Chômage : une dégradation qui se confirme trimestre après trimestre
Au premier trimestre 2026, le nombre de chômeurs en France s’établit à 2,6 millions de personnes, soit 68 000 de plus qu’au trimestre précédent. Le taux de chômage progresse ainsi de 0,2 point sur le trimestre et de 0,7 point sur un an. Malgré cette dégradation, le niveau actuel demeure nettement en deçà du pic observé à la mi-2015.
La hausse touche désormais l’ensemble des tranches d’âge. Les jeunes de 15 à 24 ans voient leur taux de chômage augmenter de 2,0 points en un an, à 21,1 %, même si la dynamique trimestrielle est plus favorable. Les 25-49 ans, cœur du marché du travail, enregistrent une hausse trimestrielle marquée, portant leur taux de chômage à 7,3 %, son plus haut niveau depuis début 2021. Enfin, les 50 ans et plus voient leur taux progresser plus modérément, à 5,2 %.
La hausse concerne davantage les hommes (+1,0 point sur un an, à 8,5 %) que les femmes (+0,3 point, à 7,7 %). Le taux de chômage masculin atteint lui aussi son plus haut niveau depuis début 2021.
Le chômage de longue durée progresse également
Parmi les chômeurs, 626 000 personnes déclarent être sans emploi et en rechercher un depuis au moins un an. Le taux de chômage de longue durée s’établit ainsi à 2 % de la population active, en hausse de 0,2 point sur le trimestre et de 0,3 point sur un an. Cette dégradation concerne uniquement les hommes (+0,5 point sur un an), tandis que la situation des femmes reste quasi stable.
Cette hausse du chômage de longue durée est un signal d’alerte : plus la durée passée hors de l’emploi s’allonge, plus le retour vers un poste devient difficile, en raison de la perte progressive de compétences et du phénomène de stigmatisation à l’embauche.
Un paradoxe : des taux d’emploi et d’activité au plus haut
Fait notable, la hausse du chômage s’accompagne d’une situation contrastée du côté de l’emploi. Le taux d’emploi des 15-64 ans s’établit à 69,5 %, à peine en deçà de son plus haut historique depuis 1975. Le taux d’activité, qui mesure la part des personnes en emploi ou au chômage parmi les 15-64 ans, atteint quant à lui 75,6 %, un nouveau record.
Ce paradoxe apparent s’explique par une participation accrue au marché du travail, en particulier chez les seniors. Le taux d’activité des 55-64 ans atteint 65,8 %, son plus haut niveau historique, et celui des 60-64 ans grimpe à 47,9 %, porté notamment par les effets de la réforme des retraites.
Autrement dit, davantage de personnes se présentent sur le marché du travail, mais toutes ne trouvent pas immédiatement un emploi, ce qui mécaniquement gonfle le taux de chômage.
Une qualité de l’emploi qui se dégrade légèrement
Au-delà du volume, c’est la qualité de l’emploi qui mérite attention. Selon l’Insee, le taux d’emploi en CDI recule légèrement sur un an (-0,2 point, à 51,2 %), tandis que la part du temps partiel dans l’emploi s’établit à 17,8 %, en hausse de 0,3 point sur un an. La part du sous-emploi (personnes en emploi souhaitant travailler davantage) progresse également de 0,2 point sur un an, à 4,4 %.
Au total, 16,9 % des participants au marché du travail se trouvent contraints dans leur offre de travail (chômage, halo du chômage ou sous-emploi). Cette part, bien qu’inférieure de 2,0 points à son niveau d’avant la crise sanitaire, traduit une certaine tension persistante.
L’effet visible de la loi pour le plein emploi
Le premier trimestre 2026 marque le cinquième trimestre de mise en œuvre de la loi pour le plein emploi, votée en décembre 2023.
Celle-ci a instauré l’inscription systématique à France Travail des bénéficiaires du RSA, des jeunes accompagnés par les Missions locales et des personnes en situation de handicap. Mécaniquement, cette inscription élargit la population considérée comme active et, parmi elle, comme étant au chômage au sens du BIT.
Marché de l’emploi, quelle lecture d’ensemble ?
La situation actuelle du marché du travail français est ainsi traversée de tensions contradictoires.
D’un côté, la participation au marché du travail n’a jamais été aussi élevée, traduisant les effets des réformes successives encourageant l’activité, notamment chez les seniors et les publics éloignés de l’emploi. De l’autre, l’économie peine à absorber cette offre de travail supplémentaire, ce qui se traduit par une hausse continue du chômage depuis plus d’un an.
Cette dynamique appelle à la vigilance. Si l’inscription massive de nouveaux publics à France Travail explique une partie de la hausse, le mouvement de fond, notamment la montée du chômage des 25-49 ans et du chômage de longue durée, témoigne d’un ralentissement plus structurel du marché du travail.
Le prochain rendez-vous statistique, prévu le 7 août 2026, permettra de confirmer ou non cette tendance.