Afin d’y voir plus clair, voici un résumé des principaux points marquants, sélectionnés avec soin par notre équipe.
Les droits de douanes et le débat sur mercosur
L’année 2025 a été marquée par un bouleversement majeur du commerce mondial suite à l’annonce, le 3 avril, de droits de douane universels et réciproques d’au moins 10 % par le président des États-Unis.
Cette offensive a ciblé prioritairement la Chine, le Cambodge et le Vietnam avec des taxes respectives de 145 %, 49 % et 46 %, tandis que l’Union Européenne a dû faire face à un taux de 20 %. Ce choc tarifaire a provoqué des secousses immédiates sur les marchés financiers, entraînant une forte dépréciation du dollar et une chute de plus de 4 % du S&P 500 en une seule journée.
Au-delà de l’impact direct sur le prix des actifs, ces mesures ont instauré un climat d’incertitude profonde, freinant l’investissement et la consommation globale. Malgré une escalade des tensions illustrée par la réplique chinoise de 80 %, une trêve de 90 jours a finalement permis une accalmie diplomatique.
Ce virage protectionniste de l’administration Trump agit comme le prélude d’une remise en question plus large des bénéfices du libre-échange, cristallisée en Europe par les débats autour de l’accord de libre-échange avec le Mercosur.
Tension entre Trump et la fed
En avril 2025, on assiste à une crise institutionnelle inédite aux États-Unis, opposant directement Donald Trump à Jerome Powell, président de la Réserve fédérale (Fed). Le point de rupture a été atteint le 17 avril, lorsque le président américain a ouvertement menacé de limoger Powell, surnommé « M. Trop Tard », critiquant la lenteur de la banque centrale à baisser les taux d’intérêt.
Pour l’administration Trump, une baisse rapide des taux directeurs répond à un triple objectif politique et économique :
- Allègement de la dette : Diminuer le coût du service de la dette souveraine américaine.
- Soutien à la croissance : Stimuler l’investissement et la consommation dans un contexte où le FMI a abaissé ses prévisions de croissance pour les USA à 1,8 %.
- Guerre commerciale : Provoquer une dépréciation du dollar pour favoriser les exportations et réduire le déficit commercial, pilier du programme présidentiel.
Cette remise en cause de l’autonomie de la Fed, historiquement garante de la stabilité des prix, a suscité une vive inquiétude sur les marchés. Les économistes craignent que la fin de l’indépendance de la banque centrale ne « désancre » les anticipations d’inflation où les agents perdent confiance en la capacité de la Fed à lutter contre la hausse des prix. Poussant paradoxalement les investisseurs à exiger des rendements plus élevés sur les obligations américaines, faisant ainsi monter les taux longs.
Bien que Donald Trump ait finalement opéré une volte-face diplomatique le 22 avril en déclarant n’avoir « aucune intention » de limoger Powell, cet épisode a instauré une incertitude.
La course mondiale de l’IA : des investissements records en 2025
Le début d’année 2025 a été marqué par une accélération sans précédent de la compétition mondiale autour de l’Intelligence Artificielle. Le Sommet international de l’IA, organisé à Paris en février, a réuni les plus grands leaders technologiques (OpenAI, Nvidia, DeepSeek, Mistral) et chefs d’État pour définir les contours de cette révolution.
Deux plans d’envergure s’affrontent :
- Le projet « Stargate » aux États-Unis : L’administration Trump a dévoilé un plan massif de 500 milliards de dollars sur quatre ans. En collaboration avec Oracle et SoftBank, ce programme vise à flécher les investissements privés vers les infrastructures critiques (data centers et centrales électriques) pour assurer l’hégémonie américaine.
- Le plan français (109 milliards d’euros) : En réponse, Emmanuel Macron a annoncé un plan de financement privé d’un montant symboliquement équivalent par habitant au plan américain. Ce projet repose sur des partenariats stratégiques, notamment un campus européen de l’IA financé à hauteur de 50 milliards d’euros par les Émirats arabes unis, et des investissements de fonds comme Brookfield (20 Mds€) et BlackRock/Microsoft (30 Mds€).
Le secteur des chatbots est devenu le principal champ de bataille commercial. Si les géants américains dominent, l’émergence du chinois DeepSeek a provoqué des secousses boursières (chute du Nasdaq), tandis que le français Mistral AI s’impose comme un champion européen avec son outil « Le Chat ».
Cette effervescence fait craindre la formation d’une bulle spéculative similaire à celle d’Internet dans les années 2000. L’indice S&P 500 est désormais ultra-dépendant des performances de Nvidia, qui pèse plus de 6,5 % de sa valeur. Au-delà de la finance, le débat porte sur la neutralité des IA, chaque puissance (Chine, USA) intégrant ses propres biais politiques et culturels dans ses modèles.
L’inflation en Europe… mais plus basse en France
Cette année voit un reflux de l’inflation en Europe, avec des taux autour de 2,2-2,5 % dans la plupart des pays de la zone euro, proches de l’objectif de la BCE. Mais la France fait figure d’exception : avec seulement 0,9 % d’inflation en avril (stable depuis février), elle affiche le taux le plus bas de l’Union européenne, soit 1,3 à 1,6 point de moins que ses voisins.
Cette performance s’explique par l’effondrement des prix de l’énergie : -7,8 % en avril. Les tarifs réglementés d’électricité ont baissé de 15 % en février, tandis que le pétrole Brent a chuté de 22 % entre janvier et mai (hausse de production de l’OPEP+, anticipations de demande plus faible). Cette baisse de l’énergie irrigue toute l’économie : les services restent stables (+0,1 %), les produits manufacturés reculent légèrement (-0,2 %).
Seule exception : l’alimentation, tirée par la « taxe soda » (mars 2025) et les sécheresses au Brésil et en Afrique de l’Ouest qui font grimper le chocolat (+15,7 %) et le café (+10,5 %).
Cette divergence pose une question essentielle : avec une inflation à 0,9 %, la politique de la BCE (basée sur une moyenne européenne de 2,3 %) est-elle encore adaptée à la France ? Des taux plus bas stimuleraient l’économie hexagonale, mais l’euro unique impose une stratégie commune. Ce décalage ravive le débat sur les limites d’une politique monétaire unique face à des réalités nationales si différentes.
La France dans une crise budgétaire sans précédent
L’année 2025 restera marquée par l’aggravation spectaculaire de la situation budgétaire française. Avec un déficit public atteignant 6,3 % du PIB selon Moody’s et une dette publique grimpant à 115 % du PIB, estimée à 121 % en 2028, la France se trouve dans une spirale inquiétante. Le retour sous la barre des 3 % de déficit imposée par Bruxelles est désormais repoussé à 2029.
En octobre 2025, l’agence S&P a abaissé la note de la France de AA- à A+, rejoignant Fitch qui avait procédé à la même dégradation un mois plus tôt. Ces dégradations successives reflètent la défiance croissante des investisseurs. Comme conséquence immédiate, les taux d’emprunt français s’envolent à 3,47 % en janvier 2025, contre des taux bien plus bas pour ses voisins européens. Avec 54,2 % de la dette détenue par des investisseurs étrangers, la France est désormais très vulnérable.
Le budget 2025 illustre l’impasse : 545 milliards d’euros de recettes face à 686 milliards de dépenses, soit un déficit de 141 milliards. La Défense bondit de 27,5 % et passe devant l’Enseignement scolaire, tandis que la Recherche, l’Écologie, l’Emploi et la Justice subissent des coupes drastiques. La charge de la dette absorbe 56 milliards d’euros, soit 6,6 % du budget.
La mécanique est implacable. L’État emprunte pour financer ses dépenses courantes sans investir dans la croissance. En effet, la France a une croissance à 1 % au lieu des 1,4 % espérés, qui réduit encore les marges de manœuvre. En 18 mois, la dette a progressé de 300 milliards d’euros. Sans cap stratégique clair, l’équation budgétaire semble insoluble.
Prix Nobel d’économie 2025 : la France à l’honneur
Le prix Nobel d’économie 2025 a consacré trois économistes pour leurs travaux sur les moteurs de la croissance. Joel Mokyr a reçu la moitié du prix, tandis que Philippe Aghion et Peter Howitt se partagent l’autre moitié.
Ce prix a une forte coloration française puisque Philippe Aghion, grande figure de l’économie française contemporaine et professeur au Collège de France et à l’École d’économie de Paris, devient ainsi le cinquième Français distingué par ce prix prestigieux.
Philippe Aghion et Peter Howitt ont révolutionné la théorie de la croissance en plaçant l’innovation au cœur de leur modèle, inspiré des idées de Schumpeter. Selon eux, chaque innovation rend la technologie précédente obsolète et la croissance progresse par sauts discontinus. De plus, les brevets incitent à innover en offrant un monopole temporaire, mais la concurrence limite ce pouvoir et pousse à l’innovation suivante.
Joel Mokyr montre quant à lui que le progrès technologique dépend des institutions et de la culture qui favorisent la production et la diffusion du savoir. L’Europe s’est singularisée par une communauté scientifique transnationale où les idées circulaient librement, et une fragmentation politique qui empêchait toute orthodoxie de s’imposer.
La montée en puissance de l’industrie de l’armement en Europe
En 2025, l’industrie européenne de l’armement connaît une montée en puissance rapide, portée par la hausse des budgets de défense et par la guerre en Ukraine, qui a mis en lumière l’ampleur des besoins en matériels, munitions et systèmes modernes.
Entre 2020 et 2024, les importations d’armes vers les États européens ont ainsi bondi d’environ 94 % par rapport à 2015‑2019, tandis que les dépenses militaires ont progressé d’environ 30 %. Pour accompagner ce réarmement, l’Union européenne met en place une véritable politique industrielle de défense, combinant Fonds européen de défense pour la R&D (recherche et développement), programmes d’achats conjoints et dispositifs spécifiques pour accroître la production de munitions et de missiles, avec l’objectif de réduire la dépendance vis‑à‑vis des États‑Unis et de mieux coordonner les capacités des États membres.
Dans ce paysage en recomposition, la France occupe une position centrale, elle représente environ 11 % des exportations mondiales d’armement sur 2020‑2024, ce qui en fait le deuxième exportateur mondial derrière les États‑Unis et le premier en Europe, portée par des groupes comme Dassault, Thales, MBDA ou Naval Group et par des contrats majeurs avec l’Inde, le Qatar ou la Grèce. La montée en puissance de l’armement en Europe est donc indissociable du rôle français, qui combine un appareil productif puissant, une base technologique de haut niveau et une diplomatie de défense active.