Économie chinoise : une concurrence toujours plus forte
Le quinzième plan quinquennal chinois (2026-2030), dont l’adoption est prévue en mars 2026, devrait confirmer une orientation déjà à l’œuvre : priorité à la production industrielle, à la montée en gamme technologique et à l’innovation, dans un contexte de demande intérieure durablement contrainte. En 2024, l’investissement représentait encore 43 % du PIB chinois (contre 24 % en France), un niveau sans équivalent parmi les grandes économies. Cette stratégie entretient des surcapacités industrielles qui se diffusent ensuite sur les marchés mondiaux à travers des exportations à prix très compétitifs.
Autrement dit, la pression concurrentielle observée aujourd’hui ne constitue pas un pic conjoncturel, mais le plancher d’un phénomène appelé à durer.
Quels secteurs européens menacés ?
Le rapport met en évidence une exposition particulièrement forte dans plusieurs segments industriels stratégiques. Les secteurs de l’automobile, des machines-outils, de la chimie, de la métallurgie, des équipements électriques ou encore de l’électronique apparaissent en première ligne.
La montée en puissance technologique de la Chine change la nature de la concurrence. Il ne s’agit plus seulement de biens à faible valeur ajoutée. Véhicules électriques, batteries, panneaux solaires, équipements industriels ou produits électroniques grand public figurent parmi les secteurs où les écarts de coûts sont substantiels et durables.
Ces écarts tiennent à une combinaison de facteurs : subventions publiques massives, foncier industriel à bas coût, énergie bon marché, automatisation rapide et diffusion accélérée de l’intelligence artificielle dans les procédés productifs. Le rapport souligne des écarts de coûts de l’ordre de 30 % à 40 % entre la Chine et l’Europe.
Quels pays sont les plus touchés par la concurrence chinoise ?
Tous les États membres de l’Union européenne ne sont pas exposés de la même manière. La structure productive joue un rôle déterminant.
L’Allemagne, dont le modèle repose fortement sur l’industrie manufacturière et les biens d’équipement, apparaît particulièrement vulnérable. Les secteurs exposés correspondent souvent au cœur de son système productif. À l’inverse, la France, plus spécialisée dans les services et dans certaines activités comme le luxe, est relativement moins exposée à la concurrence directe chinoise dans ces segments industriels.
Cela ne signifie pas que la France serait à l’abri. Les effets indirects, via les chaînes de valeur européennes ou la concurrence accrue sur les marchés tiers, peuvent rapidement se diffuser. Par ailleurs, des pays comme l’Italie ou certains États d’Europe centrale, très intégrés aux chaînes industrielles allemandes, pourraient également subir des effets significatifs.
La concurrence chinoise n’est donc pas seulement un sujet bilatéral. Elle pose la question de la cohésion industrielle européenne dans son ensemble.
Quels leviers économiques pour l’Europe ?
Face à ce défi, plusieurs leviers sont évoqués. Aucun n’est sans coût ni sans contrepartie.
Le premier levier consiste à renforcer les instruments de défense commerciale : lois antidumping, droits compensateurs, enquêtes de la Commission européenne… Le rapport préconise surtout un droit de douane de l’ordre de 30 % ( ! ) sur toutes les importations chinoises, afin de rétablir un cadre moins défavorable.
Le second levier renvoie à la question du taux de change.
Le rapport évoque l’hypothèse d’une dépréciation de l’euro de l’ordre de 20 % à 30 % par rapport au renminbi (la monnaie officielle de la Chine). Une telle évolution améliorerait mécaniquement la compétitivité sur les prix des producteurs européens.
Supposons un constructeur automobile européen, qui exporte ses voitures en Chine. Il produit une voiture en France et, en prenant en compte sa marge, la vend à 20 000 euros.
Il l’exporte en Chine et la vend pour 200 000 renminbis (le taux de change est de 1 euro pour 10 renminbis). Supposons à présent une dépréciation de l’euro (un euro ne vaut plus que 5 renminbis).
Le constructeur vend toujours la voiture pour 20 000 euros en France, mais sa valeur en renminbis est maintenant de 20 000*5 = 100 000 renminbis.
Il peut donc ainsi gagner des parts de marché, puisqu’il vend moins cher, ou bien augmenter sa marge.
Mais elle supposerait une coordination internationale délicate, rappelant l’esprit de l’accord du Plaza de 1985 (pour mener une intervention sur les taux de change conduisant à une dépréciation du dollar américain), et entrerait en tension avec la volonté de faire de l’euro une monnaie forte et stable.
Enfin, la réponse la plus décisive reste sans doute interne. Investissement, innovation, politique industrielle, financement de la transition énergétique et numérique, approfondissement du marché unique des capitaux : la protection peut être nécessaire et temporaire, mais elle demeure insuffisante sans un sursaut de compétitivité européen.
Le dilemme est clair. Se protéger sans se replier, se défendre sans renoncer à l’ouverture, rééquilibrer sans déclencher une spirale de représailles.
L’Europe est confrontée à un choix stratégique majeur : accepter un déclassement progressif de son appareil productif ou assumer une politique industrielle et commerciale plus affirmée, avec les coûts économiques et politiques que cela implique.