En prenant appui sur une récente note du Trésor, essayons de comprendre les causes de cette situation, et les solutions envisagées.
Dette publique et déficit : un état des lieux préoccupant
La dette publique française, c’est-à-dire l’ensemble des emprunts contractés par l’État, la Sécurité sociale et les collectivités territoriales, atteignait fin 2025 environ 115,7 % du produit intérieur brut (PIB). Cela signifie que, pour rembourser la dette publique, il faudrait théoriquement mobiliser les ressources de tout le pays pendant environ 14 mois.
Parmi les pays de l’Union européenne, seules la Grèce (146,1 %) et l’Italie (137,1 %) affichent un ratio plus élevé.
Le déficit public correspond à l’écart annuel entre les dépenses et les recettes publiques : c’est le « trou » qu’il faut financer chaque année par de nouveaux emprunts, ce qui alimente mécaniquement la dette.
En 2025, ce déficit s’établissait à 5,1 % du PIB, en amélioration par rapport aux 5,8 % de 2024, mais toujours bien au-delà de la limite de 3 % fixée par les règles européennes.
Seules la Roumanie, la Pologne et la Belgique font moins bien au sein de l’Union.
Calcul du déficit public
Le déficit public est souvent présenté en pourcentage du PIB, ce qui peut parfois faire tendre à sous-estimer son ampleur. Le déficit en valeur, s’élève à environ 125 milliards d’euros en 2025.
La charge d’intérêts
Un autre indicateur mérite l’attention : la charge d’intérêts, c’est-à-dire ce que coûte chaque année le service de la dette.
Cette charge est passée de 36,9 milliards d’euros en 2019 à 65,7 milliards en 2025, soit une hausse d’environ 10 milliards par an ! Cette somme représente désormais 2,2 % du PIB.
Pour mettre ce montant en perspective, il dépasse aujourd’hui le budget de nombreux ministères. Et cette dépense, contrairement à celles de l’éducation ou de la santé, ne procure aucun service aux citoyens puisqu’elle ne fait que rémunèrer les prêteurs.
Si l’on veut estimer le coût réel de la dette plus précisément, il convient d’intégrer l’inflation dans le calcul, qui fait baisser la valeur réelle de la dette contractée chaque année. L’économiste François Geerolf en donne une explication plus détaillée dans un entretien avec le journal Le Monde.
Les causes de la dette publique et du déficit
Comment en est-on arrivé là ? Une première partie de la réponse tient aux crises récentes.
La crise des subprimes, puis la pandémie de Covid-19 ont conduit l’État à dépenser massivement pour protéger les ménages et les entreprises : environ 70 milliards d’euros de mesures d’urgence en 2020, puis 62 milliards en 2021, sans compter le plan France Relance de 100 milliards d’euros. Le déficit avait alors bondi à 8,9 % du PIB en 2020.
La crise énergétique qui a suivi la guerre en Ukraine a donné lieu à de nouvelles dépenses considérables, avec un « bouclier tarifaire » évalué à 44 milliards en 2022 puis 37 milliards en 2023. Ces dépenses exceptionnelles ont permis d’amortir les chocs, mais elles ont laissé des traces durables dans les comptes publics.
La dégradation ne s’explique toutefois pas uniquement par ces événements.
Il existe aussi des facteurs structurels, c’est-à-dire inscrits dans la durée. Le premier est la remontée des taux d’intérêt depuis 2022, qui renchérit mécaniquement le coût de la dette : à elle seule, cette hausse explique environ 0,7 point de PIB de dégradation du solde primaire entre 2019 et 2025. Le deuxième facteur est la dynamique des dépenses publiques. Celles-ci représentaient 57 % du PIB en 2024, soit environ 7,6 points de plus que la moyenne de la zone euro, ce qui place la France au deuxième rang de la zone.
Comment est dépensé l’argent public ?
Il est utile, pour comprendre, de regarder concrètement où va l’argent public.
Sur 1 000 euros de prélèvements obligatoires, quelque 567 euros financent la protection sociale. Et à l’intérieur de ce poste, deux dépenses dominent largement : les retraites (259 euros) et la santé (202 euros). À titre de comparaison, l’éducation pèse 89 euros, la défense 32 euros, la recherche 31 euros et la charge de la dette déjà 35 euros.
Autrement dit, l’essentiel de la dépense publique française est concentré sur des prestations sociales, dont le coût croît naturellement avec le vieillissement de la population et la progression des dépenses de santé (11,4 % du PIB en 2024, l’un des niveaux les plus élevés d’Europe). La dépense de protection sociale a d’ailleurs contribué à hauteur d’environ un point de PIB supplémentaire à la dégradation des comptes depuis 2019, notamment du fait de l’indexation des retraites sur l’inflation (+ 5,3 % en janvier 2024, + 2,2 % en janvier 2025).
Ce constat signifie que toute stratégie de redressement qui voudrait s’appuyer sur les dépenses se heurte à l’arithmétique. Les postes les plus « faciles » à diminuer (culture, environnement, justice) pèsent très peu, tandis que les postes qui pèsent beaucoup touchent directement à des droits considérés comme dus.
Quelles solutions pour améliorer le budget de l’état ?
Plusieurs pistes peuvent être évoquées pour faire face à cette situation.
La première touche bien évidemment aux dépenses. Le rapport Jaravel-Ragot-Tavernier-Valla, remis en juillet 2026, estime qu’il faudrait répartir un effort de 125 milliards d’euros d’ici 2032 pour retrouver l’équilibre budgétaire, voire engranger un léger excédent.
Bien entendu, se pose la question de l’orientation de la dépense publique. Plutôt que des coupes uniformes, les économistes plaident pour une évaluation plus poussée de la dépense : en matière de soutien aux activités économiques ou d’aides au logement, elle pourrait être recentrée là où elle est la plus utile. Les niches fiscales font également l’objet de nombreuses critiques pour leur coût et leur efficacité, parfois discutables.
Une autre piste, souvent évoquée, consiste à augmenter les recettes. Mais la France se situe déjà dans le très haut du panier concernant les prélèvements obligatoires. Son « espace fiscal », c’est-à-dire sa capacité à augmenter encore les impôts et cotisations, est donc faible.
Enfin, il reste le levier de la croissance : une activité économique plus dynamique augmente mécaniquement les recettes fiscales et réduit le poids relatif de la dette. C’est la solution « parfaite », mais qui n’est visible que sur le long terme, et n’est atteignable que grâce à des réformes structurelles, qui nécessitent justement entre autres d’alléger la fiscalité.
Aucune de ces pistes n’est évidente, et le débat porte moins sur le diagnostic, largement partagé, que sur le dosage entre elles. Une chose semble claire : plus l’ajustement est différé, plus la charge de la dette s’alourdit, rendant l’effort futur plus difficile encore.