L’anticipation de l’inflation se réfère aux prévisions que les agents économiques, en l’occurrence les dirigeants d’entreprise, élaborent concernant le niveau futur de l’inflation. Ces anticipations revêtent une importance équivalente à celle de l’inflation effective, dans la mesure où elles conditionnent directement les décisions relatives aux prix et aux rémunérations.
L’enquête réalisée par la Banque de France constitue un indicateur parmi d’autres. Chaque banque centrale nationale élabore ce genre de données, et c’est la compilation globale de ces informations qui guide les décisions de politique monétaire au niveau européen.
Un choc géopolitique, deux vitesses d’anticipation
Au premier trimestre 2026, les chefs d’entreprise perçoivent une inflation actuelle de 1,5 %, légèrement au-dessus de l’inflation réelle mesurée par l’INSEE à 1 % en février. Ce léger écart est classique : les acteurs économiques ont tendance à surestimer l’inflation, car ils ressentent davantage les hausses de prix que les baisses.
C’est sur les anticipations à court terme que l’effet du 28 février se fait le plus sentir.
Avant cet événement, les prévisions à un an étaient même orientées à la baisse, les patrons s’attendaient à une poursuite du repli progressif de l’inflation.
Après le dernier week-end de février, c’est l’inverse : les anticipations rebondissent nettement, portées par la crainte immédiate d’une hausse des prix des carburants et de perturbations dans les chaînes d’approvisionnement. Les commentaires libres recueillis lors de l’enquête le confirment : les chefs d’entreprise expriment bien plus d’incertitude après le 28 février qu’avant. La médiane des anticipations à un an passe de 1,5 % à 2 %, un quart des réponses ayant été collectées avant le conflit, trois quarts après.
Les résultats sont vraiment intéressants à moyen terme, en effet, les prévisions pour les 3 à 5 prochaines années demeurent globalement inchangées à 2 % tant avant qu’après le 28 février, les fluctuations étant trop légères pour revêtir une réelle signification. C’est l’indicateur le plus encourageant de cette étude : malgré une certaine anxiété immédiate, les dirigeants d’entreprise conservent leur confiance quant à l’évolution des prix sur le long terme. La répartition des réponses montre en effet une certaine dispersion par rapport au trimestre précédent, indiquant une incertitude légèrement accrue, sans toutefois afficher de déviation significative.
Effets d’une prévision de hausse de prix
Ces chiffres ne sont pas seulement pour les entreprises. Si les chefs d’entreprise s’attendent à une hausse des prix, ils peuvent être poussés à augmenter leurs tarifs avant que l’inflation ne se produise vraiment. C’est ainsi que les attentes affectent directement la vie quotidienne des familles.
Un autre signe encourageant est que les anticipations de hausse des salaires sont en recul. Les patrons tablent sur une hausse des salaires de base de 1,5 % sur les douze prochains mois contre 1,7 % au trimestre précédent. En un seul trimestre, ceux qui tablent sur une hausse supérieure ou égale à 2 % ne sont plus que 42 %, contre 52 % auparavant. Un tel scénario serait une détente importante sur le front de la spirale prix-salaires, cette spirale redoutée où la hausse des prix et la hausse des salaires s’alimentent mutuellement et entretiennent l’inflation.
Pour les ménages, le tableau d’ensemble reste donc plutôt rassurant. L’inflation semble se stabiliser à des niveaux proches de la normale, les anticipations à long terme tiennent bon, et la pression salariale se modère. La vigilance reste de mise face aux incertitudes géopolitiques, mais rien dans cette enquête ne laisse présager un retour aux tensions inflationnistes de 2022.