Hausse des inégalités de revenus

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Selon une étude de l’INSEE publiée en avril 2026, les inégalités de revenus atteignent en 2023 leur niveau le plus élevé depuis trente ans. Pourtant, jamais l’État n’a autant redistribué. Comment expliquer ce paradoxe ? Qu’est-ce que cela implique pour les ménages et la génération future ?

L’argent des ménages français

Avant de comprendre pourquoi les inégalités se creusent en France, il faut d’abord répondre à une question simple : de quoi est fait le revenu d’un ménage ?

En économie, on parle de revenu primaire. C’est la somme de tout ce qu’un foyer perçoit grâce à son activité, avant que l’État n’intervienne (avant les impôts, avant les aides, avant les allocations). C’est ce que vous gagnez par vous-même. En France, l’argent des ménages est enregistré par un agrégat de la comptabilité nationale qu’on appelle le revenu primaire brut.

En 2023, le revenu primaire brut total des ménages s’élève à 2 011 milliards d’euros. Il est constitué principalement du revenu d’activité, du revenu de patrimoine et du revenu mixe des indépendants.

Le revenu primaire varie fortement selon les catégories socio-professionnelles.

Décomposition du revenu primaire brut

Selon l’INSEE le salaire moyen en 2023 dans le secteur privé s’élève à 2 735 € nets par mois. Un chiffre qui semble satisfaisant, mais qui cache une réalité bien différente.

En effet, la moyenne est trompeuse. Elle est tirée vers le haut par une minorité de très hauts salaires. La mesure la plus honnête, c’est la médiane : le salaire en dessous duquel se situe exactement la moitié des travailleurs. En 2023, le salaire médian est de 2 183 € nets par mois dans le privé.

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Autrement dit, un Français sur deux gagne moins de 2 183 € par mois. Et à l’autre bout de l’échelle, un salarié sur dix dépasse les 4 300 € nets mensuels.

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Le revenu primaire brut par unité de consommation

Gagner 2 183 € seul, ce n’est pas la même chose que gagner 2 183 € à deux avec des enfants. Pour comparer les niveaux de vie de façon équitable, l’INSEE utilise une unité de mesure appelée l’unité de consommation (UC).

L’unité de consommation désigne une façon de mesurer si un foyer vit à l’aise ou non, en tenant compte à la fois de ce qu’il gagne et du nombre de personnes qui doivent vivre avec cet argent. Il permet de faire une bonne comparaison entre les ménages qui touchent un même montant de revenu, mais qui ne sont pas composés de la même manière.

En 2023, le revenu primaire brut correspondait à 42 700 euros par unité de consommation (UC) par an tous foyers confondus. Une étude de l’INSEE, sur la même période, publiée récemment révèle que les inégalités de revenu primaire sont marquées : les 10 % les plus aisés disposaient d’un revenu primaire brut par UC 20 fois supérieur à celui des 10 % les plus modestes.

L’État, arbitre des inégalités : comment fonctionne la redistribution ?

Face à ces inégalités, l’État dispose d’un outil central : la redistribution.

En économie, la redistribution traduit la fonction interventionniste de l’État dans le fonctionnement de l’économie, aujourd’hui jalonnée par de nombreuses inégalités. C’est un mécanisme légitime que l’État emploie pour les réduire : concrètement, prendre l’argent chez ceux qui en possèdent davantage via les prélèvements obligatoires, pour le donner à ceux qui en manquent via le versement de prestations.

En 2023, ce mécanisme se décompose en trois flux :

  • les prélèvements directs, qui s’élèvent à 1 271 milliards d’euros,
  • les prestations sociales monétaires, qui avoisinent les 592 milliards d’euros,
  • les transfert sociaux en nature, qui s’élèvent environ 745 milliards d’euros.

Ces transferts ont un effet correcteur majeur sur les inégalités : après redistribution, l’écart entre les 10 % les plus aisés et les 10 % les plus modestes est réduit à un rapport de 3,7, contre 20 pour le revenu primaire brut.

Pourtant, malgré cet effet correcteur en 2023, la redistribution n’a pas suffi à contenir le creusement des inégalités.

Certes, l’État redistribue et les inégalités de revenus primaires se réduisent. Mais est-ce vraiment suffisant ? Pour répondre à cette question, il faut se pencher sur le pouvoir d’achat. Or, les données de l’Insee montrent qu’entre 2022 et 2023, le pouvoir d’achat des ménages les plus pauvres (en particulier les 20 % les plus pauvres) s’est creusé, tandis que celui des plus riches a augmenté.

Evolution du pouvoir d'achat par catégorie de ménage

Pouvoir d’achat des ménages modestes

Du côté des plus modestes, trois réalités se sont combinées :

  • la fin des mesures de soutien exceptionnelles mises en place en 2022 (bouclier tarifaire, remises sur le carburant) qui avaient permis de protéger les ménages contre la flambée des prix de l’énergie,
  • des revenus salariaux qui n’ont progressé que de 3,7 % alors que l’inflation atteignait 6,1 %,

Pouvoir d’achat des ménages aisés

Les ménages aisés, eux, ont vécu une année 2023 très différente.

La hausse des taux d’intérêt décidée par la Banque centrale européenne pour freiner l’inflation a permis la croissance de leurs revenus financiers : placements, assurance-vie, dividendes… Ces revenus ont bondi de +12,2 %.

À cela s’ajoute la revalorisation des pensions de retraite, dont ils sont les principaux bénéficiaires, ainsi qu’une croissance de leurs revenus salariaux plus soutenue que celle des plus modestes.

L’Observatoire des inégalités prévient : « Si les plus modestes sont les cibles des économies budgétaires, il faudra s’attendre à une poursuite de l’augmentation de la pauvreté. »