Dépenses publiques : une hausse très hétérogène

la finance pour tous

En 2024, les retraites et la santé ont influencé grandement la hausse des dépenses publiques, selon un article de l’Insee publié en février 2026. Avec une progression de 4,0 % en valeur, la dépense publique croît plus rapidement que la richesse nationale (+3,3 %), maintenant son poids à 57 % du PIB.

Les composantes d’une dépense publique à deux vitesses

L’évolution récente des dépenses publiques montre des trajectoires divergentes selon les fonctions de l’État. La hausse de 2024 est presque intégralement portée par des dépenses « passives » ou de fonctionnement.

Evolution des dépenses des administrations publiques

La protection sociale reste le premier poste budgétaire (41 % du total) et contribue à elle seule pour 2,2 points à la hausse globale. Ce bond de 35 milliards d’euros s’explique principalement par le mécanisme des retraites : l’inflation passée a forcé une revalorisation des pensions de 5,3 % en janvier 2024. De même, la santé voit ses coûts augmenter de 11 milliards d’euros, tirée par la hausse des volumes de soins et la revalorisation des salaires hospitaliers.

À l’inverse, les dépenses liées aux affaires économiques connaissent un reflux marqué de 0,7 point de pourcentage soit 12 milliards d’euros. Cette baisse ne traduit cependant pas une meilleure gestion, mais simplement la suppression des aides exceptionnelles liées à la crise énergétique, comme le bouclier tarifaire sur l’électricité. En somme, les économies réalisées sur l’urgence ont été immédiatement absorbées par l’inertie du système social et l’indexation sur les prix.

Parallèlement, certains choix régaliens s’affirment, notamment avec une hausse des dépenses de défense (+0,2 point de contribution) inscrite dans un effort de réarmement depuis 2021.

La soutenabilité de la dette : un défi de crédibilité

Cette étude de l’Insee doit être considérée dans une perspective plus générale de la dette publique. Celle-ci, atteignait 117,4 % du PIB fin 2025, et ne peut être considérée comme soutenable que si elle peut être stabilisée (en pourcentage du PIB).

Or, l’équation de stabilisation devient complexe en 2024. D’un côté, le déficit primaire tend à croître structurellement. S’ajoute une augmentation de la charge de la dette (+13,8 % en un an) via la hausse des taux d’intérêt et les remboursements des emprunts passés. Pour stabiliser le ratio d’endettement, la France doit donc dégager un déficit très faible (inférieur à la croissance du PIB), voire un excédent. Cette stabilisation est donc pour l’instant tout à fait hors de portée.

À lire aussi sur notre site

La dette publiqueLa dette publique évolue constamment au rythme des remboursements d’emprunts effectués par l’État et les...

Quelles perspectives pour assurer l’avenir ?

Plusieurs leviers existent pour garantir que la France ne perde pas le contrôle de son endettement, et puisse ainsi soutenir ses dépenses publiques. Compter sur une croissance plus forte reste la solution idéale, mais nécessite de profondes réformes économiques et des investissements massifs.

Miser sur l’inflation pour faire baisser le poids réel de la dette est une solution, mais a un prix économique fort pour les entreprises et les ménages. De plus, une inflation structurelle a toutes les chances d’être, sur le long terme, anticipée par les acteurs, ce qui neutraliserait ses effets positifs.

À lire aussi sur notre site

Enjeux des dépenses publiques [16/17] : recettes en baisse, dépenses en hausse… une équation impossible ?Le traitement des enjeux économiques et les partis pris de l’essai reflète la pensée de...

Le levier fiscal semble également saturé, le taux de prélèvements obligatoires en France étant déjà l’un des plus élevés au monde. Dans le dernier baromètre de l’Institut Paul Delouvrier, 59 % des Français préfèrent baisser les impôts, quitte à dégrader les services publics.

Dès lors, la maîtrise des dépenses publiques apparaît comme la seule voie pérenne, malgré ses conséquences à court terme sur la croissance et son impopularité politique. Sans une réforme de structure visant à ralentir la progression des dépenses, les charges d’intérêts (qui atteint désormais 60 milliards d’euros par an) risquent d’étouffer définitivement toute capacité d’investissement dans la transition écologique, l’éducation ou la défense.