Économie Française : une dette élevée, des taux en hausse et peu de marges
La France ne connaît pas une crise de la dette au sens strict : l’État continue d’emprunter sans difficulté sur un marché obligataire profond. Mais le niveau de sa dette réduit fortement ses marges de manœuvre. Selon la trajectoire présentée avec le projet de budget, la dette publique passerait de 115,7 % du PIB fin 2025 à 119,3 % en 2026, puis à 121,7 % en 2027. Elle ne commencerait à baisser, en proportion du PIB, qu’à partir de 2029. Autrement dit, réduire le déficit ne suffit pas à faire reculer la dette tout de suite. Il faut que le déficit devienne assez faible pour compenser le poids des intérêts face à une croissance modeste.
Dans les faits, chaque année, l’État doit financer son déficit (dit « primaire », qui n’inclut pas les charges d’intérêt), payer les intérêts sur sa dette, et rembourser les emprunts arrivant à échéance. Il doit donc emprunter à nouveau.
La charge d’intérêts de l’ensemble des administrations publiques augmente donc petit à petit, parce que les encours d’emprunts augmentent, mais aussi par ce que les taux d’intérêt des nouveaux emprunts sont plus élevés.
Pour le seul budget de l’État, la charge d’intérêts atteindrait 91 milliards d’euros en 2027, contre environ 79 milliards en 2026.
Les marchés prennent en compte cette tension, et le risque que la dette s’emballe.
Début octobre, l’obligation française à dix ans, l’OAT, rapportait 4,77 %. L’écart avec son équivalent allemand, appelé spread, a brièvement dépassé 150 points de base. Ce spread ne signifie pas que la France perd l’accès aux marchés : il mesure la rémunération supplémentaire que les investisseurs exigent pour prêter à la France plutôt qu’à l’Allemagne, considérée comme l’emprunteur le plus sûr de la zone euro.
Les agences de notation influencent également les taux de marché. Les grandes agences de notations ont fixé une note de A+, ce qui est historiquement très faible (et loin du AAA si souvent désiré). Ces décisions ne contraignent pas directement l’État ou les investisseurs, mais donne à ces derniers un indicateur de la crédibilité budgétaire française.
Le scénario économique du gouvernement reste prudent : la croissance serait de 0,5 % en 2026 puis de 1 % en 2027, et l’inflation passerait de 2,1 % à 1,8 %.
Si la croissance déçoit, le risque est celui d’un cercle vicieux : moins d’activité, c’est moins de recettes et plus de dépenses pour l’État, donc un déficit plus grand, des taux qui montent, et qui donc pèsent à nouveau sur la croissance.
L’essence du PLF 2027
Le cœur du projet de loi de finances est un ajustement qui repose surtout sur la maîtrise (relative) des dépenses.
Les 43 milliards de mesures figurent dans le projet de budget de l’État et dans celui de la Sécurité sociale. Les 54 milliards incluent aussi les effets de mesures adoptées auparavant. Ils ne correspondent donc pas à 54 milliards de coupes nouvelles décidées d’un seul coup.
Pour l’État, les dépenses atteindraient 511 milliards d’euros. Hors défense et sommes reversées aux collectivités et à l’Union européenne, les crédits des ministères seraient gelés en euros courants (donc sans considérer l’inflation). Il existe toutefois quelques exceptions à ce gel. Le ministère de l’Intérieur obtiendrait un milliard d’euros supplémentaire, notamment pour recruter 970 policiers et 235 gendarmes. La justice recevrait 0,4 milliard de plus, et les moyens de la sécurité civile augmenteraient de 25 %, alors que les feux de forêt et les événements climatiques extrêmes se multiplient.
Du côté social, la hausse des dépenses de Sécurité sociale serait ramenée à environ 2 %, contre plus de 3 % sans mesures nouvelles. On ne parle donc pas d’une baisse en niveau, mais d’une diminution de l’augmentation. Pour y parvenir, le gouvernement mise sur un meilleur encadrement des arrêts maladie, sur la baisse du prix de certains produits de santé et sur une revalorisation plus modérée de certaines prestations. Les aides au logement seraient également plus encadrés (notamment pour éviter le cumul avec les avantages fiscaux). En revanche, les minima sociaux, les prestations liées au handicap et les petites retraites suivraient l’inflation.
Les collectivités locales participeraient aussi à l’effort, à travers une contribution progressive de 2,5 milliards d’euros demandée à une partie des communes, aux intercommunalités et à la plupart des départements. Leurs ressources augmenteraient malgré tout de 5 milliards d’euros par rapport à 2026, soit une hausse de 1,7 %.
Sur le plan fiscal, le gouvernement met en avant la stabilité, sans que le texte soit pour autant dépourvu de mesures. Le barème de l’impôt sur le revenu serait relevé de 2,1 % pour suivre l’inflation. Une réforme du plafond de l’abattement de 10 % sur les pensions de retraite, qui aurait été ramené à 3 000 euros, a déjà été retoquée à l’Assemblée nationale.
Trop ambitieux ou pas assez ?
Sur le papier, le projet semble ambitieux. Ramener le déficit de 5,4 % à 5 % du PIB, alors que la charge de la dette augmente de 0,3 point de PIB, exige un effort réel.
Sans mesures nouvelles, le déficit se creuserait d’environ un point de PIB en 2027. Le budget doit donc d’abord empêcher cette dérive, avant même de produire une amélioration visible. C’est toute la logique d’un assainissement budgétaire : freiner la hausse de la dette aujourd’hui pour retrouver des marges demain.
Cette ambition se heurte cependant au risque de manque d’acceptation sociale. Le gel de certaines prestations, la contribution demandée aux collectivités, les économies de santé ou l’effort demandé aux retraités peuvent être vécus comme une perte de revenu ou de service public. C’est le cas même lorsque la dépense continue d’augmenter en euros.
Cependant, rien ne dit que ces efforts seront suffisants pour rassurer les investisseurs, d’autant qu’on peut s’attendre à un rabot par le processus parlementaire. Pour les marchés, il doit être assez précis et crédible pour stabiliser la dette sur le long terme, ce qui est (très) loin d’être le cas. De nombreux économistes sont donc sceptiques quant à la possibilité de sortir de ce cercle vicieux de la dette, hormis avec un choc massif sur les dépenses publiques. Choc qui pourrait fonctionner sur le long terme, mais qui risquerait de faire s’effondrer la croissance.