JECO 2019 : comment mettre la finance au service de l’environnement ?

la finance pour tous

Dans le cadre des Jéco 2019, La finance pour tous organisait une conférence sur le thème « Comment mettre la finance au service de l’environnement ? ». L’occasion de revenir sur les outils dont dispose la finance pour contrer le réchauffement climatique.

Quatre experts pour parler de finance verte

Le mardi 5 novembre, dans les locaux de l’Inseec de Lyon, quatre experts ont fait le lien entre finance et protection de l’environnement devant un public nombreux, composé de lycéens, d’étudiants et de citoyens de toutes origines intéressés par le sujet :

Michel CARDONA, Conseiller Senior – Secteur financier, Risques et Changement climatique, I4C.

Maryline DUTREUIL-BOULIGNAC, Conseillère senior en Finance Durable, Division Stratégie et Finance Durable, AMF.

Louis-Gaëtan GIRAUDET, chercheur au Centre international de recherche sur l’environnement et le développement.

Nicolas REDON, expert en finance verte, Novethic.

JECO 2019 : comment mettre la finance au service de l’environnement ?

Quelles mesures pour mettre la finance au service de l’environnement ?

En introduction, une vidéo réalisée par la Banque de France a été diffusée. Des étudiants étaient interrogés sur le thème de la finance verte. Si certains pointaient l’importance d’orienter la finance vers des activités « vertes », d’autres mentionnaient la faiblesse des montants mobilisés par la finance verte et le risque de « greenwashing », c’est-à-dire d’une finance qui se prétend verte à des fins de communication mais qui ne fait pas d’efforts réels pour préserver l’environnement.

Michel Cardona a ensuite rappelé l’urgence de réduire les émissions de CO2 afin de limiter le réchauffement climatique. Par exemple, les investissements en faveur de la transition énergétique devraient augmenter de 30 milliards d’euros/an en France pour atteindre l’objectif de neutralité carbone en 2050. Mais l’importance de cette somme est à relativiser quand on sait que la France dépense actuellement 45 Mds d’euros par an (en 2018), que cette somme représente moins de 10 % du montant total des investissements, et que 70 Mds d’euros sont parallèlement investis dans des activités fortement émettrices de CO2. Le redéploiement des investissements est donc tout à fait à notre portée. Selon Mr Cardona, c’est avant tout en modifiant le comportement des épargnants et en renforçant la règlementation que l’on parviendra à développer la finance verte. La taxe carbone est un outil parmi d’autres mais les études montrent que parmi les pays qui ont utilisé cette arme, seuls ont rencontré le succès ceux qui ont entièrement redistribué le produit de cette taxe au profit des personnes pénalisées par cette taxe (personnes en difficulté financière n’ayant pas les moyens de modifier leurs comportements…). Comme l’a manifesté le mouvement des gilets jaunes en France, les mesures en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique doivent faire l’objet d’un accompagnement social.

Pour Nicolas Redon, il est difficile de définir une activité « verte », c’est-à-dire sans atteinte à l’environnement et une activité « brune » aggravant le réchauffement climatique, ce qui complique le fléchage de l’épargne vers les activités vertes. Par exemple, les bio-carburants ont dans un premier temps été considérés comme « verts » avant que l’on se rende compte qu’ils nécessitaient la mise en culture de nouvelles terres, avec des effets environnementaux néfastes.

Actuellement, des débats sont en cours au niveau européen pour établir une taxonomie (ou classification) permettant de distinguer les activités selon leur degré de nocivité environnementale. Comme Michel Cardona, Nicolas Redon souligne l’importance de changer le comportement des citoyens. Par exemple, même au Danemark, pays parmi les plus sensibilisés aux enjeux climatiques, 51 % des Danois déclarent ne pas souhaiter investir dans un fonds de pension vert si cela risque d’entraîner une baisse de leur pension de retraite.

Selon Maryline Dutreuil-Boulignac, l’intérêt des épargnants pour la finance verte est néanmoins bien réel puisque 41 % des épargnants français se disent intéressés par ce type de placements. Il convient de sensibiliser les conseillers financiers à ces sujets, puisqu’ils sont en première ligne pour orienter l’épargne.

De plus, le régulateur doit apporter de la crédibilité pour définir clairement quels sont les produits financiers verts. D’une manière générale, il faut améliorer l’information des citoyens sur leurs émissions en fonctions de leurs choix pour développer la finance verte.

Louis-Gaëtan Giraudet a pointé un paradoxe : le fait que les taux d’intérêt soient plus élevés pour financer l’isolation d’une maison que pour acheter une voiture. En effet, l’isolation entraîne par la suite une baisse des dépenses des ménages, donc une hausse de leur solvabilité, ce qui devrait en théorie conduire à une baisse des taux pour ces prêts. Les raisons de ce paradoxe ne sont pas encore bien comprises et devront faire l’objet de futures recherches, mais les taux d’intérêt plus élevés sur les activités vertes sont clairement un frein à la lutte contre le réchauffement climatique.

Comme les autres experts, Mr Giraudet insiste sur l’importance des changements des pratiques des consommateurs : si ceux-ci veulent des produits plus verts, l’offre suivra la demande. Et si l’Etat impose des normes, ou taxe les investissements non verts, la finance suivra.

Répondant à des questions de la salle, les intervenants ont précisé qu’il n’est pas si simple de classer les modes de transport selon leur nocivité en termes de réchauffement climatique. Un véhicule électrique est en théorie moins nocif qu’un véhicule à essence mais cela dépend de la manière dont est produite l’électricité (certains pays européens ont massivement recours au charbon pour produire leur électricité, ce qui est plus marron que vert !). Conclusion un peu pessimiste du panel : compte tenu de l’importance des transports dans le réchauffement climatique, il faudra très certainement modifier nos habitudes de vie et revoir à la baisse nos déplacements, plutôt que de simplement arbitrer entre différents modes de transport.

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