Si la satisfaction des usagers reste élevée, des dynamiques hétérogènes entre les services publics se dessine, et des tensions de plus en plus vives entre intervention de l’État et impôts apparaissent. Un sujet d’actualité à un mois des élections municipales de 2026.
Des Français globalement satisfaits, mais de plus en plus exigeants
Premier constat : les Français qui utilisent effectivement les services publics en sont majoritairement satisfaits. En moyenne, 75 % des usagers se déclarent satisfaits des neuf services publics étudiés (éducation, santé, sécurité, emploi, justice, environnement, logement, fiscalité, sécurité sociale). Les services fiscaux, la police et la gendarmerie se détachent comme les plus satisfaisants, au contraire de la justice et des services de la lutte contre le chômage.
Ce chiffre, relativement stable dans le temps, masque toutefois un décalage croissant avec l’opinion générale. En effet, lorsqu’on interroge l’ensemble des Français sur leur perception de l’action de l’État, le jugement est nettement plus sévère : seuls 44 % en ont une bonne opinion en moyenne. Autrement dit, les Français sont satisfaits des services à l’usage, mais sont sévères sur l’action générale menée par l’État.
La santé, priorité absolue
Lorsqu’on demande aux Français sur quels domaines l’État devrait concentrer ses efforts en priorité, la santé publique arrive largement en tête, citée par 49 % des répondants, et ce quelle que soit la région. La justice (34 %) et l’éducation nationale (33 %) complètent le podium national. À l’inverse, les transports publics, la culture et la décentralisation figurent en bas du classement des priorités déclarées.
Ces priorités ont changé dans le temps. La santé s’est imposée au cours des quinze dernières années, dépassant la lutte contre le chômage à partir de 2019 (qui, au contraire, s’est effondrée). Depuis vingt ans, on peut également noter la hausse des domaines des forces de sécurité et de la justice, et la baisse de l’éducation nationale dans l’ordre des priorités.
Moins d’impôts ou plus de services publics ?
Le baromètre pose chaque année une question qui touche au cœur du débat sur le rôle de l’État : faut-il diminuer les impôts quitte à réduire les prestations, ou améliorer les services publics quitte à augmenter les prélèvements ? En 2025, 41 % des Français choisissent la seconde option, contre 59 % qui préfèrent une baisse de la fiscalité.
Cette préférence pour les baisses d’impôts n’est certes pas nouvelle, mais n’a que rarement été aussi prégnante (il faut remonter à 2013/2014 pour retrouver une telle inclination). Elle peut sembler cependant contradictoire avec les nombreux discours demandant un renfort des services publics.
Ce résultat cache cependant de profondes lignes de fracture politique. Les sympathisants de droite privilégient la baisse des impôts à 65 %, ceux de la majorité présidentielle à seulement 56 %. Il est intéressant de noter, cependant, que même à gauche, la préférence pour les services publics n’est pas évidente : 58 % pour les sympathisants PS/EELV, et seulement 48 % (!) pour les sympathisants de la France insoumise.
Des fractures sociales et générationnelles
Au-delà des clivages politiques, le baromètre met en lumière d’importantes disparités dans le rapport aux services publics selon l’âge, le sexe et la catégorie socioprofessionnelle. Ces écarts révèlent des réalités vécues très différentes selon les profils.
Les jeunes de moins de 25 ans se distinguent nettement par leur regard plus favorable sur l’action de l’État : 49 % d’entre eux en ont une bonne opinion en moyenne, contre 44 % pour l’ensemble des Français. Ils sont particulièrement satisfaits de l’environnement, du logement et de la sécurité sociale. À l’inverse, les 50-64 ans sont les plus critiques, avec seulement 41 % de bonne opinion en moyenne. Cette génération exprime notamment un jugement très sévère sur l’emploi, la sécurité sociale et le logement, avec des écarts de 5 à 8 points par rapport à la moyenne nationale.
Les différences selon les catégories socioprofessionnelles sont tout aussi marquées. Les cadres et professions intellectuelles supérieures portent un regard globalement plus positif sur les services publics (46 % de bonne opinion en moyenne) que les catégories populaires (44 %). L’écart entre hommes et femmes, bien que moins prononcé, reste significatif : 46 % des hommes ont une bonne opinion de l’action de l’État contre 42 % des femmes. Ces dernières sont notamment plus sévères sur l’environnement, la justice et la santé publique. Ces différences peuvent refléter des expériences distinctes dans l’accès aux services publics ou dans le rapport aux institutions.
Enfin, le lieu de résidence joue également un rôle dans la perception des services publics. Les habitants de l’agglomération parisienne se montrent légèrement plus satisfaits que ceux des villes moyennes et des communes rurales, qui apparaissent comme les plus critiques (notamment en matière de santé et de fiscalité).
Paul Delouvrier était un haut fonctionnaire français qui a notamment participé à la création de la TVA et à la planification administrative au cours des 30 glorieuses. L’institut qui porte son nom, a pour mission de contribuer à la redéfinition et au renouvellement de l’action publique.