Finance islamique

La finance islamique dans le monde

Malgré son encours estimé à plus de 1000 milliards de dollars, la finance islamique représente seulement 1 % de la finance classique. Autrement dit, son activité reste relativement marginale. Cette forme de finance est essentiellement pratiquée dans les pays du Moyen-Orient qui, avec quelque 400 milliards de dollars, représentent presque la moitié de son encours total.

Evolution de l’encours financier des actifs islamiques entre 2006 et 2010

Par ailleurs, on note depuis cinq ans une accélération significative de son encours. Selon les projections d’Ernest&Young, il pourrait atteindre plus de 4500 milliards de dollars en 2020.

Répartition de l’encours des actifs islamiques en 2010

Quelles sont ses réelles perspectives de développement ?

Depuis les révolutions arabes, les pays d’Afrique du Nord  (Tunisie, Egypte, Maroc) représentent une nouvelle source potentielle de développement. Selon un rapport de Standard&Poor’s publié en février 2012. Si les actifs islamiques ne représentent pour l’instant que 5 % de l’ensemble des actifs bancaires, leurs perspectives de croissance sont substantielles du fait des mutations économiques et sociopolitiques que connaissent actuellement ces différents pays.

Par ailleurs, la finance islamique ne s’adresse pas uniquement au 1,5 milliard de musulmans. Plusieurs pays occidentaux s’y intéressent car elle présente des caractéristiques intéressantes en matière de transparence et de régulation bancaire. Sur ce point, le Royaume-Uni fait office de précurseur. La financial Services Authority a ainsi créé des normes pour ces nouveaux produits financiers et a ouvert un département spécifique dédié à la finance islamique. En 2004, l’Islamic Bank of Britaina ainsi ouvert ses portes, une première en Europe occidentale. Aussi, la banque mondiale HSBC, en tête sur ce segment au Royaume-Uni, a récemment indiqué qu’elle arrêterait de proposer des produits de finance islamique dans ses agences présentes sur le territoire britannique, aux Emirats Arabes Unis, au Bahreïn et dans d’autres régions du globe et ce afin de recentrer cette activité en Malaisie et en Arabie Saoudite où la finance islamique représente plus d’un tiers des pratiques financières classiques.

En Allemagne et en France, comptant à eux deux près de 9 millions de musulmans, la finance islamique n’a pas encore pénétré le marché bancaire traditionnel. Autrement dit, aucune grande banque allemande ou française ne propose à ses clients d’investir dans des produits dit « charia-compatibles », c’est-à-dire conformes à la loi islamique. Quelques initiatives ont cependant émergé ces trois dernières années.
En Allemagne, la banque islamique turque Kuveyt Türk pourrait ouvrir ses portes prochainement à Francfort et dans d’autres grandes villes allemandes comme Berlin en commercialisant des produits bancaires tels que le crédit immobilier « charia-compatible ».
En France, une société civile en placement mobilier, France Sukuk Courtage a récemment ouvert ses portes en proposant un produit d’épargne immobilier répondant aux critères de la Charia. Elle est gérée par une société de gestion agrée par l’Autorité des Marchés Financiers, plusieurs projets en partenariat avec plusieurs établissements bancaires n’ayant pas abouti.

Quelles limites au développement de la finance islamique dans le monde ?

Malgré des projections de développement encourageantes dans les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, la finance islamique peine encore à trouver un écho en Europe et ce pour plusieurs raisons.

Projection de l’encours des actifs bancaires islamiques en 2015 dans les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord

Note : en 2015, le secteur bancaire islamique du MENA devrait représenter un encours total de 990 milliards de dollars, (2010 = 416 Mds de dollars).

Tous les établissements bancaires commercialisant des produits dits « charia-compatibles » doivent être validés par un organisme islamique en charge de ce contrôle (Organisation de Comptabilité et d’Audit des Institutions Financières Islamiques (AAOIFI)). Or, l’empreinte des principes religieux adossés aux produits islamiques peut être « gênante » dans le processus d’intégration et de standardisation de ce type de produit au système financier classique. Comme le souligne Ada Di Marzo (Les Echos, 12/10/2012), « Les limites au développement de cette activité aujourd'hui sont plutôt liées à l'offre et non pas à la demande ».
Par ailleurs, les produits de la finance islamique devant prendre la forme de produits financiers (crédits classiques, comptes à terme et comptes sur livrets étant interdits), doivent, comme chaque produit financier commercialisé en France, disposer d’un agrément délivré par l’Autorité des Marchés Financiers (AMF). Enfin,dans la plupart des pays européens, les préoccupations économiques et sociales liées à la crise de la dette de la zone Euro semblent avoir poussé au second plan la question de l’intégration et du développement des pratiques financières islamiques au sein des banques conventionnelles.

A méditer : les banques islamiques seraient plus stables et efficaces que les banques classiques

Une étude universitaire américaine publiée en septembre 2012 propose de comparer l’efficacité et la stabilité des banques islamiques et conventionnelles.
Cette étude révèle notamment que les frais de fonctionnement des banques islamiques sont plus élevés que ceux rencontrés dans les banques conventionnelles. Cependant, elles disposent de services d’intermédiation financière supérieurs, (part des services rendus par les intermédiaires financiers non facturée à la clientèle) et présentent dans leurs bilans une meilleure qualité d’actifs. Ces deux derniers éléments justifient en partie la meilleure résistance des banques islamiques face à la crise financière. En 2007, la banque Lehmann Brothers présentait un ratio d’endettement de 30 :1. Autrement dit, le montant des dettes de la banque américaine était trente fois supérieur au montant de ses capitaux propres. Parallèlement, la plupart des banques islamiques présentes en Afrique du Nord et au Moyen Orient disposait d’un ratio d’endettement de 10 :1. En effet, tout investissement étant tenu de disposer d’un sous-jacent réel, cela contribue à réduire l’exposition aux risques de la banque et sa dépendance vis-à-vis de l’extérieur en cas de défaillance du système mondial.

Créé le 06 novembre 2012 - Dernière mise à jour le 06 novembre 2012
© IEFP – la finance pour tous
 
6 commentaire(s)  
Votre commentaire sera publié dès sa validation par l’équipe de lafinancepourtous.com.
mahamouth , publié le 30/05/2016 00:11

salut, moi je suis musulman et d'origine tchadienne, je trouve ça normal puisque la finance islamique repond aux principes et lois islamiques.

Tunisian girl , publié le 08/12/2014 21:39

Je suis musulmane et je trouve que c'est offensif d'appeler cette finance une finance "islamique"!! Le principe majeur de la vraie finance islamique c'est l’absence de tout intérêt. Ce que les banques islamiques ont fait, c'est tout simplement un arrangement cosmétique à l’intérêt. Je préférerais encore prendre un emprunt à intérêt auprès d'une banque conventionnelle qu'une banque qui prétend respecter les propos islamiques. Honte à ceux qui ont eu l'idée et ceux qui l'appliquent pour des raisons religieuses. C'est vraiment malhonnête!

Dieumegarde Bin Omari , publié le 08/05/2014 17:29

Très bonnes études.

lopez , publié le 18/11/2013 12:23

Je pense très raisonnablement que la finance islamique aura un meilleur lendemain si seulement si l'organisme islamique en charge du contrôle de ces institutions financières reste adosser aux principes islamiques qui sont quelque part égalitaires pour son intégration et sa standardisation dans le système classique.

L’équipe de l’IEFP, publié le 10/04/2013 15:53

Bonjour,


La référence de l'étude est la suivante : « Islamic vs conventional banking : Business model, efficiency and stability », Beck T., Demirgü ç-Kunt A., Merrouche O., Journal of Banking and Finance, septembre 2012.

Meilleures salutations.

L'Equipe de Lafinancepourtous.com

conor , publié le 09/04/2013 15:30

vous parlez d'une étude universitaire mais laquelle ?

 
institut pour l'éducation financière du public

lettre d’information MENSUELLE - ABONNEZ-VOUS !