, restent l’échelon le plus fragile financièrement de l’écosystème esport, d’où l’existence d’un programme parallèle de la fondation, doté de 20 millions de dollars, pour soutenir directement une quarantaine de clubs partenaires, indépendamment de leurs résultats sportifs.
L’angle géopolitique de l’Esports World Cup
Le déplacement à Paris n’est pas qu’un choix d’image, il fait suite à l’instabilité régionale liée à la guerre en Iran de 2026. Le discours officiel a d’ailleurs sensiblement évolué : en 2023, l’EWC était présenté comme « l’étape naturelle » de la stratégie saoudienne ; en 2026, la fondation évoque une « accélération de la rotation internationale ». C’est une reformulation qui habille en choix stratégique ce qui ressemble aussi à un repli de sécurité.
Côté français, l’opération est à double sens. Emmanuel Macron avait dès 2022 érigé l’esport en composante du « soft power culturel français », citant Team Vitality et Karmine Corp comme vitrines d’excellence nationale. Accueillir l’EWC permet à Paris de conforter son image de capitale mondiale des grands événements, dans la continuité des JO 2024 sans en assumer le financement, entièrement porté par la fondation saoudienne.
L’État français n’est pas resté passif : le ministère des Sports a signé un protocole d’accord avec l’Esports Foundation et mis en place une équipe interministérielle chargée de faciliter les visas, la logistique et la sécurisation de l’événement, le tout sans dépenser un seul centime d’argent public, comme l’a précisé la ministre des Sports. Un comité de pilotage commun doit même prolonger l’initiative au-delà des sept semaines de compétition, avec un volet « héritage » tourné vers la jeunesse et la filière numérique française.