La dette publique

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La dette publique correspond à l’ensemble des engagements financiers pris sous forme d’emprunts par l’État, les collectivités publiques et les organismes qui en dépendent directement. 

La dette publique évolue constamment au rythme des remboursements d’emprunts effectués par l’État et les administrations publiques et des nouveaux emprunts qu’ils contractent pour financer leurs déficits.

Si le déficit est un flux, la dette est un stock

Les ressources sont constituées par les impôts, les taxes, et autres recettes non fiscales (par les dividendes des entreprises dont l’État est actionnaire).

Les dépenses intègrent non seulement les dépenses courantes de fonctionnement (salaires, achats de fournitures et de services…), les opérations de redistributions (aides, bourses, minimas sociaux…) mais aussi les investissements (travaux d’équipement, acquisitions immobilières et mobilières des collectivités locales…) et les dépenses en capital (charges de la dette des différentes administrations publiques par exemple).

Répartition de la dette par administrations publiques

À la fin du troisième trimestre 2020, la dette publique s’établit à 2 674,3 milliards d’euros. Comme le montre le graphique ci-dessus, 79 % de la dette publique provient de l’État. Si l’on ajoute les autres organismes d’administration centrale, le total de l’État représente 81 %.
Les organismes de Sécurité sociale et les administrations publiques locales (collectivités territoriales) représentent respectivement 10,7 % et 8,1 % de la dette publique. L’État seul accumule 2 107,3 milliards d’euros de dette à cette date.
Rappelons que les critères européens exigent que la dette publique des pays membres ne dépasse pas la norme de 60 % du PIB (alors qu’elle est de 116 % du PIB en France).

La crise du Covid-19 a entraîné un fort accroissement de l’endettement public en France.

Pour rembourser la part de sa dette arrivant à échéance, L’État emprunte de l’argent sur les marchés financiers notamment par le biais d’obligations du Trésor (OAT) pour financer son déficit. L’argent nécessaire pour couvrir ces besoins est appelé besoin de financement. En 2021, le besoin de financement de l’État est anticipé à 282,3 milliards d’euros (pour financer le déficit et refinancer la dette arrivée à maturité). C’est l’Agence France Trésor (AFT) qui gère la dette de l’État.

Mesurer l’endettement public

Pour mesurer la dette publique, on la rapporte au produit intérieur brut (PIB). Ainsi, on peut comparer la dette publique à la taille de l’économie.

Dette au sens de Maastricht des administrations publiques

Qui détient la dette publique ? 

À la différence des entreprises ou des ménages, les collectivités publiques ne financent pas leur dette principalement en faisant appel à du crédit bancaire mais en émettant des titres financiers (surtout des obligations) sur les marchés financiers.

Une forme d’endettement spécifique

Contrairement aux particuliers, les organismes publics, lorsqu’ils s’endettent, ne remboursent à chaque échéance que les intérêts, car ils émettent des obligations.

S’il émet une OAT à 10 ans, l’État remboursera les intérêts (par exemple 0,5 % du montant de l’obligation émise) chaque année ou chaque semestre pendant 10 ans, mais remboursera le capital en une seule fois, à l’échéance. Pour cela il se réendettera. En période d’intérêts très faibles, il semble facile de s’endetter, puisque cela ne coûte rien et parfois même rapporte (intérêts négatifs). Mais à l’échéance il faudra se réendetter pour le même montant et si les taux d’intérêt ont monté fortement, cela pourra devenir difficile pour l’Etat et son budget de faire face à la charge de la dette (coût des emprunts). 

Pour financer la dette publique, l’État émet des titres de créances négociables sur les marchés financiers sur une durée plus ou moins longue. Cela va des Bons du Trésor à taux fixe (BTF) aux Bons du Trésor à intérêt annuels (BTAN) en passant par les Obligations Assimilables du Trésor (OAT) qui constituent la forme privilégiée du financement à long terme de l’État (échéances pouvant dépasser dix ans).

Les non-résidents sont les principaux détenteurs de la dette publique française

Qui détient la dette de l'état

Selon les chiffres publiés par l’Agence France Trésor (AFT), parmi les détenteurs de la dette publique, on trouve 51 % de non-résidents (juin 2020) tous titres de créances négociables confondus (BTF, BTAN, OAT) émis par l’État. Une proportion en hausse sensible depuis la fin du XXème siècle (en 1993, seul un tiers de la dette publique française était détenu par des non-résidents), mais en baisse par rapport à 2009 (67 %).
Pour l’essentiel il s’agit d’investisseurs institutionnels (fonds de pensions et fonds d’assurance notamment), mais aussi de fonds d’investissements souverains, de banques, voire de fonds spéculatifs. La situation française ne diffère pas fondamentalement de celle des autres pays européens. En 2016, presque la moitié de la dette publique allemande était détenue par des non-résidents, une proportion similaire à celle de l’Espagne. A Malte, seulement 10 % de la dette publique était (en 2016) détenue par des non-résidents, contre 80 % à Chypre (la proportion la plus élevée en Europe).

Les particuliers, détenteurs indirects de la dette publique française

Ce sont d’ailleurs également des banques et des investisseurs institutionnels que l’on retrouve parmi les principaux détenteurs résidents de la dette publique française.
L’État français emprunte donc environ un tiers de sa dette auprès des banques et des sociétés financières nationales. 17 % de la dette publique est détenue par des compagnies d’assurance, qui « achètent » des titres de dette française pour les placements d’assurance-vie. Les particuliers sont donc indirectement détenteurs d’une partie significative de la dette publique française. Les banques françaises en détiennent environ 7 %.

    66 commentaires sur “La dette publique”
      1. Bonjour,

        On considère généralement que les investisseurs non-résidents sont moins « captifs » que les résidents. Moins « attachés » à leurs investissements, ils ont, en effet, tendance à être les premiers à vendre leurs titres en cas de crise ou d’incertitudes économiques, ce qui peut rendre le financement public plus instable.

        Meilleures salutations,

        L’Equipe de Lafinancepourtous.com

    1. Bonjour,
      Vous écrivez qu’on mesure la dette publique par rapport au PIB car la dette est un stock et que le PIB représente le montant de la taille de l’économie.
      Je me pose des questions sur la pertinence de cette comparaison car la dette est certes un stock mais le PIB, richesse totale produite en une année par les acteurs économiques du pays me paraît plus être un flux.

      Ne serait-il pas mieux de comparer la dette publique au patrimoine de l’Etat ou pour extrapoler, de la comparer à l’ensemble des actifs détenus par les français ?

      Egalement, avez-vous des chiffres sur l’évolution de la part du coût de la dette dans les dépenses publiques ? Ce pourcentage augmente-t-il beaucoup en Europe et en France ?

      Merci pour votre article.

      1. Bonjour,
        Vous avez effectivement raison : une autre manière, sous doute plus pertinente, d’exprimer la dette publique serait de la comparer au patrimoine de l’Etat et en particulier à son actif. La comparaison au PIB s’est toutefois imposée dans le débat public et il est devenu d’usage d’exprimer le stock de dette en fonction des richesses créées au cours d’une année. On peut d’ailleurs remarquer que le taux d’endettement des ménages fait également référence aux revenus de ces derniers.
        Par ailleurs, bien que les montants de dette publique aient fortement augmenté depuis l’irruption de la pandémie de Covid-19, le service de la dette n’a pas particulièrement augmenté. En France, par exemple, il est même au plus bas depuis de nombreuses années (0,8% du PIB), notamment grâce à la faiblesse des taux d’intérêt (ces derniers sont d’ailleurs négatifs pour certaines échéances).
        Meilleures salutations,
        L’Equipe de Lafinancepourtous.com

    2. J’ai lu que la charge de la dette etait de 36 millards, et que l’AMORTISSEMENTde la dette à MOYEN et LONG TERMES etait de 118 millards. Que signifie « amortissement à moyen et long terme » dont le montant n’a rien à voir avec le montant de la dette ? Merci de vos éclaircissements.

      1. Bonjour,
        Ce sont effectivement les données telles qu’on peut les trouver dans la loi de finances 2021 (https://www.aft.gouv.fr/fr/budget-etat). La charge budgétaire de la dette d’un montant de 36,2 milliards d’euros désigne les intérêts versés par l’Etat au cours de l’année 2021, tandis que l’amortissement de la dette à moyen et long terme d’un montant de 128,1 milliards d’euros correspond au remboursement des emprunts arrivant à échéance en 2021.
        Meilleures salutations,
        L’Equipe de Lafinancepourtous.com

    3. Bonjour,
      Pourquoi la charge de la dette est-elle un des plus gros postes de dépenses des pouvoirs publics alors que les taux d’intérêt sont bas voire négatifs ? Est-ce parce qu’on continue de payer les anciens taux d’intérêts (plus élevés) des prêts contractés il y a longtemps ?

      Merci d’avance

      1. Bonjour,
        La durée de vie moyenne de la dette négociable française est d’environ 8 années, ce qui signifie que certains emprunts ont été contractés alors que les taux n’étaient pas aussi bas qu’à l’heure actuelle. De plus, même si l’on ne considère que la période récente, il convient de constater que tous les taux d’intérêt ne sont pas négatifs. Seuls les emprunts à court et moyen terme disposent de taux d’intérêt négatifs. Vous trouverez des données supplémentaires sur la dette publique, sa durée de vie moyenne et les taux d’intérêt sur le site de l’Agence France Trésor : https://www.aft.gouv.fr/fr/principaux-chiffres-dette.
        Meilleures salutations,
        L’Equipe de Lafinancepourtous.com

    4. Bonjour, j’ai un devoir à faire sur la dette dans le cadre des théories modernes relatives au role de l’Etat. Avez vous des pistes, des idées ou meme une problématique qui pourrait etre interssantes pour ce sujet?
      Merci

      1. Bonjour,

        Il s’agit d’un thème intéressant mais particulièrement vaste ! Pour le circonscrire, nous vous conseillons de consulter les deux premiers chapitres de L’Etat-providence de François-Xavier Merrien, ainsi que l’ouvrage Le rôle de l’Etat. Fondements et réformes de Maya Bacache-Beauvallet et Florian Mayneris.

        Meilleures salutations,

        L’Equipe de Lafinancepourtous.com

      1. Bonjour,
        La Banque centrale européenne (BCE) rachète des titres, des obligations d’Etat, sur le marché secondaire en créant de la monnaie banque centrale. Pour davantage de détails, nous vous renvoyons à notre infographie consacrée à ce programme d’achats de titres : https://www.lafinancepourtous.com/decryptages/crises-economiques/crise-economique-covid-19/la-dette-publique-et-la-politique-de-la-bce-face-a-la-pandemie-de-covid-19/
        Meilleures salutations,
        L’Equipe de Lafinancepourtous.com

    5. Je crois que la banque centrale européenne a racheté une partie de la dette de la France. Qu’est ce que cela signifie ? Quels en sont les avantages ? Les risques et les limites ?

      1. Bonjour,
        La Banque centrale européenne a la possibilité, via son programme d’achats d’actifs appelé « Pandemic Emergency Purchase Programme », d’acheter sur le marché secondaire des obligations émises par les pays de la zone euro. Ces rachats de titres ont notamment pour but de stimuler le cours des actifs (via l’injection de liquidités et des rachats de titres) et de faire baisser les taux auxquels s’endettent les Etats. Cela permet en retour à ces derniers de prendre des mesures de soutien de l’économie. Les programmes de rachats d’actifs menés par les Banques centrales peuvent, toutefois, comporter certains risques. Tout d’abord, s’ils étaient permanents, ces programmes pourraient déstabiliser les économies en contribuant à une hausse excessive du prix des actifs (phénomènes de bulles) et à des taux d’intérêt particulièrement faibles. En outre, il est important pour les Banques centrales de cesser ce type de programmes lorsque les conditions économiques s’améliorent. Dans le cas contraire, elles n’auraient pas les moyens de lutter contre une nouvelle crise ou récession. Enfin, certains économistes craignent que ces assouplissements quantitatifs ne débouchent sur un retour de l’inflation, ce que nous ne constatons pas, pour le moment du moins.
        Meilleures salutations,
        L’Equipe de Lafinancepourtous.com

    6. bonjour
      quelles sont les problémes liés aux modes de financement par l endettements publique
      et comment les gouvernements peuvent ils determiner leur politique optimales s ils optent pour financement par l endettement
      et merci d avance

      1. Bonjour,
        Lorsqu’il devient excessif, l’endettement public peut présenter des risques inflationniste et de change. Il peut également remettre en cause la soutenabilité des finances publiques. L’insoutenabilité des finances publiques renvoie à une situation où l’Etat ne peut plus assurer ses dépenses et se retrouve incapable, en particulier, de payer les intérêts de sa dette, appelés le service de la dette. Lorsque c’est le cas, l’Etat doit se résoudre à augmenter les impôts et/ou à faire défaut, au moins partiellement, sur sa dette. Etant donné que la dette de l’Etat est largement détenue par des établissements bancaires, un défaut pourrait provoquer une crise bancaire. Dans la pratique, il est, toutefois, très difficile d’évaluer précisément le seuil à partir duquel l’endettement public devient excessif. Par exemple, la dette publique atteint actuellement près de 230 % du PIB au Japon, sans que cela ne pose de problème de soutenabilité. A contrario, un endettement public de « seulement » 125 % du PIB en Grèce en 2009 a débouché sur une crise d’une profonde intensité.
        Meilleures salutations,
        L’Equipe de Lafinancepourtous.com

        1. « Lorsqu’il devient excessif, l’endettement public peut présenter des risques inflationniste et de change. »
          Pourquoi ? Cela serait il dû à une baisse de la valeur de l’euro ? Cela concernerait il tous les pays qui font partie de la zone euro ?
          En Europe nous en sommes loin car il n’y a pas d’inflation.

          1. Bonjour,
            Le commentaire ci-dessus avait une portée générale et n’était pas spécifiquement adressé à la zone euro, où la situation est effectivement quelque peu différente. Malgré les déséquilibres des comptes publics et la politique monétaire expansionniste menée par la Banque centrale européenne, l’inflation demeure en-dessous de l’objectif de 2 %. Par ailleurs, l’euro suit actuellement plutôt une tendance haussière, notamment face au dollar, comme nous l’expliquons dans l’article suivant : https://www.lafinancepourtous.com/2020/09/22/lappreciation-de-leuro-et-ses-consequences/.
            Meilleures salutations,
            L’Equipe de Lafinancepourtous.com

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