À partir de quand est-on riche ?
La question peut sembler simple, mais elle ne fait l’objet d’aucune définition officielle.
Contrairement au seuil de pauvreté, calculé et publié chaque année par l’Insee, il n’existe pas de seuil de richesse établi par la statistique publique. L’Observatoire des inégalités propose donc le sien, fixé au double du niveau de vie médian. Concrètement, pour l’année 2023, est considérée comme riche une personne seule qui dispose de plus de 4 292 euros par mois après impôts. Pour un couple sans enfant, le seuil grimpe à 6 438 euros, et il atteint 10 730 euros pour un couple avec deux adolescents.
Selon cette définition, 7,5 % de la population française se situe au-dessus du seuil de richesse, soit environ 4,8 millions de personnes. Le choix de ce mode de calcul n’est pas arbitraire : il fait écho à la méthode utilisée pour le seuil de pauvreté, fixé à 60 % du niveau de vie médian. Il reste néanmoins discuté.
Certains lui reprochent par exemple de ne pas tenir compte du coût du logement, particulièrement élevé dans les grandes agglomérations.
Le rapport propose également un seuil de richesse en patrimoine, fixé cette année à quatre fois le patrimoine médian, soit 820 400 euros par ménage.
Selon cette mesure, 11 % des ménages français sont riches en patrimoine, ce qui représente 3,4 millions de foyers. Le 1 % le plus fortuné possède au moins trois millions d’euros, et environ deux millions de ménages sont millionnaires en France. « Le plus souvent, revenus élevés et patrimoine confortable s’accordent bien. De hauts revenus permettent d’épargner : en moyenne, les ménages aisés mettent 33 % de leurs revenus de côté et se constituent ainsi un patrimoine », détaille Anne Brunner, directrice des études de l’Observatoire des inégalités.
« Ce travail ouvre des voies de recherche novatrices sur les rapports sociaux, trop souvent oubliés dans un débat qui se résume aux revenus. Nous discutons aussi de la richesse en diplôme, ce que les sociologues appellent le « capital culturel », Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités
Portrait-robot du Français riche
Le rapport brosse un portrait assez précis des ménages aisés. Sans surprise, la richesse est d’abord une affaire d’âge et de profession. Le taux de richesse est très faible chez les moins de 30 ans (2 %), puis progresse régulièrement jusqu’à atteindre 10 % chez les 60-64 ans. Au total, 73 % des riches ont plus de 45 ans. Cette dynamique s’explique par la progression des salaires grâce à l’ancienneté et à l’accumulation de patrimoine au fil des années de travail, qui génèrent des revenus complémentaires.
La profession joue également un rôle déterminant. Parmi les actifs riches, 74 % sont cadres supérieurs du privé ou du public, et la majorité du quart restant est constituée de chefs d’entreprise, de professions libérales et d’indépendants. À l’inverse, seuls 0,8 % des employés et 0,5 % des ouvriers se situent au-dessus du seuil de richesse.
Enfin, la richesse reste très masculine. Si les niveaux de vie sont mesurés au niveau du ménage (et donc partagés entre les conjoints), les salaires individuels révèlent un déséquilibre marqué : les femmes ne représentent que 31 % des 10 % des salariés les mieux payés du privé, et seulement 24 % du 1 % le mieux rémunéré. Au sommet de la pyramide, parmi les 100 salaires les plus élevés de France, on compte 90 hommes pour 10 femmes.
Quels sont les métiers qui paient le mieux ?
Le rapport propose un classement des professions aux plus hauts salaires, qui réserve peu de surprises. En tête, on trouve les dirigeants de grandes entreprises (plus de 500 salariés), avec un salaire net moyen de 16 900 euros par mois. Suivent les cadres des marchés financiers (11 100 euros), les cadres d’état-major des grandes entreprises (10 800 euros), les dirigeants de moyennes entreprises (10 500 euros) et les pilotes de ligne (9 500 euros). Viennent ensuite les directeurs techniques, les chirurgiens-dentistes salariés et les médecins salariés non hospitaliers.
Du côté des indépendants, les médecins spécialistes et dentistes arrivent en tête : les 10 % les mieux rémunérés gagnent au moins 19 800 euros par mois nets de charges. Les avocats, notaires et experts-comptables suivent de près, à plus de 16 700 euros. » Vivre avec plus de quatre ou cinq mille euros par mois n’a rien de problématique si ces revenus ont été mérités par le travail fourni, par des qualités spécifiques. La question doit porter plutôt sur l’ampleur des écarts. Un chirurgien doit-il vraiment gagner dix fois plus qu’une aide-soignante ? » souligne Louis Maurin.
Le décollage des très hauts revenus
L’un des constats les plus marquants du rapport concerne la dynamique des revenus au sommet de l’échelle. Entre 2016 et 2022, le revenu moyen du 0,1 % le plus aisé (environ 40 000 ménages) a progressé de 56 %, contre seulement 7 % pour les 90 % les moins aisés. En valeur absolue, cela représente 370 000 euros annuels supplémentaires pour les ultra-riches, contre 2 000 euros pour les autres.
Cette dynamique tient en grande partie aux revenus du patrimoine. Pour la grande majorité de la population, le travail (salaire ou retraite) constitue 95 % du revenu. Mais cette proportion diminue à mesure que l’on grimpe sur l’échelle des revenus, et bascule au sommet : pour le 1 % le plus riche, les revenus du capital représentent en moyenne 85 000 euros par an, contre 140 000 euros pour les revenus du travail. C’est cette dualité travail-capital qui différencie véritablement les très hauts revenus du reste de la population.