Le déficit public

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Le déficit public correspond à un solde annuel négatif du budget des administrations publiques. Les dépenses sont alors supérieures aux ressources. À l’inverse, si les ressources étaient supérieures aux dépenses, on parlerait d’excédent public. 

Les ressources sont constituées par les impôts, les taxes, et autres recettes non fiscales (notamment les revenus du patrimoine et les revenus de l’activité industrielle et commerciale de l’État). Les dépenses intègrent non seulement les dépenses courantes de fonctionnement (salaires, achats de fournitures et de services…) et les opérations de redistribution, mais aussi les investissements et les dépenses en capital (investissement et transferts en capital).

Il ne faut pas confondre « déficit » et « dette ». Un déficit concerne une année alors qu’une dette est une accumulation de déficits sur plusieurs années. Le déficit est un flux et la dette est un stock. 

Déficit public : les critères européens 

Depuis 1974, les administrations publiques françaises affichent chaque année un déficit. La France essaye de réduire son déficit public depuis plusieurs années. Entre 2012 et 2018, le déficit est passé de 104 milliards d’euros à 54,1 milliards d’euros, soit une réduction de près de 48 %. En 2019, la tendance à la réduction des déficits publics s’est arrêtée : le déficit s’élevait alors à 73 milliards d’euros. La crise liée à la pandémie de Covid-19 a provoqué un fort accroissement du déficit public : il a, en effet, atteint 211,5 milliards d’euros en 2020.

Déficit public

Le déficit public concerne principalement l’État, la plupart des autres administrations publiques ayant atteint l’équilibre budgétaire.

Selon le pacte de stabilité et de croissance adopté en 1997 par les chefs d’État et de gouvernement européens, le déficit ne doit pas dépasser 3 % du PIB pour l’ensemble des administrations publiques (cette règle est cependant flexible en fonction des situations spécifiques de chaque pays).

Déficit au sens de Maastricht des administrations publiques

Depuis 2009, la France s’est efforcé de réduire son déficit public. En 2019, le déficit public s’élève à près de 73 milliards d’euros. Cela représente 3 % du PIB, soit tout juste la limite fixée par les traités européens. La pandémie de Covid-19 est venue mettre un terme brutal à cette tendance.

Déficit public : problèmes et débats

Critères du traité de Maastricht et pacte de stabilité

Le Traité de Maastricht a fixé dès 1992 des critères stricts de discipline budgétaire aux États signataires, comme condition de leur entrée dans la zone Euro. Les déficits des administrations publiques devaient être en dessous du seuil de 3 % du PIB et la dette publique inférieure à 60 % du PIB.

La limite de 3 % a été confirmée comme une règle centrale de coordination des politiques économiques de l’Union dans le cadre du Pacte de stabilité et de croissance de 1997. L’objectif est d’éviter de voir tel ou tel pays utiliser son appartenance à l’euro pour laisser filer ses déficits publics sans en payer le prix, pénalisant ainsi l’ensemble de la zone.

En second lieu, face à un choc économique, le levier principal pour sortir de la crise réside dans la capacité de chaque État à conduire une politique budgétaire active (puisqu’il n’y a pas de budget européen substantiel et que la main d’œuvre est faiblement mobile entre les pays). Pour ce faire, le déficit doit être réduit ou annulé durant les périodes de croissance. La limite des 3 % ne pouvant en principe être transgressée qu’en cas de récession exceptionnellement forte.

Plus généralement, les règles de discipline budgétaire sont souvent justifiées par deux arguments :

  • en cas de déficit excessif ; les administrations publiques captent l’épargne au détriment du financement des entreprises privées (ce que l’on appelle « l’effet d’éviction »).
  • si les ménages considèrent que les déficits font les hausses d’impôts futurs : sous cette hypothèse, ils réagissent en diminuant leur consommation pour constituer une épargne de précaution ce qui pénalise la croissance.

Il reste que le Pacte de stabilité est difficilement applicable et insuffisant pour favoriser la croissance économique de la zone Euro. Il n’a pas su, en particulier, prévenir la crise des dettes publiques en 2010-2012.

Les politiques budgétaires nationales mises en œuvre face à la crise des subprimes de 2008 ont fait exploser les déficits largement au-delà de la règle des 3 %. De plus, de nombreux économistes, souvent d’inspiration keynésienne critiquent ces seuils de déficit et de dette car ils empêchent les États de mener des politiques budgétaires actives.

Déficit élevé au cours des décennies passées : la France mauvaise élève ?

Durant les dernières décennies, la tendance aux déficits publics dans les pays de l’Union Européenne résulte principalement de deux facteurs. D’une part, la concurrence fiscale entre les États limite leur capacité à lever des impôts. D’autre part, l’augmentation des dépenses sociales a été forte, notamment du fait du vieillissement de la population, du chômage et de la permanence des problèmes de pauvreté et d’exclusion sociale.

La situation des différents États de l’Union a, toutefois, été différente selon leur modèle de croissance, leurs structures productives, leur taille, et les politiques économiques suivies.

Certains petits pays ont pu notamment utiliser la compétition fiscale sans pénaliser la situation de leurs finances publiques. Dans ce contexte, la France a pour sa part connu un déficit permanent de ses finances publiques depuis l’année 1981.

Les effets de la crise sur les finances publiques

Face à la crise financière et bancaire et à l’effondrement des dépenses privées au quatrième trimestre 2008, les gouvernements ont mis en place des aides publiques massives pour les banques et des politiques budgétaires de soutien de l’activité économique. Il en est résulté une explosion des déficits publics qui ont atteint dans de nombreux pays des niveaux record.

Cette situation a perduré dans les nombreux pays (notamment la Grèce et l’Italie) où la croissance, toujours faible, n’engendre pas une reprise de la hausse des ressources publiques.

Déficit public : situation actuelle

Cependant, depuis 2015-2016, la situation s’est améliorée dans la plupart des pays européens les plus durement frappés par la crise entre 2008 et 2013 (à l’exception de la Grèce qui reste dans une situation très délicate).

Par exemple, l’Espagne a connu un rebond de sa croissance depuis 2015. L’Irlande, elle aussi durement touchée par l’éclatement d’une bulle immobilière en 2008, a depuis largement rebondi avec une croissance supérieure à 5 % depuis 2014 (bien que cette croissance soit en partie liée à des spécificités fiscales de l’Irlande qui poussent artificiellement les chiffres de la croissance à la hausse).

Le poids de la dépense publique, qui a atteint en France 56 % du PIB en 2018, est régulièrement pointé du doigt et plusieurs économistes appellent à une baisse à la fois de la dépense publique et de la pression fiscale. Par exemple, une étude de France Stratégie de mai 2018 intitulée « Baisser le poids des dépenses publiques : les leçons de l’expérience des pays européens » indique que, au cours des vingt dernières années, 21 des 27 pays de l’Union Européenne ont réduit le montant des dépenses publiques de 3 points de PIB.

L’exemple emblématique est celui de la Suède, dont la dépense publique totale est passée de 62 % du PIB en 1995 à 48 % en 2018 avec, dans le même temps, le maintien de régimes de protection sociale efficaces.

    28 commentaires sur “Le déficit public”
    1. Bonjour ! Pouvez-vous m’expliquer cette pensée : Des déficits combattent la récession pour redémarrer l économie mondiale.

      1. Bonjour,

        En creusant leurs comptes publics, les Etats contribuent à lutter contre les effets négatifs d’une récession et à atténuer la baisse du produit intérieur brut. En complément, vous pouvez consulter notre article sur les politiques de relance, disponible à l’adresse suivante : https://www.lafinancepourtous.com/decryptages/politiques-economiques/theories-economiques/relance/.

        Meilleures salutations,

        L’Equipe de Lafinancepourtous.com

      1. Bonjour,

        En simplifiant quelque peu les choses, on peut distinguer deux grandes approches dans l’analyse économique concernant le déficit public. Dans la première, héritée de la pensée de J. M. Keynes, le déficit public peut être bénéfique, notamment en période de crise, car il permet de stimuler l’activité économique grâce à un effet multiplicateur : dans cette approche, une augmentation des dépenses publiques entraine une hausse plus que proportionnelle du revenu national (voir l’article consacré au multiplicateur budgétaire : https://www.lafinancepourtous.com/decryptages/politiques-economiques/theories-economiques/multiplicateur-budgetaire/). Dans la seconde approche, dite « classique » ou « néo-classique », un déficit public n’est ni efficace, ni souhaitable, notamment parce qu’il provoque un effet d’éviction, c’est-à-dire la hausse du taux d’intérêt suite à la hausse du déficit public, ce qui déprime l’investissement privé, et génère des effets « ricardiens ». L’équivalence ricardienne prédit que la demande globale n’augmentera pas suite à un accroissement des dépenses publiques, puisque les ménages anticipent une hausse future des impôts et épargnent donc davantage.

        Meilleures salutations,

        L’Equipe de Lafinancepourtous.com

      1. Bonjour,

        Au cours de l’année 2020, le déficit public a atteint en France près de 9,2 % du produit intérieur brut (PIB). Cette dégradation du solde budgétaire s’explique principalement par deux facteurs : l’Etat a, d’une part, augmenté ses dépenses afin de soutenir l’économie. Certaines recettes fiscales de l’Etat ont, d’autre part, diminué du fait de la récession actuelle. Autrement dit, la dépense publique a, dans une certaine mesure, permis de pallier le recul de la dépense privée en 2020 et donc d’atténuer les conséquences négatives de la crise d’une ampleur sans précédent que la France a traversée. L’évolution de cette politique dépendra notamment des conditions de reprise de l’activité économique, ainsi que de l’évolution des modalités d’emprunt auxquelles fait face l’Etat.

        Meilleures salutations,

        L’Equipe de Lafinancepourtous.com

    2. Bonjour, pour mon exposé je cherche à connaître l’impact qu’a eu la politique publique sur le déficit entre 1997 et 2000.
      Quelles sont les politiques qui ont eu des effets (positifs ou négatifs) sur le déficit.

      Merci

      1. Bonjour,

        Les années 1997 à 2000 se caractérisent par une forte croissance économique et une réduction des déficits publics en France. Plus précisément, alors que le déficit public atteint 3,7 % du PIB en 1997, il n’est plus « que » de 1,3 % en 2000, selon les données de l’INSEE. De nombreuses mesures de politique économique impactant les comptes publics ont été mises en œuvre au cours de ces années. Il nous est malheureusement impossible de toutes les détailler ici, mais le chapitre 1 « Une stratégie macroéconomique timide » de l’ouvrage de la Fondation Copernic, Un social libéralisme à la française ? Regards critiques sur la politique économique et sociale de Lionel Jospin (disponible à l’adresse suivante : http://gesd.free.fr/copernic01.pdf) devrait vous aider.

        Meilleures salutations,

        L’Equipe de Lafinancepourtous.com

      1. Bonjour,

        Selon les règles définies dans le Pacte de stabilité et de croissance (qui reprennent certains des « critères de convergence » inscrits dans le traité de Maastricht), le déficit public des Etats membres de la zone euro ne peut pas dépasser 3 % du produit intérieur brut (PIB). Il s’agit via cette règle de limiter les comportements dits de passager clandestin au sein de l’Union monétaire et en particulier d’assurer sa stabilité à long terme.

        Meilleures salutations,

        L’Equipe de Lafinancepourtous.com

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