Les femmes et l’investissement en Bourse
Selon une étude de l’Autorité des marchés financiers (AMF), seulement 24 % des femmes déclarent investir en Bourse en 2025, dans un PEA ou en crypto-actifs, contre 45 % des hommes.
Pour les actions cotées spécifiquement, l’écart est encore plus frappant : 8 % des femmes en détiennent, contre 15 % des hommes. En fait, parmi les investisseurs les plus actifs, la part des femmes a même reculé de 5% entre 2022 et 2024.
Ce décalage entre les sexes peut se retrouver partout dans le monde. Les États-Unis font figure d’exception, avec 71 % des femmes qui investissent dans les actions. C’est le seul pays où elles dépassent les hommes, portées notamment par la culture des plans d’épargne retraite. Le Royaume-Uni (49 %) et l’Allemagne (30 %) affichent des niveaux intermédiaires. La France est bien derrière, avec seulement 24 %.
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Ces données sont issues d’enquêtes et de sondages collectés en ligne auprès d’échantillons représentatifs. Elles ne constituent pas des statistiques officielles et doivent être lues comme des indicateurs de tendance.
Quand elles investissent, les femmes font mieux
Parmi les personnes qui investissent déjà, les écarts entre femmes et hommes s’effacent largement. Les femmes investisseuses détiennent autant d’actions cotées que leurs homologues masculins (33 % chacun). Elles sont presque aussi nombreuses à s’informer sur la bourse, à 86 % contre 93 % des hommes investisseurs. Elles sont également aussi convaincues que les actions sont intéressantes à long terme (77 % contre 79 %). Surtout, les femmes semblent faire des choix plus pertinents.
Après avoir analysé 5,2 millions de comptes sur dix ans, Fidelity a établi que les femmes surperforment les hommes de 0,4 point de pourcentages par an en moyenne, ce qui est un écart remarquable.
L’université de Californie à Berkeley explique en partie cet écart par le comportement masculin : les hommes tradent 45 % plus souvent, ce qui érode mécaniquement leur rendement (des frais sont appliqués à chaque transaction). La Warwick Business School est allée encore plus loin, montrant que les femmes surperforment le FTSE 100 de 1,94 %, contre seulement 0,14 % pour les hommes sur la même période.
Ces résultats s’expliquent par des comportements bien documentés. Les femmes investissent moins, diversifient davantage leur portefeuille et résistent mieux à la panique des marchés. De plus elles sont moins nombreuses à vendre dans la tempête, évitant ainsi de cristalliser leurs pertes au pire moment. Elles prennent aussi le temps de s’informer avant d’agir, ce que confirme le baromètre AMF : parmi les investisseuses actives, 86 % s’informent avant de prendre une décision.
Cependant ces mêmes qualités (prudence, exigence envers soi-même, besoin de se sentir compétente avant d’agir) sont précisément ce qui les retient de franchir le pas.
Un manque à gagner pour toute l’économie
Sexe des investisseurs : des signes d’évolution
Les choses bougent lentement mais dans le bon sens. En France, en 2022, seulement 26 % des femmes déclaraient décider seules de leurs placements. En 2025, elles sont 46 % (soit autant que les hommes, qui sont à 43 %).
Dans le même temps, la part des femmes s’en remettant à un conseiller professionnel est passée de 32 % à 23 % en trois ans. C’est une rupture comportementale silencieuse mais réelle.
Chez les plus jeunes, le mouvement est encore plus marqué. 42 % des femmes de moins de 35 ans investissent déjà. Parmi les jeunes femmes de catégorie socioprofessionnelle supérieure, ce taux atteint 48 %. Les femmes qui investissent sont d’ailleurs en moyenne plus jeunes que les hommes investisseurs (41 ans contre 45 ans) ce qui suggère qu’elles ont commencé plus récemment.
C’est dans ce contexte que l’AMF a annoncé en mai 2026 un plan d’action spécifique « femmes et investissement », dans le cadre de son programme d’éducation financière 2026-2028. Une étude qualitative est prévue en septembre 2026 pour mieux identifier les freins, suivie d’une stratégie dédiée à déployer en 2027.