Quel impact de la hausse du coût du pétrole sur les prix du carburant en France ?

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Le conflit irano-américain s’intensifiant, les prix du pétrole explosent : la majorité des grands indices ont bondi de 75 % en moins de deux mois, et cela ne semble pas près de redescendre aux niveaux d’avant-guerre. En France, les prix des carburants ont déjà commencé à intégrer ce choc pétrolier. Mais dans quelle mesure exactement ? Rentrons dans le détail.

Prix du brut et prix du carburant

Le détroit d’Ormuz fait figure de point de passage stratégique. Environ 20 % de la consommation mondiale y transite (en particulier en direction de l’Asie). Depuis le blocage du détroit, le trafic s’est effondré : de 132 bateaux le 26 février à seulement 6 le 2 avril 2026. Face à cette raréfaction, les prix du pétrole ont flambé, passant de 67,02 $ à 110 $ le baril (WTI).

Le consommateur français a rapidement commencé à la ressentir cette flambée du baril. Si les prix des carburants en France ont suivi la hausse du prix du pétrole, ils ne l’ont pas fait ni au même moment, ni dans les mêmes proportions.

Alors que le pétrole bondissait dès fin février, c’estdébut mars que les prix à la pompe ont commencé à grimper. Les travaux académiques en économie montrent que cette transmission est toujours partielle et décalée dans le temps, ce qui signifie concrètement que les hausses à la pompe ne sont probablement pas terminées.

Évolution du prix du pétrole et de l'essence

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Une hausse hétérogène des prix du carburant

Tous les carburants n’ont pas été touchés de la même façon. Le prix du gazole a augmenté de 36 % depuis le début de l’année par rapport à l’essence qui n’a augmenté que de 18 %. Une piste d’explication serait liée aux transports maritimes : le gazole est le carburant des camions et des bateaux qui transportent les marchandises. Avec le blocage des routes maritimes, les trajets s’allongent, les transporteurs consomment davantage, et la demande en gazole grimpe mécaniquement.

Les hausses à la pompe ne sont pas non plus les mêmes selon l’endroit où vous faites le plein. Depuis le début du conflit, le prix de l’essence a augmenté de 13 % à Paris contre 20 % en Côtes-d’Armor. Pour le gazole, l’écart est encore plus marqué : +24 % à Paris contre +39 % en Côtes-d’Armor.

Hausses à la pompe

Ces différences pourraient s’expliquer par plusieurs facteurs : la demande locale, mais aussi les coûts d’acheminement du carburant jusqu’au point de distribution : plus la station est éloignée des grands axes, plus ces coûts pèsent lourd. Cela pourrait également dépendre des distributeurs, certains rognant plus sur leur marge que d’autres, ou étant en situation plus concurrentielle.

Les prix à la pompe : une longue chaîne d’acteurs

Difficile de prédire jusqu’où les prix à la pompe vont grimper. Plusieurs acteurs entrent en jeu, en plus des producteurs, chacun avec ses propres intérêts.

D’abord, les raffineurs. Depuis le début du conflit, leurs marges ont augmenté temporairement : ils ont en effet acheté pour beaucoup le pétrole brut avant la hausse des prix, et ont profité des premières hausses de carburant. Total, en particulier, a réussi une très bonne opération au tout début du conflit en achetant d’avance une très grande quantité de brut à prix encore bas.Cette marge supplémentaire n’a cependant pas vocation à durer.

Ensuite, les transporteurs et les distributeurs. Avec le blocage des routes maritimes, les transporteurs doivent trouver des itinéraires alternatifs, plus longs et plus coûteux. Ces surcoûts finissent eux aussi par se répercuter sur le prix final. Les distributeurs, eux, peuvent choisir de baisser leur marge, mais celle-ci est déjà très faible.

Enfin, l’État et les taxes. Sur chaque litre d’essence, environ 60 % du prix que vous payez à la pompe part directement en taxes, via l’accise sur les carburants (68 centimes par litre pour l’essence) et la TVA à 20 % (qui s’applique à la fois sur le prix brut… et sur l’accise !). L’accise étant fixe, la hausse des carburants est donc, au moins sur le court terme, toujours moins forte que la hausse du pétrole brut. Pour atténuer un peu la hausse, l’État pourrait abaisser temporairement ces taxes pour soulager les consommateurs, comme il l’avait fait en 2022 avec la remise carburant. Évidemment, cela aurait un coût pour les finances publiques.

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