Brexit

la finance pour tous

Le 23 juin 2016, les Britanniques ont voté à 52 % en faveur d’une sortie de l’Union européenne (UE). C’est ce qu’on appelle communément le « Brexit », abréviation de « British Exit » (sortie britannique – de l’UE).
Mais que se cache-t-il réellement derrière ce concept ?

Genèse du Brexit

L’organisation de ce vote découle d’une promesse de campagne de David Cameron, l’ancien Premier ministre conservateur (et défenseur du maintien dans l’UE). Ce dernier n’était pas favorable à un scrutin mais a dû revoir sa position sous la pression des franges les plus radicales de son parti, mais aussi en raison de la popularité croissante de partis nationalistes eurosceptiques (notamment UKIP, « United Kingdom Independence Party »), grand vainqueur du scrutin européen en 2014.

Voici la question qui a été posée aux Britanniques : « Est-ce que le Royaume-Uni doit rester membre de l’Union européenne ? »

Suite à la victoire du « non », David Cameron a démissionné car il était le porte-parole du « oui » pendant la campagne. Il a été remplacé par l’ancienne ministre de l’Intérieur, Theresa May.

Brexit : la campagne du « non »

Les arguments en faveur d’un départ de l’UE étaient structurés autour de quatre messages simples :

  • La bureaucratie européenne pénalise les entreprises britanniques

  • L’UE coûte trop cher et ne rapporte rien au Royaume-Uni

  • Le Royaume-Uni ne contrôle plus ses frontières

  • Le Royaume-Uni est pris au piège dans un projet fédéral européen

Le calendrier du Brexit

Theresa May ne souhaitait pas que le Brexit soit voté au Parlement, mais la Cour Suprême du Royaume-Uni a imposé que la sortie de l’UE soit validée par les parlementaires. Le vote a eu lieu le mercredi 1er février et le « oui » au Brexit l’a largement emporté avec 498 voix pour et 114 contre.

Le 29 mars 2017, Theresa May déclencha l’article 50 du traité de Lisbonne auprès du Conseil Européen.

C’est la première fois qu’un pays souhaite quitter l’UE. Pour débuter les négociations en position de force et renforcer sa majorité à Westminster, Theresa May convoque donc des élections législatives en mai 2017 dans lesquelles non seulement les conservateurs perdent leurs majorité absolue au parlement britannique mais le parti travailliste, avec Jeremy Corbin en tête, y sort réanimé.

Suite à cette annonce, une période de négociation entre le Royaume-Uni et l’UE s’est ouverte pendant deux ans, qui a abouti à un projet d’accord de retrait le 13 novembre 2018, afin d’éviter une sortie sans accord « no deal Brexit »  Cependant, malgré les efforts des négociateurs, la version de l’accord pour le Brexit a été rejetée trois fois par les députés britanniques et a obligé à la Première ministre à repousser à deux reprises la date du Brexit, du 29 mars 2019 au 31 octobre 2019, plongeant le pays dans la paralysie politique et forçant Theresa May à démissionner.

Les principaux points de discorde restent la frontière entre les deux Irlande et le marché commun européen.

Toujours sans accord de sortie, les britanniques se sont vu contraints à participer aux élections européennes de mai 2019 où le Brexit Party, nouveau parti nationaliste créé par l’ancien dirigeant de l’UKIP Nigel Farage, a remporté le scrutin avec 30,5 % des voix.

Le prochain dirigeant « tory » sera désigné le 22 juillet 2019 à la suite d’un processus de primaires dans le parti conservateur. Boris Johnson, partisan d’un « hard Brexit », reste favori dans les sondages pour devenir le prochain Premier ministre.

Les conséquences économiques du Brexit

En 2016, avant le Referendum, George Osborne, ancien chancelier de l’Échiquier, avait pourtant alerté des risques que posait la sortie de l’UE pour l’économie britannique, « un vote de départ représenterait un choc immédiat et profond pour notre économie. Ce choc plongerait notre économie dans une récession et entraînerait une augmentation du chômage d’environ 500 000 personnes ».

Depuis 2014, année où le Royaume-Uni avait enregistré une croissance exceptionnelle de son PIB de 3,1 %, l’économie ne cesse de ralentir. En 2018, la croissance économique n’a atteint que 1,4 %, son niveau le plus bas depuis 2012.

Malgré ceci, la performance du marché du travail reste remarquable, avec un taux de chômage de 3,8%, au plus bas depuis 40 ans, un taux d’emploi qui a atteint les 76,1%, son plus haut niveau depuis 1971 et une hausse généralisée des salaires, avec une progression de la rémunération réel de 1,5 % en 2018.  

Brexit : les économistes estiment que le Royaume-Uni sera perdant

Theresa May a d’ores et déjà prévenu qu’elle souhaitait retirer le Royaume-Uni du marché unique, ce qui correspond à un Brexit « dur » (terme employé dans la presse). Les économistes estiment que cette décision nuira au commerce du Royaume-Uni, et par conséquent à la croissance du PIB à long terme. Le Financial Times a interrogé un panel de 120 économistes et 75 % d’entre eux pensent que le Royaume-Uni est perdant avec le Brexit.

A horizon 2030, les économistes de plusieurs banques et institutions s’accordent pour dire que le Royaume-Uni pâtira d’un manque à gagner équivalent à 5 % du PIB de 2030.

Si le Royaume-Uni a enregistré une croissance robuste en 2016, c’est avant tout parce que la livre a perdu de sa valeur et a donc favorisé – au moins à court terme – la compétitivité des exportateurs.

Néanmoins, la dépréciation de la livre sterling s’est traduite par un rebond de l’inflation (dû à une hausse des prix des importations), qui est passée de 0,2 % en 2015 à 3 % en 2017, avant de se modérer progressivement vers les 2 % en 2019.

Des emplois devront être transférés de la City de Londres à l’Europe continentale.

C’est une quasi-certitude, le Royaume-Uni devrait perdre le « passeport européen », qui permet aux établissements financiers installés à Londres de vendre leurs produits et services partout dans l’UE. Entre 5 000 et 10 000 emplois pourraient ainsi être déplacés de Londres à l’Europe continentale, selon une estimation de la Banque d’Angleterre,  ce qui attire les convoitises de plusieurs villes européennes, au premier rang desquelles Paris et Francfort.

L’ancien Premier ministre Manuels Valls avait mandaté dès 2016 Christian Noyer (Président de la Finance pour tous et ancien gouverneur de la Banque de France) afin qu’il fasse la promotion de la place de Paris auprès des établissements financiers internationaux. Près de 4 000 personnes sont attendues, en provenance des banques britanniques et américaines HSBC, JP Morgan et Morgan Stanley, entre autres.

0 commentaire

Commenter