Inégalités mondiales : les démocraties menacées ?

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Le nouveau rapport d’Oxfam dresse un constat sans précédent sur l’état des inégalités mondiales. Intitulé « Résister au règne des plus riches », il dénonce l’accaparement du pouvoir politique par une élite financière dont la fortune atteint désormais des sommets historiques, alors même que la pauvreté stagne et que l’insécurité alimentaire progresse.

Rapport d’Oxfam : le monde face au règne des ultra-riches

L’année 2025 restera comme celle de tous les records pour l’élite financière. La fortune des milliardaires a bondi de 16 %, atteignant le sommet historique de 18 300 milliards de dollars. Cette accélération est trois fois plus rapide que la moyenne des années précédentes, illustrant une déconnexion brutale avec la réalité du plus grand nombre.

Le fossé vertigineux de la richesse en France

Cette inégalité mondiale, bien que variable selon les régions, persiste et s’accentue même dans les pays historiquement attachés aux droits sociaux. C’est le cas de la France, où le rapport révèle un chiffre frappant : les 53 milliardaires du pays sont désormais plus riches que 32 millions de Français réunis, soit près de la moitié de la population.

Pour Oxfam, cette concentration record des richesses serait en grande partie imputable à la politique menée par Emmanuel Macron. Ce bond spectaculaire depuis 2017 intervient dans un contexte social tendu, marqué par un niveau de pauvreté qui a atteint 15,4 % en 2023 selon l’INSEE, soit son plus haut niveau depuis 30 ans.

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Un risque d’érosion de la démocratie au regard des inégalités grandissantes

Cette concentration économique semble intrinsèquement liée à une concentration politique. Le rapport souligne un chiffre impressionnant : les milliardaires ont aujourd’hui 4 000 fois plus de chances d’occuper un poste politique qu’un citoyen ordinaire.

Pour Amitabh Behar, directeur général d’Oxfam, ce fossé crée un « déficit politique grave et insoutenable » qui dénature la représentation citoyenne.

Le sentiment de dépossession démocratique est d’ailleurs largement partagé à l’échelle du globe. Selon l’enquête World Values Survey menée dans 66 pays, près de la moitié des personnes interrogées estiment que les plus riches « achètent » régulièrement les élections dans leur pays. Le rapport établit un lien de cause à effet inquiétant : le risque de recul démocratique est sept fois plus élevé dans les pays où les inégalités sont les plus fortes.

La mainmise sur les cercles du pouvoir et l’information

Cette influence se manifeste par une proximité de plus en plus étroite entre les élites financières et les chefs d’État. On peut citer l’exemple d’Elon Musk, l’homme le plus riche du monde, dont la proximité affichée avec le président de la première puissance économique mondiale, Donald Trump, illustre parfaitement cette confusion des genres entre intérêts privés et décisions publiques.

Au-delà de la politique directe, cette emprise est verrouillée par un contrôle massif du paysage médiatique. Aujourd’hui, les milliardaires possèdent plus de la moitié des plus grands médias mondiaux et les principaux réseaux sociaux, façonnant ainsi l’opinion publique au gré de leurs intérêts.

Les exemples sont nombreux : le rachat du Washington Post par Jeff Bezos, celui de Twitter/X par Elon Musk, ou encore l’acquisition du Los Angeles Times par Patrick Soon-Shiong.

En France, cette tendance est particulièrement marquée, avec entre autres Vincent Bolloré, qui contrôle désormais CNews, transformant la chaîne de télévision en un levier idéologique puissant. Cette mainmise sur l’information constitue, selon Oxfam, un frein majeur à toute velléité de réforme fiscale ou sociale.

Rapport d’Oxfam : une méthodologie critiquée

Bien que les chiffres d’Oxfam soient particulièrement marquants, ils font parfois l’objet de réserves quant aux méthodes utilisées pour les obtenir. En effet, dans une analyse critique publiée par L’Express, un collectif d’économistes et d’universitaires soulignent certains partis pris de l’ONG.

Le premier point de friction concerne la définition de la pauvreté. Oxfam s’appuie sur la « richesse nette », c’est-à-dire le patrimoine moins les dettes. Or, cette méthode aboutit à des résultats parfois absurdes : elle considère qu’un étudiant de Harvard ayant contracté un prêt de 200 000 dollars est plus « pauvre » qu’un paysan burundais sans dette. Selon ce calcul, le simple accès au crédit transformerait statistiquement des millions d’Occidentaux en précaires mondiaux, faussant ainsi la perception réelle de la détresse économique.

Une autre critique porte sur la confusion entre « stock » de patrimoine et « flux » de revenus. Oxfam traite la valeur des actions boursières comme de l’argent liquide disponible. Les économistes rappellent qu’il s’agit d’une richesse virtuelle : taxer ces « plus-values latentes » forcerait les dirigeants à brader leurs parts, ce qui pourrait déstabiliser les entreprises et freiner l’investissement, sans pour autant garantir une amélioration du sort des plus démunis.

Enfin, le collectif reproche à l’ONG d’ignorer certaines disparités de pouvoir d’achat. En exprimant tout en dollars sans ajuster les prix selon les pays, Oxfam occulterait la réduction de la pauvreté sur le long terme. En effet, parallèlement à l’enrichissement des milliardaires, l’extrême pauvreté mondiale a massivement reculé ces quarante dernières années grâce à la mondialisation.

Les discussions concernant ces choix méthodologiques (par ailleurs défendus par Oxfam dans leur droit de réponse) doit amener le lecteur à toujours mettre en perspective les résultats et analyses des différents experts et institutions.